Méditerranée : de moins en moins de migrants d’Afrique de l’Ouest arrivent en Italie via la Méditerranée

Selon les chiffres du ministère italien de l’Intérieur, les migrants originaires du Mali, de Côte d’Ivoire ou de Guinée représentent moins de 10% des arrivées totales en Italie depuis le début de l’année. À l’inverse, les Bangladais et les Somaliens sont les premières nationalités à fouler le sol italien après la traversée irrégulière de la Méditerranée.
Entre le 1er janvier et le 18 juin 2026, un peu plus de 13 000 migrants sont arrivés irrégulièrement en Italie, selon les chiffres du ministère italien de l’Intérieur. Parmi eux, peu de ressortissants d’Afrique de l’Ouest : 299 sont Maliens, 214 sont Ivoiriens, 174 sont Guinéens. Loin derrière les Bangladais (3 900 arrivées), les Somaliens (1 400) ou encore les Pakistanais (1 150). Sur un total de 13 000 personnes, ils sont moins de 10% à venir d’Afrique de l’Ouest.
Et cette tendance n’est pas nouvelle. De moins en moins d’Africains de l’Ouest se rendent en Italie par voie maritime ces dernières années. Toujours selon le ministère italien, ils étaient ainsi 5 000 Maliens à débarquer dans le pays en 2023 puis 1 000 en 2025. On comptait aussi 18 000 Guinéens arrivés en Italie en 2023 contre 3 500 en 2024.
Les Ivoiriens aussi étaient nombreux à entreprendre la traversée irrégulière ces dernières années avant que leur nombre baisse drastiquement : 5 900 en 2022, 16 000 en 2023 puis quelques centaines en 2024.

Pourquoi une telle chute des arrivés en Italie de ces ressortissants africains de l’Ouest ? Déjà, précisons que ces chiffres accompagnent une baisse générale des arrivées dans la péninsule ces derniers temps. Si 157 000 exilés avaient débarqué sur le sol italien en 2023, ils n’étaient plus que 66 000 en 2025, soit une chute de presque 60%.
Des accords conclus pour empêcher les traversées
En cause : les nombreux accords passés avec les pays de départs, notamment la Tunisie et la Libye – dont les côtes sont situées à moins de 400 km de Lampedusa – pour enrayer les traversées irrégulières de la Méditerranée.
À l’été 2023, Tunis et Rome ont scellé une alliance visant notamment à empêcher les personnes d’atteindre l’Europe. Un partenariat similaire avait aussi été signé entre l’Union européenne (UE) et la Libye en 2017. Depuis cette date, les gardes-côtes libyens sont chargés des interceptions de canots au large de leurs côtes en route vers les côtes européennes.
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Mais ces accords politiques ne sont pas les seules raisons expliquant la chute des arrivées des Africains de l’Ouest en Italie. Les politiques anti-migrants menées en Tunisie et en Libye ont également poussé les migrants à changer leurs plans, voire à abandonner leur projet de traversée.
« L’enfer » libyen et tunisien
Depuis 2023, la politique migratoire tunisienne rend infernal le quotidien des Subsahariens dans le pays. Le gouvernement tunisien interdit notamment aux sans-papiers de travailler pour les empêcher de financer leur traversée de la Méditerranée. Dans la réalité, ces mesures ont fait sombrer les Subsahariens dans une extrême précarité. De plus, les maltraitances sont légion dans le pays : des milliers de Noirs sont traqués et raflés dans les rues tunisiennes, principalement dans la région de Sfax (centre-est), et envoyés dans le désert près des frontières libyenne ou algérienne. Ces arrestations arbitraires, suivies d’expulsions collectives, illégales au regard du droit international, n’ont jamais cessé. Résultat : de nombreux subsahariens ont renoncé à leur rêve d’Europe et sont rentrés dans leur pays d’origine.
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En Libye, les migrants aussi vivent un « enfer » – notamment quand ils sont interceptés en mer et envoyés dans les geôles libyennes. Le pays est miné par des divisions et la présence d’une multitude de groupes armés et de réseaux de trafiquants en tout genre. Les migrants sont régulièrement détenus de façon arbitraire dans les prisons, parfois clandestines, où ils sont soumis à toutes sortes de violences : coups et brimades, travail forcé, exploitation sexuelle, torture filmée puis envoyée aux familles pour extorquer de l’argent en échange de la libération de leur proche… Au fil des années, InfoMigrants a collecté de nombreux témoignages d’exilés décrivant ces exactions. Nombreux sont donc les exilés qui évitent aujourd’hui « la route libyenne » – prévenus par leurs proches passés par le pays avant eux.
Et ceux qui sont toujours présent dans le pays tentent de le fuir. Depuis le lancement en 2015 du programme d’aide au « retour volontaire » de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 100 000 migrants en Libye ont regagné leur pays en Afrique – et en Asie.

Avec le temps, de plus en plus d’Africains de l’Ouest n’ayant pas abandonné leur rêve d’Europe, ont choisi d’emprunter une autre route : celle des Canaries, en passant par L’Atlantique. Elle présente un double avantage : elle est proche de leur pays d’origine et réputée moins surveillée.
Pour l’archipel espagnol, à 700 km de là, ce fut une surprise. Entre 2019 et 2024, les arrivées de migrants ont explosé. Si les Canaries enregistraient 2 600 arrivées en 2019, ce chiffre a grimpé à 46 000 en 2024 – les arrivants étant principalement des exilés en provenance d’Afrique de l’Ouest.
La route des Baléares et de Ceuta
Là encore, la route des Canaries s’est ensuite tarie. Les chiffres des arrivées ont chuté, conséquence directe d’accords conclus avec le Sénégal, la Mauritanie ou encore le Maroc par l’Union européenne – et l’Espagne.
Ces nouveaux obstacles ont forcé les migrants à prendre – à nouveau – de nouvelles routes migratoires : celle des Baléares en l’occurrence. « [Ces accords ont] incité les migrants à se diriger vers l’Algérie, où la surveillance [des côtes] est absente et où, de plus, le trajet est plus court que celui vers les Canaries : ils peuvent être ici en quinze heures et rejoindre l’Union européenne depuis l’Afrique », explique la professeure Margalida Capellà, directrice de l’Observatoire des migrations de l’université des îles Baléares (UIB) et professeure de droit international. En 2025, près de 7 400 personnes sont arrivées sur ce territoire espagnol, contre 5 900 en 2024. Soit une hausse de 24,5%.
Les Africains de l’Ouest essaieraient-ils aussi de passer en Europe via l’enclave espagnole de Ceuta ? Difficile de l’affirmer. En tous cas, les arrivées dans ce territoire espagnol situé sur le continent africain ont bondi de 45% en 2025. Et en 2026, la tendance se confirme avec une hausse de 215% – 2 493 personnes sont arrivées à Ceuta entre le 1er janvier et le 15 juin, contre 791 à la même période de 2025.
Sources: Infomigrants




