Point de vue. Immigration : immense défi, nouveau paradigme

« Regardons la question de l’immigration en face ! Nous pouvons nous réfugier dans le déni et continuer à gérer cet enjeu en faisant un jour du prétendu humanisme, un jour de la surenchère dans la fermeté ; autant de postures et de recettes qui n’ont mené à rien. Nous pouvons aussi choisir d’affronter la réalité en face et de se donner les moyens de construire une nouvelle relation avec le continent africain dans toute sa diversité et sa complexité.

Il nous faut, par ailleurs, sortir de certaines idées préconçues. La politique migratoire ne se résume pas aux réfugiés. L’Afrique n’est pas le continent de tous les maux que tous les Africains voudraient fuir. Et il ne faut pas voir le développement de l’Afrique qu’à travers l’aide publique au développement.

Explosion démographique

L’Afrique est le continent de tous les défis du XXIe siècle. Notre avenir, nos équilibres politiques, nos emplois de demain dépendent en grande partie de ce qui va se passer sur le continent africain.

L’Afrique comptera, en 2050, 2,5 milliards d’habitants alors que la population mondiale passera à 10 milliards. Et un tiers de ces Africains aura moins de 25 ans. Quinze kilomètres séparent le sud de l’Europe et le nord de l’Afrique. De par cette proximité géographique, nos destins sont inextricablement liés. C’est ce qui singularise le couple Europe-Afrique et le distingue de ses autres partenaires. De même, ce qui singularise le couple Afrique-France, c’est une histoire ancienne et commune. Dès lors, deux défis se présentent à nous.

Nous devons tout d’abord faire face, à court terme, à la lutte contre l’immigration irrégulière. Cela implique un partenariat responsable pour démanteler les réseaux de passeurs qui ont créé une véritable industrie, celle du trafic d’êtres humains. Nous devons aussi mieux faire connaître l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Offi) et son dispositif d’aide au retour volontaire dans vingt-neuf pays d’origine. Il a le mérite de donner une voie à celles et ceux qui ont perdu toute perspective. Une collaboration étroite entre l’Organisation internationale des migrations et tous les États africains d’origine est également nécessaire.

Diasporas africaines à l’avant-garde

Second défi, eu égard à cette croissance démographique exponentielle : nous devons, à moyen terme, réinventer notre relation avec l’Afrique. Le président de la République a posé les bases : un partenariat d’égal à égal co-construit avec les pays africains, avec les diasporas africaines comme avant-garde de cette nouvelle approche. Traits d’union entre la France, l’Europe et l’Afrique, issues de double culture, ces diasporas africaines génèrent à elles seules l’équivalent du tiers du montant de l’aide publique au développement de l’Afrique, tout en apportant leur expertise et leur talent. Il faut reconnaître, concernant leur intégration en France, que beaucoup reste à faire.

Il est également nécessaire de changer le paradigme de notre relation avec l’Afrique, en passant de la migration à la mobilité, notamment en attribuant des visas de circulation de plus longue durée pour permettre des allers-retours choisis.

Renforcer la présence de nos établissements français en Afrique, grâce à des partenariats universitaires co-construits, favoriserait aussi les échanges culturels, les formations croisées et les doubles cursus.

En définitive, du mode de développement de l’Afrique va dépendre en grande partie l’évolution du monde et de sa stabilité. Et la France, de par ses liens si particuliers avec un grand nombre de pays africains, et du fait qu’elle ait une part d’Afrique en elle, ne peut manquer ce rendez-vous avec l’Histoire. »

Par Sira Sylla et Huguette Tiegna, députées LREM de Seine-Maritime et du Lot

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