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Maroc : un mineur marocain et deux jeunes algériens disparaissent en mer en tentant de rejoindre Ceuta à la nage

Trois jeunes sont portés disparus après avoir tenté de rejoindre l’enclave espagnole à la nage entre le 4 et le 6 février depuis le Maroc voisin. Deux sont des amis algériens de 22 ans, le dernier est un mineur marocain de 17 ans. L’année dernière, 40 migrants sont morts en tentant la même traversée à la nage.

Ils s’appelaient Jawadi Yacine, Triki Issa et Saïd Al-Younsi. Ils sont portés disparus après avoir tenté de rejoindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta, porte d’entrée dans l’Union européenne (UE), depuis les côtes marocaines voisines.

Les deux premiers sont Algériens, détaille Ali Zoubeidi, un chercheur spécialisé dans les migrations et contacté par InfoMigrants, qui cite des sources locales. Ils avaient 22 ans et ont disparu en mer Méditerranée depuis le 4 février après avoir quitté la plage marocaine de Fnideq, à mois de 5 km de l’enclave espagnole. Selon le journal El Faro de Ceuta, « les familles de ces jeunes hommes ont indiqué qu’ils portaient des combinaisons en néoprène » – des combinaisons de plongée pour faire face au froid des vagues.

Le troisième disparu est un mineur marocain de 17 ans. Originaire de Tétouan, sa disparition a été signalée, deux jours plus tard, le 6 février. « Il portait un short noir et un t-shirt noir. Sa famille est très inquiète pour lui », écrit encore le journal espagnol. « Depuis ce jour là, ils sont sans nouvelles de lui, c’est pourquoi ils sollicitent toute information susceptible de mettre fin à cette incertitude. »

Chaque année, de nombreux migrants – subsahariens ou marocains – tentent de rejoindre les enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta, les deux seules frontières terrestres avec l’Union européenne sur le sol africain. Mais la traversée à la nage est très dangereuse.

La distance qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain a beau être courte, les forts courants et les rochers le long du rivage rendent le parcours particulièrement dangereux. « L’instabilité météorologique, et les tempêtes maritimes répétées, ont contribué à une augmentation des décès et disparitions (…) soulignant la vulnérabilité croissante des jeunes migrants recourant à ce mode opératoire », explique Ali Zoubeidi.

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En 2025, au moins 40 migrants sont morts en tentant de rejoindre l’enclave espagnole à la nage munis de combinaisons de plongée et de palmes, en contournant la digue de Tarajal. Ils étaient 24 l’année précédente.

« Personne ne peut comprendre » la traversée

D’autres témoignages font état de la dangerosité de la traversée. « C’était très difficile, il faut être un bon nageur pour y parvenir (…) J’ai eu beaucoup de difficultés car la mer était très agitée et elle vous emporte vers les rochers. Personne ne peut comprendre, sauf ceux qui ont déjà essayé », avait témoigné l’an dernier Chaimae El Grini à El Faro de Ceuta, une Marocaine de 19 ans qui avait réussi à rejoindre l’enclave de Ceuta.

Des migrants arrivent en nombre à Ceuta par la mer depuis le Maroc, en mai 2021. Crédit : Reuters
Des migrants arrivent en nombre à Ceuta par la mer depuis le Maroc, en mai 2021. Crédit : Reuters

Ces traversées illustrent le désespoir d’une partie de la population marocaine, dans un pays où le taux de chômage s’élève à 13,3 %, et où 36 % des 15-24 ans sont sans emploi. À l’automne dernier, le Maroc a été le théâtre d’une contestation sociale inédite par son ampleur. À l’appel du collectif GenZ 212, des centaines de jeunes ont manifesté pour réclamer davantage d’investissements dans la santé, l’éducation, mais aussi des conditions de vie dignes.

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Dans ce contexte, beaucoup se découragent et espèrent se construire un avenir en dehors de chez eux, dans un pays européen notamment. Et Ceuta ne se trouve qu’à quelques kilomètres de nage des plages marocaines.

Les autorités marocaines surveillent les réseaux sociaux

En octobre 2025, une mère et son fils de 10 ans avaient réussi la traversée à la nage, sous le regard médusé des personnes présentes sur la plage. Une vidéo diffusée par les médias locaux montrait un jeune garçon se tenir fermement à une planche dans une mer agitée, sa mère à ses côtés. Les deux semblaient épuisés, après des heures à lutter contre les vagues avec pour seul accessoire une combinaison de plongée et des palmes.

Les autorités marocaines traquent les réseaux sociaux à la recherche des passeurs – ou simples civils – qui organisent (ou incitent à faire) des traversées vers Ceuta.

Le 14 octobre 2025, par exemple, la gendarmerie de Fnideq, en coopération avec le parquet de Tétouan et la cellule centrale marocaine de lutte contre la cybercriminalité, a arrêté un mineur originaire de la ville de Tétouan. Selon des informations relayées par la presse locale, le jeune homme était suspecté d’avoir créé un groupe WhatsApp pour inciter des jeunes et des migrants en situation irrégulière (subsahariens généralement) à rejoindre l’enclave espagnole.

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Depuis le réchauffement des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid en 2022, le Maroc a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’une de ses priorités. Le royaume surveille non seulement ses côtes mais aussi sa frontière terrestre où chaque année, des centaines de migrants – souvent subsahariens – tentent d’escalader les clôtures barbelés qui séparent le Maroc de l’Espagne.

Depuis le début de l’année 2026, plus de 400 migrants ont réussi à atteindre Ceuta – à la nage ou en passant au dessus des clôtures -, selon le ministère de l’Intérieur contre 89 à la même période de 2025.

Sources: Infomigrants

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