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La Défenseure des droits alerte sur l’usage d’armes contre des migrants voulant traverser la Manche

Dans une décision rendue publique mi-décembre, la Défenseure des droits a dénoncé un usage des armes « de force intermédiaire » par les forces de l’ordre françaises à l’encontre des migrants tentant de traverser la Manche. Dans certains cas, cet usage ne respecte pas les règles en vigueur et se fait dans des « conditions de visibilité réduite » et de manière disproportionnée.

Ce sont des scènes qui se déroulent sur les plages du littoral nord de la France. Des policiers français sont déployés pour tenter d’arrêter les migrants qui tentent de prendre la mer pour rejoindre le Royaume-Uni à bord de small boats.

Pour ce faire, ils utilisent des armes dites « de force intermédiaire » telles que des pistolets à impulsion électrique, des lanceurs de balles de défense (LBD) ou encore des grenades lacrymogènes.

Ces interventions ont été durement critiquées par la Défenseure des droits Claire Hédon dans une décision rendue le 17 décembre 2025. Ce rapport fait suite à une quarantaine de réclamations, déposées en grande majorité par l’association d’aide aux migrants Utopia 56.

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Au terme de son enquête, cette autorité administrative indépendante estime que l’utilisation d’armes « de force intermédiaire » « est contraire aux obligations de discernement et de [leur] usage [qui doit être] absolument nécessaire et proportionné ».

« À l’issue des investigations réalisées dans chacune des saisines reçues, la Défenseure des droits constate, s’agissant de la légitime défense invoquée, que les forces de sécurité n’apportent pas les informations nécessaires pour établir la réalité des atteintes dont elles se disent victimes, par un manque de précisions dans les comptes rendus et par l’absence de tout enregistrement vidéo », juge Claire Hédon dans sa décision.

Des armes utilisées « dans des conditions de visibilité réduite »

Par ailleurs, la Défenseure des droits dénonce également un usage des armes par les forces de l’ordre « dans des conditions de visibilité réduite ». « De nuit, à distance du groupe visé, consécutivement à l’usage de gaz lacrymogène, [ou] face à un groupe compact et mobile », liste-t-elle.

Sur une plage de Gravelines, des policiers français regardent des migrants qui ont échoué à partir dans la Manche, le 6 novembre 2025. Crédit : Picture alliance
Sur une plage de Gravelines, des policiers français regardent des migrants qui ont échoué à partir dans la Manche, le 6 novembre 2025. Crédit : Picture alliance

Si ces armes sont autorisées dans un cadre précis comme la légitime défense, Claire Hédon rappelle que leur utilisation « peut occasionner de graves lésions physiques sur les personnes, notamment les plus vulnérables ». Elle souligne que toute riposte doit donc s’inscrire « dans le cadre légal », et donc reposer sur une « force absolument nécessaire et proportionnée », conformément à une note de service datant de 2023.

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Dans ses recommandations, la Défenseure des droits préconise « une obligation » de rendre compte par écrit de tout usage d’une arme de force intermédiaire et qu’un rappel soit adressé aux policiers « sur l’obligation de rendre compte de manière fidèle et précise de tout usage d’arme ».

Destruction d’embarcations

Enfin, concernant la destruction d’embarcations, « bien que justifiée (…) par la volonté de prévenir une atteinte à la vie des personnes qui prennent place à bord », celle-ci « n’est pas suffisamment encadrée », selon ce rapport, qui affirme que les autorités font « parfois » usage de leurs armes « dans l’unique but d’empêcher les personnes de prendre une embarcation, en les dispersant et en les éloignant de la mer ».

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Une telle intervention ne peut pas, d’après l’institution chargée de veiller au respect des droits et libertés, relever du cadre de la légitime défense ni de celui du maintien de l’ordre public.

Des policiers français observent un groupe de migrants monter à bord d'un petit bateau sur la plage de Gravelines, en France, dans le but de rejoindre le Royaume-Uni en traversant la Manche. Crédit : picture-alliance
Des policiers français observent un groupe de migrants monter à bord d’un petit bateau sur la plage de Gravelines, en France, dans le but de rejoindre le Royaume-Uni en traversant la Manche. Crédit : picture-alliance

La Défenseure des droits recommande de définir les critères devant être réunis pour justifier les destructions des embarcations et de proscrire l’usage des armes lorsque celles-ci visent uniquement à empêcher des personnes de monter à bord.

Plus de 41 000 arrivées par small boats en 2025

Depuis plusieurs années, le phénomène des « small boats » s’est généralisé. Cette technique consiste à mettre un canot gonflable à l’eau avant que les migrants n’embarquent, « puis de longer la côte afin de récupérer en différents lieux d’autres passagers à proximité du rivage », explique la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar). Selon des documents officiels français, cette méthode s’est avérée extrêmement efficace, avec un taux de réussite de 81 % en 2025.

Le nombre de migrants arrivés au Royaume-Uni depuis la France par « small boats » est passé de 36 566 en 2024 à 41 472 en 2025. C’est le deuxième nombre le plus élevé après le record des 45 774 arrivées enregistrées en 2022, selon les données du ministère de l’Intérieur britannique. Il s’agit également d’une hausse de 13 % par rapport au nombre d’arrivées recensées en 2024 (36 566), et cela en dépit de l’entrée en vigueur du pacte « un pour un ».

Désormais, les risques encourus par les migrants sont plus importants car l’embarquement se fait directement dans l’eau, dans des conditions particulièrement chaotiques. Il n’est pas rare que les canots chavirent à cause de la météo ou de la panique et que des migrants, tombés à l’eau, se noient.

Sources : infomigrants

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