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Frontex accuse la police bulgare d’être responsable de la mort de trois adolescents égyptiens en décembre 2024

Dans un rapport, l’agence européenne Frontex pointe la responsabilité des forces de l’ordre bulgares dans le décès par hypothermie de trois mineurs égyptiens à la frontière entre la Turquie et la Bulgarie, le 27 décembre 2024. Elle reproche notamment aux autorités leur inaction face aux alertes, leur « négligence grave » et d’avoir « activement interféré » avec les opérations de sauvetage des ONG.

Près d’un an après avoir retrouvé les corps de trois mineurs égyptiens, âgés de 15 à 17 ans, morts de froid à la frontière entre la Turquie et la Bulgarie, Frontex accuse la police bulgare d’être en partie responsable.

Dans un rapport rendu public début novembre, le Bureau des droits fondamentaux (FRO) de l’agence européenne revient sur ce drame et impute à la Bulgarie de « ne pas avoir pris les mesures adéquates à temps, entraînant des pertes humaines ». Et ce, alors que les autorités « étaient sous l’obligation d’aider et de secourir les migrants », « avaient suffisamment d’informations pour en déduire qu’il s’agissait d’une situation de vie ou de mort », « avaient connaissance de la localisation des migrants » et « étaient en capacité d’agir ».

Aussi, comme les trois exilés étaient des mineurs, Frontex ajoute que la Bulgarie « n’a pas non plus rempli ses obligations en matière de protection de l’enfance » et a fait preuve de « négligence grave » vis-à-vis de leur situation.

Déroulé des faits

La nuit du 27 décembre 2024, l’organisation Colletivo rotte balcaniche (collectif de la route des Balkans) et l’association No name kitchen reçoivent vers 1h du matin des alertes sur leur téléphone d’urgence.

Trois jeunes migrants seraient en danger de mort dans une zone forestière près de Gabar, au sud-est de la Bulgarie, à une vingtaine de kilomètres de la frontière turque. « Des vidéos jointes aux signalements montraient deux d’entre eux inconscients et allongés dans la neige », rapportaient à l’époque les associations dans un communiqué conjoint.

Les humanitaires contactent alors immédiatement le 112, numéro d’urgence européen, et tentent en parallèle d’accéder à l’endroit où se trouvent les exilés, grâce à la géolocalisation transmise dans les premiers messages. Mais selon les ONG, les autorités bloquent les activistes. « Des agents de la police aux frontières nous ont repérés dans la forêt. Ils ont mis leur véhicule au travers de notre chemin, ne nous laissant pas d’autre choix que de faire demi-tour », expliquait en janvier à InfoMigrants un militant du Colletivo rotte balcaniche.

Image d'illustration de la forêt bulgare enneigée. Crédit : Facebook de Simone Zito
Image d’illustration de la forêt bulgare enneigée. Crédit : Facebook de Simone Zito

C’est finalement 24 heures après la première alerte que les équipes de secours parviennent à atteindre les lieux, en empruntant un autre chemin, plus discret. Elles découvrent alors deux corps, « l’un recouvert de neige et l’autre la tête dans une flaque d’eau », puis le troisième le lendemain.

Interrogée par Frontex dans son rapport, la police aux frontières bulgare nie avoir obstrué l’opération de sauvetage menée par les humanitaires. Elle dit avoir bien reçu des alertes par une ONG mais affirme que les coordonnées GPS fournies étaient mauvaises. La police déclare avoir « réagi immédiatement à tous les signaux reçus, mais les alertes du 27 décembre contenaient des informations erronées ou trompeuses ». Selon les autorités, les corps retrouvés les 28 et 29 décembre se trouvaient « à des endroits différents » de ceux fournis par les militants.

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Cependant, après enquête, l’agence de surveillance des frontières conclut pour sa part que les localisations envoyées par les ONG n’ont varié que de quelques mètres par rapport aux lieux exacts où se trouvaient les dépouilles. Frontex en déduit également que les autorités bulgares ont « probablement empêché » et « activement interféré » avec les tentatives de sauvetage des ONG.

« En conséquence, ces actions pourraient constituer une violation du droit à la vie, car les États doivent prendre les mesures appropriées pour protéger les vies humaines et ne doivent pas empêcher d’autres personnes de le faire », note Frontex.

Frontex « profondément préoccupée »

En conclusion, l’agence européenne se dit « profondément préoccupée par les allégations répétées selon lesquelles les autorités bulgares ne répondraient souvent pas correctement aux appels de détresse ».

Elle appelle donc la Bulgarie à « mener des enquêtes rigoureuses et diligentes sur toutes les allégations de défaillance des opérations de recherche et de sauvetage » et de « s’assurer de meilleures coordinations et d’échange d’informations avec tous les acteurs impliqués dans les opérations de sauvetage ».

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Les autorités bulgares n’ont pour l’heure pas réagi au rapport de Frontex.

De son côté, l’organisation Colletivo rotte balcaniche – qui a notamment été interrogée par l’agence européenne pour mener ce rapport – salue les conclusions de l’agence européenne, mais assure dans un communiqué publié mercredi 19 novembre qu’elles « ne sont que de la poudre aux yeux si elles ne sont pas suivies d’actions ».

« Si Frontex prend ses propres allégations au sérieux, il n’y a qu’une seule solution : qu’elle cesse immédiatement toute collaboration ou tout soutien aux autorités bulgares », ajoute le collectif, qui reproche également aux agents de Frontex en Bulgarie le même comportement que la police bulgare. « Bien que le FRO ait déclaré que nos efforts de sauvetage étaient ‘sincères’ et ait dénoncé leur obstruction par la police aux frontières bulgare, les agents de Frontex ont directement, et à plusieurs reprises, eux-mêmes participé à la criminalisation des équipes de sauvetage civiles, appliquant les mêmes pratiques que la police des frontières bulgare. »

« Depuis mars 2025, les agents de Frontex ont à plusieurs reprises bloqué et suivi les équipes de sauvetage pendant des heures, les empêchant finalement d’atteindre les migrants en détresse », dénonce l’ONG.

Violence des refoulements

Ces dernières années, Frontex a augmenté le nombre d’agents déployés aux frontières bulgares. Et la Bulgarie, qui a intégré l’espace Schengen début 2025, a durci ses contrôles à la frontière turque pour limiter les arrivées de migrants. Mais selon les ONG et des témoignages d’exilés, les gardes-frontières ont recours à des méthodes brutales pour enrayer les passages irréguliers et effectuent de nombreux refoulements.

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En juin 2024, InfoMigrants avait rencontré dans la petite ville de Svilengrad, toute proche de la frontière avec la Turquie, un groupe de quatre jeunes Marocains. Amine, 24 ans disait avoir été refoulé cinq fois. Les autres, âgés de 22 à 30 ans, ont vécu deux, parfois trois « pushbacks ». Lors de ces refoulements, « à chaque fois, la police a pris nos téléphones, nos affaires, notre argent », dénonçait Amine. « Ils prenaient aussi nos vêtements et nos chaussures ».

En avril 2022, les gendarmes turcs avaient retrouvé 84 migrants refoulés par les autorités bulgares. Les exilés étaient à demi-nus et tentaient de se protéger du froid avec des sacs.

Ces violences envers les exilés perpétrées par les autorités bulgares ont été dénoncées à de nombreuses reprises par des ONG. Mais elles sont aussi bien connues par Frontex elle-même, selon une enquête du réseau Balkan Investigative Reporting Network (BIRN). L’agence admet dans un document interne du FRO que « les refoulements, qui s’accompagnent souvent d’un niveau élevé de violence et d’autres traitements inhumains ou dégradants, sont une pratique courante de la police des frontières bulgare ».

Sources: infomigrants

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