Au Royaume-Uni, la crise de l’hébergement des migrants se poursuit malgré les promesses des Travaillistes

Le Trésor britannique estime que l’hébergement très coûteux des demandeurs d’asile en hôtel pourrait se poursuivre encore plusieurs années. Le camp travailliste avait promis lors des élections générales de remédier à ce système, mais peine à trouver des solutions alternatives pérennes.
La crise du logement pour migrants se poursuit au Royaume-Uni. D’après un document du Trésor britannique révélé par le Times, l’hébergement des demandeurs d’asile en hôtels, auquel le gouvernement travailliste avait promis de mettre fin, pourrait encore durer plusieurs années.
Certaines entreprises chargées par le gouvernement de trouver des hôtels pour les migrants ont même réalisé des bénéfices records ces dernières années, donnant lieu à de nombreuses critiques.
Plus étonnant, le quotidien britannique révèle que le ministère de l’Intérieur a rejeté des solutions alternatives d’hébergement, alors qu’elles étaient moins onéreuses que le système actuel. Le fournisseur d’hébergement Serco a par exemple proposé des « hébergements de taille moyenne », comme la conversion de logements étudiants, mais le ministère de l’Intérieur ne les a pas acceptés.
5,5 millions de livres sterling par jour
Selon le National audit office, une nuit dans un hôtel coûte en moyenne 145 livres au gouvernement contre 14 dans un hébergement en appartement ou en maison. Le coût de l’hébergement en hôtel a même fortement augmenté, passant de 127 livres en septembre 2023 à 148 livres en janvier 2024.
« Les travaillistes avaient promis de mettre fin à l’utilisation des hôtels pour les immigrés clandestins. Mais il y a maintenant 8 000 personnes de plus dans ces hôtels, ce qui coûte un total de 2 milliards de livres sterling par an », a accusé mardi le secrétaire d’État à l’Intérieur du cabinet fantôme et membre de l’opposition, Chris Philp.
En effet, selon les chiffres de la BBC, le nombre d’hôtels utilisés pour l’hébergement de migrants a augmenté de 213 en juin 2024 à 218 fin décembre. Les Travaillistes avaient pourtant promis lors des législatives de cesser avec ce système jugé hors de prix pour le contribuable. Fin 2024, 38 000 demandeurs d’asile étaient hébergés en hôtel, représentant un coût de 5,5 millions de livres sterling par jour.
Le coût des grandes structures d’hébergement sous-évalué
Mais conservateurs comme travaillistes peinent à trouver des solutions efficaces, en témoignent les différents échecs enregistrés ces derniers mois. Le projet de barge flottante Bibby Stockholm a été abandonné fin novembre 2024. Deux mois plus tôt, c’est le projet d’héberger des demandeurs d’asile à la base militaire de Scampton, dans le Lincolnshire, qui a été abandonné en raison de son coût trop élevé (122 millions de livres d’ici 2027). Et en septembre 2025, la caserne Napier, à Folkestone, pointée du doigt pour ses conditions insalubres, fermera aussi ses portes.
« Le Home office espérait loger en janvier 2024 1 870 personnes sur les grands sites (barges, bases militaires), mais en septembre 2024, seulement 900 personnes s’y trouvaient, déclare à InfoMigrants Nuni Jorgensen, chercheuse à l’Observatoire des migrations de l’université d’Oxford. D’après le National audit office, le ministère de l’Intérieur a sous-estimé le coût d’ouverture de ces sites, parce qu’il y a non seulement les coûts de fonctionnement, mais aussi le coût des travaux de mise aux normes ».
Depuis les émeutes anti-migrants de l’été 2024, le gouvernement britannique se heurte aussi à l’opposition des communes qui redoutent l’installation de demandeurs d’asile sur leur territoire. En août dernier, confronté à l’hostilité des habitants de Stafford (nord de Birmingham), le Home office a renoncé à installer 500 demandeurs d’asile dans d’anciennes résidences étudiantes.
Interrogé sur ce sujet en septembre dernier, la ministre de la Sécurité des frontières et de l’Asile, Angela Eagle, a déclaré : « Le gouvernement a l’intention de revenir aux centres d’hébergement dispersés, utilisés depuis longtemps, et ce dès que possible, une fois que nous aurons progressé dans la résorption des arriérés. »
Fin 2024, les dossiers de demande d’asile en attente atteignait le nombre de 125 000. Et les traversées en small boat se poursuivent : avec plus de 5 847 migrants arrivés au Royaume-Uni au cours de trois derniers mois, le premier trimestre de 2025 marque un nouveau record.
Sources: infomigrants