Deux corps retrouvés à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie

Deux corps ont été repêchés, mercredi, par les autorités polonaises dans une rivière frontalière de la Biélorussie. L’arsenal anti-migrants déployé et la dangerosité de la zone provoquent depuis des années des décès chez les migrants tentant d’entrer illégalement en Pologne.
La frontière entre la Pologne et la Biélorussie est le théâtre d’un nouveau drame. Mercredi 16 avril, les autorités polonaises ont repêché deux corps dans la rivière Bug, située à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.
En état de décomposition avancée, les corps doivent être autopsiés pour tenter de déterminer l’identité des victimes et la cause de leur décès, a renseigné Katarzyna Gągolińska de la police de Biała Podlaska, dans le centre-est du pays. Les premiers éléments de l’enquête laissent penser aux autorités polonaises qu’il s’agirait de migrants ayant tenté de franchir illégalement la frontière.
Les gardes-frontières ont également déclaré qu’au cours des dernières 24 heures, treize autres personnes avaient pu être sauvées de la rivière Bug. Elles étaient originaires d’Afghanistan, de Syrie et du Pakistan, a précisé Darius Sienicki, capitaine de l’unité des gardes-frontières sur cette rivière.

La frontière séparant la Pologne de la Biélorussie est un lieu de passage fréquent pour les personnes exilées, majoritairement originaires d’Afrique et du Moyen-Orient. Depuis le début de l’année, près de 300 ont tenté de la franchir au niveau de la province de Lublin d’après les chiffres des gardes-frontières polonais. Une tendance à la hausse par rapport à l’année 2024 qui comptabilisait 530 passages illégaux sur cette seule province.
L’an dernier, sur l’ensemble de la frontière, plus de 30 000 personnes ont essayé de passer sur le sol européen depuis la Biélorussie, estiment les gardes-frontières polonais, soit une hausse de 16 % par rapport à l’année précédente où 26 000 tentatives de passage y avaient été détectées – contre 15 700 en 2022 et 35 000 en 2021. Mais ces chiffres ne concernent que les tentatives, qui peuvent concernées la même personne plusieurs fois.
Une frontière dangereuse pour les migrants
Les obstacles et les sévères restrictions imposés par le gouvernement polonais ne cessent pourtant de rendre plus périlleuse cette voie migratoire empruntée par les migrants.
Varsovie a développé un important arsenal anti-migrants à la frontière pour stopper les arrivées illégales sur son sol : forte présence policière dans la région, refoulements illégaux, et construction d’un mur d’acier qui se dresse sur 186 kilomètres.
Depuis fin mars, le gouvernement a aussi suspendu temporairement le droit d’asile pour les migrants arrivant par la Biélorussie. Très critiques, les organisations de défense des droits de l’homme accusent le pouvoir polonais d’aggraver la crise humanitaire en utilisant des prétextes sécuritaires. Les forces polonaises et biélorusses sont régulièrement accusées de violences à l’encontre des exilés qui tentent de fouler le sol européen. Le rapport d’Oxfam paru fin mars 2025 apporte des preuves concrètes de ces violations généralisées.
La zone frontalière est connue pour son terrain dangereux et ses conditions difficiles, notamment des températures hivernales glaciales et un accès insuffisant à la nourriture, aux abris et à l’aide. Victimes du froid, pris au piège par la forêt en essayant d’échapper aux contrôles, des corps sans vie ont déjà été retrouvés par les autorités polonaises.
En novembre 2023, le cadavre d’un homme, syrien, avait été découvert dans la forêt de Białowieza, près de la rivière Narewka, dans le centre-est du pays. Le même jour, un autre exilé syrien avait été touché par une balle dans le dos à la frontière, après un coup de feu tiré par un soldat polonais. « Il s’agit d’un malheureux accident » provoqué par le « trébuchement » du soldat, avaient déclaré les autorités.
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L’hostilité ravivée entre Varsovie et Minsk
La découverte macabre pourrait raviver les tensions, déjà très vives, entre Varsovie et Minsk. Pour le vice-ministre polonais de l’Intérieur, Maciej Duszczyk, c’est une tactique de provocation utilisée par la Biélorussie. Il accuse les autorités voisines d’avoir poussé les deux hommes dans la rivière.
Varsovie et les pays occidentaux accusent Minsk d’être responsable de cette affluence de migrants aux frontières de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie, tous membres de l’Union Européenne. Depuis 2021, des milliers de personnes tentent de franchir leurs frontières.
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Il s’agirait de représailles de la part du président biélorusse, Alexandre Loukachenko, allié au président russe Vladimir Poutine, pour se venger des sanctions imposées contre le régime biélorusse ainsi que du soutien européen à l’Ukraine.
Sources: infomigrants




