Joseph, pêcheur sénégalais à Lampedusa : « Si j’aide les migrants en mer, je peux être accusé de trafic d’êtres humains »

Joseph est originaire du Sénégal. Après avoir été sans-papiers pendant deux ans sur le continent italien, l’homme de 40 ans a aujourd’hui un titre de séjour de cinq ans et travaille comme pêcheur sur l’île de Lampedusa. Il raconte sa vie, toujours précaire, en Italie.

« Au Sénégal, j’étais pêcheur et en parallèle je faisais de la lutte. J’ai participé à beaucoup de combats en Afrique du Sud, au Niger ou encore au Nigeria.

En 2014, je me suis blessé alors j’ai demandé un visa de trois mois pour suivre une rééducation en Italie. Je l’ai obtenu.

Je suis arrivé à Florence en avion la même année. Je n’avais jamais pensé à aller en Europe mais une fois en Italie, j’ai décidé d’y rester.

J’ai arrêté la lutte car ça ne me rapportait pas assez d’argent et il fallait que je travaille pour aider ma famille restée au pays. Au bout de trois mois, mon visa a expiré, alors j’ai dû travailler au noir.

J’ai d’abord été videur pendant deux ans dans une boite de nuit de Florence. Dès que la police arrivait, je partais en courant me cacher car j’avais trop peur d’être renvoyé au Sénégal.

Joseph exerce le métier de pêcheur sur l’île italienne de Lampedusa. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

« J’ai eu des réflexions ou des regards à cause de ma couleur de peau »

Ensuite, j’ai travaillé cinq mois dans les vignes de la région. J’étais payé seulement 5 euros de l’heure pour un travail épuisant. Parfois, mon patron ne me payait pas mais je ne pouvais rien dire, je n’avais pas de papiers. Si je me plaignais, il ne me rappelait pas les jours suivants alors je me taisais. J’avais trop besoin d’argent.

Après plus de deux ans à travailler illégalement, j’ai finalement obtenu un contrat de pêcheur à Lampedusa. C’est grâce à ce travail que j’ai obtenu un titre de séjour valable cinq ans. Je suis donc tranquille jusqu’en 2021, date à laquelle mon contrat de pêcheur se termine.

Quand nous partons en mer plusieurs jours, nous croisons parfois des embarcations de migrants en détresse. C’est très dur pour moi car je me dis que je pourrais être à leur place. Malheureusement je ne peux pas les aider car sinon les autorités italiennes peuvent m’accuser d’être un trafiquant et me renvoyer au pays.

La vie n’est pas facile ici, surtout pour les Noirs. J’ai plusieurs fois eu des réflexions ou des regards insistants à cause de ma couleur de peau.

Surtout, je ne sais pas ce que je vais faire quand mon visa sera expiré. Je retournerai sûrement à Florence et tenterai peut-être d’aller en France. Même si la vie est dure, je ne veux pas retourner au Sénégal. Je n’ai aucun avenir là-bas et ma vie est aujourd’hui en Europe. J’espère que je pourrais continuer de vivre légalement en Italie ou ailleurs.

Par Leslie Carretero

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