Un réseau de passeurs entre la France et l’Italie démantelé

Un réseau accusé d’organiser le passage de migrants à la frontière franco-italienne a été démantelé, lundi dernier, lors d’une vaste opération menée par les deux pays. Au moins 12 personnes ont été interpellées.
Une opération, menée conjointement par les polices italienne et française lundi 16 février, a permis d’interpeller douze personnes soupçonnées d’appartenir à un réseau de passeurs. Sept étaient en Italie – dans les provinces d’Imperia, de Turin et de l’Aquila – et cinq en France, dans les régions de Marseille, Nantes et Nice. Elles sont toutes accusées d’avoir organisé, à divers niveaux d’implication, le passage de la frontière franco-italienne pour des migrants en situation irrégulière.
Les éléments de l’enquête font état d’un réseau structuré et coordonné qui opérait des deux côtés de la frontière. En fonction de l’itinéraire, les passeurs faisaient payer aux exilés des sommes allant de 50 à 300 euros.
L’option au prix le plus modeste consistait à faire traverser les migrants par les chemins escarpés des montagnes qui séparent les deux pays. Pour un prix compris entre 70 et 100 euros, les passeurs organisaient un passage via les bus ou trains de la région. De faux documents et des vêtements pour se fondre dans la masse des voyageurs étaient fournis par les passeurs.
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À d’autres occasions, les suspects ont forcé des camions stationnés au terminal routier de Vintimille, à destination de la France et d’autres pays, afin d’y faire entrer clandestinement des migrants.

Enfin, le dernier itinéraire, la traversée en voiture ou taxi, considéré comme plus sûr et plus discret, coûtait environ 300 euros. Durant l’enquête, la somme de 13 400 euros a été saisie par la police mais les paiements étaient également effectués par rechargement de cartes prépayées et par virements bancaires vers des comptes italiens et étrangers.
Les enquêteurs accusent le réseau d’avoir organisé le passage d’environ 200 personnes. Il s’agissait majoritairement de ressortissants du Maghreb et de la corne de l’Afrique qui avaient déjà des contacts en Europe. L’enquête a mis en évidence des contacts entre les suspects et d’autres résidents en Europe (Royaume-Uni, France, Espagne, Allemagne et Luxembourg) désireux de faire passer la frontière à leurs connaissances.
Nouvelle brigade de police franco-italienne
Cette opération a été présentée comme le premier succès opérationnel de l’unité de renseignement opérationnel franco-italienne (URO). Créée en janvier 2025, cette unité de police basée à Vintimille « regroupe des experts dans le domaine du renseignement et de la lutte contre les réseaux d’immigration clandestine italien et français », selon le ministère de l’Intérieur français.
Le projet s’appuie sur « le modèle d’une structure franco-britannique similaire, l’URO (Unité de recherche opérationnelle), installée depuis juillet 2020 dans le nord de la France pour contrer les groupes criminels organisant les traversées, régulièrement meurtrières, en small-boats vers le Royaume-Uni », expliquait au moment de son lancement le ministère français, qui se félicitait de voir l’équipe basée dans le nord de la France être à l’origine « du démantèlement de plusieurs dizaines d’équipes de trafiquants d’êtres humains ».
Plus de 15 000 interpellations en 2025
La frontière franco-italienne est depuis de nombreuses années un point de passage utilisé par les migrants. Selon la préfecture des Alpes-Maritimes, « 15 007 personnes en situation irrégulière majeurs et mineurs » ont été interpellées à la frontière en 2025. Un chiffre similaire à l’année 2024 qui reste toutefois bien inférieur aux 44 000 interpellations recensées en 2023.
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Parmi ces tentatives, il y a eu 9 247 réadmissions en Italie. Grâce au code Schengen, un État membre peut renvoyer une personne arrêtée dans la zone frontalière vers l’État membre d’où elle provient à condition que ces transferts s’opèrent dans le cadre d’une coopération bilatérale. La France peut donc renvoyer les exilés interpellés sur le territoire français à la frontière vers l’Italie, et ce, sans laisser aux migrants l’occasion de demander l’asile.
Les contrôles policiers se sont d’ailleurs largement renforcés ces dernières années le long de cette frontière. En septembre 2025, le préfet de la région, Laurent Hottiaux, précisait qu’entre 250 et 300 agents sont mobilisés chaque jour à la frontière pour surveiller les différents axes de passages – ferroviaires, autoroutiers ou pédestres -, en plus d’opérations aériennes réalisées chaque semaine.
Sources: Infomigrants




