Dix militants britanniques d’extrême droite interdits de séjour en France pour des actions anti-migrants sur le littoral nord

Le ministère de l’Intérieur a annoncé mercredi avoir interdit l’accès au territoire français à 10 militants britanniques du mouvement d’extrême droite « Raise the colours ». Depuis plusieurs mois, les associations du nord de la France alertent sur la présence de groupuscules identitaires qui intimident les migrants le long du littoral.
Après plusieurs signalements par « différents acteurs », dix militants britanniques d’extrême droite sont interdits de séjour en France, a annoncé le ministère de l’Intérieur mercredi 14 janvier dans un communiqué. Ces « activistes appartenant au mouvement ‘Raise the colours' » se sont livrés ces derniers mois à « des actions de recherche et de destruction de ‘small boats' » sur le littoral nord, explique le ministère.
Ces actions sont « de nature à occasionner de graves troubles à l’ordre public », peut-on encore lire dans le communiqué.
« Notre état de droit n’est pas négociable, les actions à caractère violent ou provoquant à la haine n’ont pas leur place sur notre territoire », a écrit sur le réseau social X le locataire de la Place Beauvau, Laurent Nuñez.
Il remercie par ailleurs la préfecture du Nord et les services de son ministère « pour leur mobilisation dans ce dossier ».
L’association Utopia 56, qui a envoyé à plusieurs reprises des signalements aux autorités ces derniers mois sur la présence de groupuscules d’extrême droite dans le nord de la France, s’est félicitée de cette mesure. « C’est une décision extrêmement positive qu’on attendait depuis longtemps », déclare un membre associatif à InfoMigrants. « C’est grâce à la société civile qui a alerté plusieurs fois sur des évènements violents » menés par le mouvement « Raise the colours » (« Hissez les drapeaux »), insiste l’association.
Ces interdictions de territoire sont « absolument scandaleuses », a réagi mercredi « Raise the colours » sur X. Le mouvement accuse Laurent Nuñez de prendre cette décision « tout en ne faisant absolument rien pour expulser les migrants présents dans la région de Calais ».
Ouverture d’une enquête
La justice française avait ouvert une enquête préliminaire pour « violences aggravées » commises sur des migrants dans la nuit du 9 au 10 septembre près de Dunkerque, à la suite du signalement d’Utopia 56.
Cette nuit-là, quatre hommes arborant des drapeaux anglais et du Royaume-Uni ont agressé verbalement et physiquement un groupe de migrants à Grand-Fort-Philippe, en leur disant qu’ils n’étaient pas les bienvenus en Angleterre et en volant certaines de leurs affaires.
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Une vidéo de 40 secondes avait été publiée fin septembre sur X par le parti europhobe et xénophobe Ukip montrant des hommes brandissant des drapeaux britanniques et anglais intimidant des exilés sur le littoral nord de la France.
« Notre équipe Stop The Boats a perturbé et déplacé des migrants illégaux qui tentaient de traverser la frontière vers la Grande-Bretagne depuis le nord de la France. Si les autorités ne protègent pas nos frontières, nous le ferons », racontait alors le groupe d’extrême droite.
Sur les images, des exilés sont recroquevillés sur le sol, certains sous des couvertures de survie, d’autres sous des duvets ou d’autres encore portant des gilets de sauvetage. Des hommes vêtus de noir arrachent les couvertures en pointant une lampe torche sur eux et leur intimant l’ordre de quitter les lieux.
Narratif xénophobe
Des scènes similaires se sont répétées les semaines suivantes en France.
Sur des images publiées sur le compte Instagram de « Raise the colours », des militants patrouillent sur les plages pour « empêcher les traversées », sont à la recherche de « bateaux à détruire », ou encore interpellent des migrants, parfois en se faisant passer pour des journalistes.
En toile de fond de ces vidéos : un narratif xénophobe selon lequel ils défendraient leur pays face au « risque sécuritaire » que ces migrants représenteraient. Selon eux, ils font ce que les « autorités françaises et britanniques ne font pas ».
Le collectif « Raise the colours » a aussi confronté des membres d’associations de soutien aux migrants, notamment ceux de Médecins sans frontières (MSF). « Ils nous ont accusés de faire le jeu des passeurs, d’être ceux qui encourageaient des personnes à venir violer, agresser des femmes au Royaume-Uni. Des choses extrêmement dégradantes et diffamantes. C’était très choquant », expliquait début décembre Camille Niel, cheffe de la mission France de MSF, aux Observateurs de France 24.
Ces dernières semaines, « Raise the colours » a, à plusieurs reprises, prévenu sur X d’une opération « massive » en France en 2026, rappellent les associations.
Sources: infomigrants




