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Le Royaume-Uni réduit la protection accordée aux réfugiés dans un vaste plan anti-immigration

Pour décourager les arrivées illégales de migrants, le gouvernement britannique devrait confirmer lundi un durcissement de sa politique migratoire. Désormais, les réfugiés auront une protection d’une durée de 30 mois – contre 5 ans auparavant. Ils devront aussi attendre 20 ans, contre cinq actuellement, pour demander un titre de résidence permanente.

Le gouvernement britannique devrait confirmer lundi 17 novembre des mesures « historiques » afin de dissuader les migrants de rejoindre le Royaume-Uni, et ainsi contrer la montée du parti anti-immigration de Niger Farage.

« Ce pays a une fière tradition d’accueil des personnes fuyant le danger, mais notre générosité attire les migrants illégaux à travers la Manche », a déclaré la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, citée dans un communiqué de son ministère.

Statut temporaire pour les réfugiés

Concrètement, le gouvernement travailliste a annoncé plusieurs mesures phare. Il va :

  • Durcir la protection accordée aux réfugiés. Le nouveau système réduira la durée de leur titre de séjour de cinq ans à 2 ans et demi (30 mois). Les réfugiés statutaires seront « forcés de rentrer dans leur pays d’origine dès qu’il sera jugé sûr ». En clair, le statut d’asile ne sera accordé que temporairement et soumis à un examen régulier tous les deux ans et demi.
  • Durcir les conditions d’accès au statut de titre de séjour permanent. Les étrangers devront justifier de 20 ans de présence au Royaume-Uni – contre 5 actuellement – pour pouvoir rester indéfiniment au Royaume-Uni. Les réfugiés qui souhaitent devenir résidents permanents plus vite « devront travailler ou étudier », a précisé le Home office.

« Grâce à des conditions bien plus généreuses au Royaume-Uni », les réfugiés peuvent actuellement demander à s’installer définitivement, sans frais, après cinq ans au Royaume-Uni, « sans avoir contribué » au pays, a justifié le ministère de l’Intérieur.

Une autre mesure importante est la suppression de l’accès automatique aux aides sociales – logement, allocations financières – pour les demandeurs d’asile.

Recourir à l’intelligence artificielle pour évaluer la minorité des migrants

Le gouvernement veut supprimer ces allocations « pour ceux qui ont le droit de travailler et qui peuvent subvenir à leurs besoins, mais choisissent de ne pas le faire, ou pour ceux qui enfreignent la loi », selon le communiqué du Home office.

Actuellement, le gouvernement leur verse une allocation hebdomadaire et leur fournit un hébergement souvent en hôtel, mais le recours – coûteux – à des structures hôtelières privées pour loger les demandeurs d’asile est très critiqué.

Londres entend également accélérer les expulsions avec le passage d’une loi qui encadrerait les recours à la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH), notamment sur le droit au respect de la vie privée et familiale, dont les autorités contestent l’interprétation. Seules les personnes ayant des membres de leur famille proche déjà au Royaume-Uni (enfants, parents) pourront rester dans le pays.

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Le gouvernement veut aussi réformer la loi sur l’esclavage moderne, découlant de l’article 3 de la CEDH, pour réduire son champ d’application devant les tribunaux en matière de demande d’asile. À terme, le Royaume-Uni souhaite ouvrir des négociations pour modifier cet article.

Londres a aussi indiqué que l’intelligence artificielle sera utilisée pour évaluer l’âge des personnes arrivant illégalement sur le territoire, le gouvernement affirmant qu’un système imprécis mettait les enfants en danger, notamment ceux qui se déclaraient mineurs ou étaient classés par erreur comme adultes.

L’immigration irrégulière « déchire notre pays »

Pour lancer sa vaste réforme, le gouvernement dit s’être inspiré du modèle danois. Ce pays scandinave de six millions d’habitants, dirigé par les sociaux-démocrates depuis 2019, défend une politique stricte en matière de droit d’asile.

Les réfugiés y obtiennent un permis de séjour, généralement de deux ans renouvelable, mais sont encouragés à prendre le chemin du retour dès que les autorités estiment que le besoin de protection a disparu. Le regroupement familial y est aussi soumis à des exigences strictes, dont des tests de langue pour les nouveaux arrivants.

Au Royaume-Uni, la restriction de la protection des réfugiés était une mesure jusqu’ici défendue par le député d’extrême droite Nigel Farage, qui avait annoncé qu’en cas d’arrivée au pouvoir, il obligerait les migrants – y compris ceux déjà régularisés – à demander un visa tous les cinq ans.

Mais la gauche du parti travailliste s’était dite opposée à de telles restrictions, et avait prévenu que le parti, au plus bas dans les sondages, y perdrait de nombreux électeurs. Le député travailliste Tony Vaughan a déploré lundi une rhétorique qui encourage une « culture de la division ». L’association britannique Refugee Council a, quant à elle, qualifié ces mesures de « dures » et « inutiles ».

Interrogée dimanche sur la BBC et Sky news, la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood a défendu en bloc ces premières mesures. Née dans une famille originaire du Pakistan, elle a déclaré à la BBC que si « l’immigration fait absolument partie » de son expérience de vie, elle ressent « un devoir moral » de lutter contre l’immigration irrégulière qui « déchire notre pays ». Cette immigration « divise les communautés, les gens constatent une énorme pression dans leurs communautés et ils voient également un système qui est défaillant (…) », a-t-elle assuré.

In fine, ces réformes permettront de « bloquer les recours interminables, empêcher les demandes de dernière minute et augmenter les expulsions de ceux qui n’ont aucun droit d’être ici », a réagi le Premier ministre Keir Starmer.

Outre-Manche, on estime que ces nouvelles mesures vont dans le bon sens. « Si autant de réfugiés et de demandeurs d’asile vont se fixer à Calais en espérant désespérément traverser la Manche au péril de leur vie pour entrer au Royaume-Uni, c’est notamment parce que les conditions d’accueil [y] sont plus permissives », a déclaré dimanche le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot, lors d’un entretien avec les médias France Inter, Franceinfo TV et Le Monde.

« Je ne suis pas étonné que le gouvernement britannique prenne des mesures pour durcir, en quelque sorte, les conditions d’accueil, parce que c’est aussi ce que les pays européens avaient exprimé comme attente vis-à-vis du gouvernement britannique », a-t-il ajouté.

Hausse des arrivées par la Manche

Arrivé au pouvoir en juillet 2024, le gouvernement de Keir Starmer est sous pression quasi-quotidienne pour freiner les arrivées de migrants et restreindre leurs droits. Depuis plusieurs mois, il est largement devancé dans les sondages par le parti de Nigel Farage, qui a fait de la question des migrants son sujet principal.

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Cet été, de nombreuses manifestations ont eu lieu devant des hôtels hébergeant des demandeurs d’asile et une manifestation organisée par l’extrême droite à Londres mi-septembre a réuni jusqu’à 150 000 personnes, selon la police.

Dans ce contexte, le gouvernement travailliste a promis de faire baisser le nombre de migrants qui traversent la Manche à bord d’embarcations de fortune. Sans succès pour l’instant. Depuis le 1er janvier, 39 292 personnes ont débarqué sur les côtes anglaises à l’issue de cette périlleuse traversée, un chiffre qui dépasse le total de l’année 2024 (36 816).

Par ailleurs, les demandes d’asile ont augmenté de 18 % en 2024 au Royaume-Uni, alors qu’elles baissaient de 13 % dans l’ensemble de l’Union européenne (UE) sur la même période, selon les chiffres du gouvernement. Plus de 400 000 demandes ont été enregistrées depuis 2021, contre 150 000 sur la période 2011-2015, toujours selon les chiffres officiels.

Sources: infomigrants

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