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Suicide à Loon Plage : dans les campements, certains exilés sont « dans une situation désespérée »

Un jeune homme a été découvert pendu, dimanche 17 août en tout début d’après-midi, à Loon Plage dans le Dunkerquois. Si l’identité et le parcours de cet exilé âgé de 20 à 30 ans restent pour le moment inconnus, ce geste résonne avec les difficiles conditions de survie et la détresse dont témoignent de nombreux exilés coincés dans ces campements en attendant de traverser vers l’Angleterre.

C’est un exilé survivant dans l’un des campements de Loon Plage, dans le Dunkerquois, qui a donné l’alerte dimanche midi. Téléphone à la main, l’homme est arrivé sur un lieu de distribution où se trouvaient d’autres exilés ainsi que des associatifs. Sur son écran, « la vidéo d’un homme accroché à une corde », relate Claire Millot, responsable de l’association Salam, à InfoMigrants.

La police et les secours, prévenus dans la foulée, ont constaté la mort par pendaison d’un jeune homme d’entre 20 et 30 ans, précise nos confrères de France 3 Hauts-de-France. Son corps, découvert vers 13 heures, se trouvait dans un endroit à l’abri des regards.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Dunkerque afin de rechercher les causes de la mort. Pour l’heure, l’identité du jeune homme n’a pas été déterminée. « Il était sûrement isolé, car les personnes qui ont donné l’alerte ne le connaissaient pas », observe Amélie Moyart, responsable de la communication d’Utopia 56 sur le littoral.

Une demande a été transmise à la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) du département pour soutenir les exilés ayant fait face à la nouvelle, indique aussi à InfoMigrants Amélie Moyart – sans réponse pour le moment de la CUMP, en ce lundi après-midi.

Au quotidien, le dispositif de soutien psychologique accessible aux exilés dans le Dunkerquois est déjà très restreint. Il existe bien la PASS de Dunkerque, « mais il y a une barrière de la langue terrible. La possibilité d’avoir des interprètes est limitée à certaines langues. Comment faire pour se raconter librement ? Sur Dunkerque, il n’y a pas beaucoup d’autres options », regrette Claire Millot.

« On ne veut pas de moi en France, pas de moi en Angleterre, pas de moi chez moi »

Le lien social est également limité. Le campement de Loon Plage est actuellement « très éparpillé », décrit la responsable associative. Auparavant, sa concentration permettait « un contact facile. La distribution était l’occasion d’aller vers les gens, de parler un peu ». Désormais, il s’agit plutôt de plusieurs campements regroupant une poignée de personnes, « très éloignées du point de distribution. Les gens s’éloignent le plus possible des routes carrossables afin d’éviter au maximum la police et les démantèlements. Pour avoir un peu plus la paix », expose la responsable.

Or, la situation sur les campements de Loon Plage, et plus largement sur les campements du nord de la France des candidats à l’exil vers le Royaume-Uni, est précaire et hostile. « Je sais que la traversée est risquée mais ici aussi c’est dangereux : tu peux mourir de froid ou de faim. La vie est dangereuse », confiait Souleymane, un Cap-verdien de 23 ans, rencontré fin 2024 sur ce campement de Loon Plage.

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Bien que beaucoup gardent leur détermination pour tenter la traversée, certains exilés « sont dans une situation désespérée », explique Claire Millot. « Récemment, un exilé a dit à l’une de nos bénévoles : ‘on ne veut pas de moi en France, pas de moi en Angleterre, pas de moi chez moi. Alors, qu’est-ce que je dois faire ?’. C’est une question angoissante. »

Suicides : des cas rares, mais une problématique loin d’être nouvelle

Entre les démantèlements de campements menés par les forces de l’ordre toutes les 48 heures dans le Calaisis et très régulièrement dans le Dunkerquois d’un côté ; de l’autre les interceptions sur les plages et l’accord de renvoi avec le Royaume-Uni récemment entré en vigueur, les exilés se retrouvent pris dans des politiques paradoxales. « On a des tas de gens qui ne peuvent pas rester chez eux, qu’on n’accueille pas en France, tout en les empêchant d’aller en Angleterre : ça ne rime à rien et pour eux, c’est désespérant », contextualise Claire Millot.

La problématique du suicide n’est donc pas nouvelle dans les campements du nord de la France où ces conditions de survie sont difficiles. Au mois de juin, un échange de coups de feu faisant deux morts et un blessé, sur ce même campement de Loon Plage, avait d’abord nourri la thèse du règlement de comptes. Or, après les autopsies et les recueils de témoignages, les enquêteurs se sont orientés sur la thèse de l’accident suivi du suicide du tireur, rapporte La Voix du Nord.

Quelle que soit l’issue de l’enquête, « on regrette qu’après ces fusillades, aucun accompagnement psychologique n’ait été mis en place pour venir en soutien à ces populations d’exilés, qui ont très peur, qui ne savent pas très bien ce qu’il se passe », avait souligné Salomé, membre d’Utopia 56 à Grande-Synthe, jointe par InfoMigrants en juillet.

« Décider de mourir si près du but, c’est horrible »

Quelques mois plus tôt, le 21 mars, un exilé s’était déjà donné la mort par pendaison, cette fois dans le Boulonnais. Son corps avait été découvert pendu à un arbre sur la plage du Châtelet, un sentier à proximité des dunes. Le jeune homme était âgé d’une vingtaine d’années seulement.

Le procureur de la République de Boulogne-sur-mer d’alors, Guirec Le Bras, avait qualifié auprès de La Voix du Nord ce suicide de « troublant ». « Après avoir fait des milliers de kilomètres, décider de mourir si près du but, c’est horrible », avait commenté auprès du journal Dany Patoux, bénévole de l’association locale Osmose62.

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L’association Salam rappelle le triste historique : le 7 août 2024, un Soudanais a sauté du pont du Vic, sous les yeux d’une passante, comme l’a relaté Nord Littoral. Le 3 janvier 2023, Fouad, un exilé soudanais, s’est jeté sous un train rue de Judée à Calais. Son geste s’est déroulé non loin d’un point de distribution, « sous les yeux de l’équipe Salam qui venait de lui donner le petit déjeuner. Il leur a fait signe ‘au revoir’ et s’est lancé », rappelle la responsable de l’association.

En mai 2022, Hassan, un Soudanais de 27 ans, s’est pendu à une sangle, dans la remorque d’un camion, à Transmarck dans le Calaisis. « Je me suis précipité sur les lieux avec d’autres Soudanais », racontait deux jours plus tard Ibrahim, un jeune homme ami d’Hassan rencontré par InfoMigrants. « Nous étions environ 30 personnes. Je me suis approché du camion et j’ai trouvé Hassan sans vie. Je ne peux pas décrire le sentiment que j’ai ressenti. Ce fut terrible. » Quand la police est arrivée sur place, « les gens criaient et pleuraient. C’est tellement choquant. »

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Hassan était âgé de 27 ans, selon ses amis. Il était arrivé en Europe en 2015 et avait demandé l’asile en Allemagne, en France et en Suisse. « Les trois pays ont refusé de lui accorder une protection », expliquait Aladdin, un autre ami rencontré sur place. L’Angleterre représentait sa dernière chance. « Mais il a dû perdre espoir… »

« J’ai peur que d’autres personnes décident aussi de se suicider », concluait Aladdin auprès de notre équipe. « Des années de nos vies sont gâchées en Europe, alors qu’on est là, simplement à la recherche d’une opportunité de vivre en paix ».

Sources: infomigrants

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