Sénégal : plus de 250 migrants, partis d’un « pays voisin », secourus par la marine au large de Dakar

La marine sénégalaise a porté secours, lundi, à 259 migrants partis d’un « pays voisin », ont indiqué les autorités sur le réseau social X. Ces derniers mois, les départs vers les Canaries espagnoles se font plus au sud, depuis la Guinée et la Gambie, afin d’échapper aux contrôles renforcés au Sénégal, en Mauritanie et au Maroc. Mais cet itinéraire rallonge le temps de traversée et accentue les risques encourus dans l’Atlantique.
Lundi 22 septembre, les autorités sénégalaises ont secouru 259 migrants à une centaine de kilomètres au large de Dakar, a indiqué la marine nationale sur le réseau social X. Ils « ont été débarqués à la base navale Amiral Faye Gassama [à Dakar, ndlr] et mis à la disposition des services compétents », a précisé la même source.
Ces exilés avait pris la mer depuis un « pays voisin », a ajouté la marine, sans donner plus de précisions.
La semaine dernière, c’est un pêcheur sénégalais qui avait porté assistance à 112 personnes à la dérive au large des côtes dakaroises. L’embarcation de migrants, partie de Gambie, n’avait plus de moteur. Selon le pêcheur, le capitaine avait quitté le bateau, abandonnant la centaine d’exilés à son bord.
Des départs plus nombreux depuis la Gambie et la Guinée
Depuis plusieurs mois, les migrants désireux de rejoindre les Canaries espagnoles sont de plus en plus nombreux à prendre la mer depuis la Guinée ou la Gambie. « Ce récent déplacement est dû au resserrement d’autres voies migratoires : celle du Maroc depuis un moment, et plus récemment celle de la Mauritanie et même du Sénégal du fait des contrôles accrus sur les côtes », explique à InfoMigrants Delphine Perrin, spécialiste des politiques migratoires africaines.
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Plus de 30 000 migrants ont été interceptés sur le sol mauritanien entre janvier et avril 2025. En quatre mois, le pays a aussi démantelé 88 réseaux de passeurs. Nouakchott intensifie ses efforts pour combattre l’immigration irrégulière. La Mauritanie mène depuis le début de l’année une politique migratoire plus stricte. Conséquence, les arrestations se multiplient et un climat de peur s’est installé dans le pays.
Du côté du Sénégal, les autorités ont interpellé au premier trimestre 2025 plus de 1 900 « personnes tentant de prendre la mer, dont une majorité d’étrangers », a rapporté début septembre le Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI). Par ailleurs, 32 pirogues ont été saisies et 74 suspects, des convoyeurs, arrêtés et déférés devant la justice. L’an dernier, Dakar avait intercepté plus de 5 000 candidats à l’émigration illégale vers Europe.

Une traversée risquée
Mais partir de Gambie ou de Guinée multiplie les risques en mer pour les migrants. « Les voyages sur l’Atlantique sont déjà risqués. La distance est importante – il faut entre 4 et 7 jours de navigation si tout se passe bien [pour rejoindre l’archipel espagnol] -, ce qui accroît les risques de se perdre en mer, de chavirer ou de souffrir de la faim, de la soif ou de malaise, d’autant que le comportement des passeurs peut accroître le danger », affirme Delphine Perrin.
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Les ONG alertent régulièrement sur les « bateaux fantômes », ces embarcations qui errent en mer et qui disparaissent sans laisser de traces.
Dans l’immensité de l’océan Atlantique, les pirogues peuvent dériver à des milliers de kilomètres, au large des côtes américaines. Début juin, un bateau avec 14 cadavres de migrants africains en état de décomposition a été retrouvé près du Venezuela. Les personnes sont mortes sur la route de déshydratation et de faim.
En mai, les restes de 11 corps et une pirogue en bois ont été retrouvés sur la côte de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, aux Caraïbes, par la police locale. Plus tôt, en janvier 2025, c’est un canot avec à son bord 19 corps en état de décomposition avancée qui a été retrouvé par les autorités de Saint-Kitts-et-Nevis, le plus petit État des Caraïbes.
Selon l’ONG Caminando Fronteras, 10 457 migrants sont décédés ou portés disparus sur les routes migratoires menant vers l’Espagne en 2024. Soit une moyenne de 30 morts ou disparus par jour. Et pour les cinq premiers mois de 2025, l’ONG a comptabilisé 1 865 personnes mortes en tentant de rejoindre l’Espagne, dont près de 1 500 sur la route des Canaries.
Sources: infomigrants




