Uncategorized

L’Espagne s’oppose aux centres de retour pour migrants hors des frontières de l’Union européenne

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, estime que la création de centres de retour hors des frontières de l’Union européenne pour les demandeurs d’asile déboutés n’est pas une « solution miracle ». Le responsable politique vante plutôt la stratégie espagnole consistant à signer des accords avec les pays de transit avant l’arrivée des migrants en Europe. Une mesure qui s’avère, selon lui, plus efficace.

L’Espagne fait une nouvelle fois figure d’exception au sein de l’Union européenne (UE) sur les questions d’immigration. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, affirme que la création de centres de retour hors des frontières de l’UE pour les demandeurs d’asile déboutés n’est pas une « solution miracle », a indiqué mardi 20 janvier l’agence de presse Reuters.

Selon le responsable politique, ces structures – comme celles construites en Albanie par l’Italie – posent d’importants problèmes juridiques et risquent de mettre à mal les relations avec les pays tiers.

Le 8 décembre, les ministres de l’Intérieur des États membres de l’Union européenne ont adopté une série de textes pour encadrer plus strictement les arrivées et les renvois de migrants, ouvrant notamment la voie aux « hubs de retour » – des centres dans des pays hors des frontières de l’UE où seront envoyés les migrants dont la demande d’asile a été rejetée.

A lire aussi
Expulsions des migrants hors UE : 19 pays européens demandent à la Commission de financer les « hubs de retour »

Parmi les États membres, les seuls sceptiques sont la France et l’Espagne. Paris s’interroge sur la légalité et l’efficacité de certaines de ces mesures, et Madrid n’est pas convaincue par les « hubs de retour », déjà expérimentés par plusieurs pays mais sans réel succès, comme l’accord entre l’Italie et l’Albanie.

Cette position est toutefois de plus en plus « difficile à tenir », tant la pression exercée par certains pays pour les adopter est forte, avait déclaré en décembre le ministre espagnol de l’Intérieur.

Échec de l’accord entre l’Italie et l’Albanie

Pourtant le projet italien en Albanie a du plomb dans l’aile. Au total, et selon l’accord signé entre Rome et Tirana fin 2023, jusqu’à 36 000 migrants, interceptés dans les eaux italiennes, pouvaient être envoyés chaque année dans ce pays des Balkans. Le but de l’Italie : externaliser une partie du processus d’asile pour soulager son pays de l’afflux migratoire.

Un militaire italien se tient, le 11 octobre 2024, devant un centre d'accueil pour demandeurs d'asile construit par l'Italie à Gjader, en Albanie. Crédit : Reuters
Un militaire italien se tient, le 11 octobre 2024, devant un centre d’accueil pour demandeurs d’asile construit par l’Italie à Gjader, en Albanie. Crédit : Reuters

Mais ce plan a échoué en raison de blocages de la justice italienne ou d’arrêts de la Cour de justice européenne. Rapidement, en effet, l’accord s’était heurté à des obstacles juridiques, qui ont mis en lumière la contradiction entre cette politique migratoire et le respect des droits fondamentaux.

En un an, seules 132 personnes ont été emmenées dans les centres albanais, dont 32 ont été rapatriées après des décisions de la justice italienne, selon des ONG.

A lire aussi
Automutilation, « violation flagrante des droits », expulsion coûteuse… Les transferts de migrants vers l’Albanie sous le feu des critiques

Face à ces échecs successifs, l’Italie a changé son fusil d’épaule. En mars 2025, le Conseil des ministres a adopté un décret-loi permettant de recycler ces structures en… centres de rapatriement pour migrants en situation irrégulière – des centres de rétention (CPR), en somme. Mais cette transformation pourrait, elle aussi, rencontrer des obstacles juridiques.

Et pourtant, la Premier ministre italienne Giorgia Meloni n’en démord pas : son projet fonctionnera. « Lorsque le Pacte européen sur la migration et l’asile entrera en vigueur [en juin 2026, ndlr], les centres fonctionneront certainement comme ils auraient dû fonctionner au début. Donc, effectivement, on aura perdu deux ans. Mais chacun assumera ses propres responsabilités », avait-elle déclaré en novembre.

L’Espagne vante sa politique migratoire

Fernando Grande-Marlaska estime quant à lui que la stratégie espagnole consistant à signer des accords avec les pays de transit avant l’arrivée des migrants en Europe s’avère plus efficace que les « hubs de retour ».

Ces dernières années, l’Espagne a signé de nombreux accords avec la Mauritanie, le Sénégal et le Maroc, les trois principaux pays de départ de pirogues vers les Canaries. Résultat : en 2025, les arrivées irrégulières dans l’archipel espagnol ont chuté de 62% sur un an, passant de 47 000 en 2024 à 17 500 en 2025. Dans le même temps, les arrivées sur l’ensemble du sol espagnol ont baissé de 42%.

« Je crois que nos chiffres et notre politique migratoire dans son ensemble renforcent sans aucun doute considérablement le rôle de l’Espagne dans la définition de la politique migratoire au sein de l’Union européenne », a déclaré à Reuters Fernando Grande-Marlaska.

Mais les défenseurs des droits dénoncent ces accords avec les pays de départ, qui entrainent selon eux des abus. En août, Human Rights Watch (HRW) a accusé les autorités mauritaniennes d’avoir commis de « graves violations des droits humains » à l’encontre de migrants et de demandeurs d’asile entre 2020 et début 2025.

Début janvier, c’est le Premier ministre espagnol qui a présenté son pays comme un exemple pour l’Europe en matière migratoire. Alors que d’autres pays européens ont fermé leurs frontières aux nouveaux arrivants sous la pression des partis de droite, le gouvernement de Pedro Sánchez a toujours défendu l’ouverture de son pays aux immigrés.

« Nous sommes un pays qui défend fermement un modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain face à ceux qui prônent la fermeture de nos frontières et refusent aux migrants le minimum de dignité qu’ils méritent », a déclaré Pedro Sánchez lors d’une cérémonie de vœux devant les ambassadeurs espagnols le 8 janvier dernier.

« L’immigration » joue « un rôle assez important dans la croissance de l’Espagne

« Notre modèle fonctionne. Il n’y a pas ce que l’on nomme un effet d’appel », a-t-il encore ajouté, écartant les critiques qui soutiennent que la position pro-immigration de l’Espagne alimente l’immigration illégale vers le pays.

« L’Espagne continuera de défendre un modèle migratoire qui fonctionne, un modèle qui fonctionne pour l’Espagne et qui pourrait aussi contribuer à réveiller une Europe vieillissante », a poursuivi le dirigeant socialiste, assurant que l’immigration représentait « 80 % de la croissance » économique de l’Espagne au cours des six dernières années et 10 % des recettes de la sécurité sociale du pays.

A lire aussi
L’Espagne mise sur l’immigration légale pour revitaliser ses campagnes et contrer la baisse des naissances

L’Espagne, quatrième économie de l’Union européenne, a fait mieux que ses pairs depuis 2021, portée par le tourisme, la faiblesse des coûts de l’énergie, la consommation intérieure et l’investissement étranger. Le gouvernement prévoit que la croissance s’établira à 2,9 % pour 2025, soit plus du double de la moyenne attendue dans la zone euro.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a estimé le 14 janvier que la croissance économique rapide de l’Espagne, par rapport à la France, s’expliquait notamment par le « rôle assez important » de « l’immigration ».

Sources: infomigrants

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page