Espagne : l’enclave de Ceuta connaît une forte hausse des arrivées depuis le début de l’année 2026

Près de 2 000 personnes sont arrivées depuis le 1er janvier dans l’enclave espagnole de Ceuta, selon le ministère espagnol de l’Intérieur. Cela représente une hausse de 350 % par rapport à l’année dernière. Au moins 15 morts ont par ailleurs été recensés sur cette route sur la même période.
C’est une hausse impressionnante. Depuis le début de l’année 2026, 1 968 migrants sont arrivés dans l’enclave espagnole de Ceuta par voie terrestre, contre 437 sur la même période en 2025, selon les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur actualisés au 15 avril. Cela représente une hausse de 350 % sur cette route fréquentée par des nombreux jeunes Marocains mais aussi de plus en plus de Subsahariens.
La pression sur cette frontière espagnole semble néanmoins baisser un petit peu ces dernières semaines. Seules 149 arrivées ont été recensées au cours des deux premières semaines du mois d’avril, selon le média local El Faro de Ceuta.
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Par ailleurs, au moins 15 personnes sont mortes depuis le début de l’année en tentant la traversée. Le dernier a été découvert lundi à Tarajal. Il s’agit du troisième corps retrouvé depuis le début du mois.
Ces nombreuses arrivées compliquent une situation déjà très tendue dans le seul centre d’hébergement de ce territoire espagnol en Afrique du nord. Depuis le mois de février, plus de 1 000 personnes se trouvent dans ce centre prévu pour 512 places. « Une situation si extrême que des garages ont dû être transformés en chambres, ou que les personnes arrivant ont été laissées à attendre à l’entrée, dormant à même le sol », rapporte El Faro de Ceuta. Pour tenter de faire face à cette situation, les départs vers la péninsule des personnes arrivées plus tôt ont été accélérés.
Situation critique dans les centres d’hébergement
« La situation au centre a atteint un niveau critique », alertait déjà en février le syndicat infirmier SATSE dans un communiqué. Les exilés « sont entassés, plusieurs d’entre eux dorment sur le même matelas, dans un espace mal ventilé et mal éclairé, et présentant des conditions d’hygiène inacceptables » (sol sale jonché de mégots de cigarette et de reste de nourriture), déplorait l’organisation.
Le Secrétariat général des commissions des travailleurs (CCOO) de Ceuta avait, lui aussi, tiré la sonnette d’alarme. Le syndicat avait estimé dans un communiqué que « le maintien de personnes dans ces espaces constitue une dégradation des normes fondamentales qui devraient régir un centre d’hébergement », tout en alertant sur les conditions de travail « extrêmement difficiles » du personnel du CETI – qui comprend notamment des travailleurs de la santé, du personnel soignant, des agents de sécurité privés, des services de cuisine et de restauration, des traducteurs, des services d’entretien et juridiques.
Le centre pour mineurs est également saturé. Début février, plus de 350 jeunes étaient pris en charge dans la structure, qui ne dispose que de 81 places. Environ 65 % de ces mineurs isolés étaient logés dans des hébergements d’urgence.
Affluence dans les Baléares
À Melilla, l’autre enclave espagnole en Afrique du nord, la situation reste stable avec peu d’arrivées, révèlent les chiffres officiels espagnols.
En revanche, l’archipel des Baléares connaît également une forte influence, dans la continuité de l’an passé. Depuis le 1er janvier 2026, 1 318 personnes sont arrivées dans l’archipel. Elles étaient 1 104 à la même époque l’année dernière.
Cette route qui relie l’Algérie à l’archipel espagnol situé au large de l’Andalousie, n’est pas nouvelle, mais le profil des migrants a changé. Avant, la grande majorité des exilés arrivés aux Baléares venaient d’Algérie. Désormais, de plus en plus de Subsahariens prennent place dans les embarcations. En 2023, 73 % des personnes arrivant aux Baléares étaient d’origine maghrébine. En 2025, ce pourcentage est descendu à 30 % alors que celui des personnes en provenance d’autres pays africains a atteint 70 %.
Report des flux migratoires
La forte affluence de migrants dans ces territoires peut s’expliquer en partie par la baisse significative de fréquentation que connaît la route des Canaries. Depuis le 1er janvier, 2 097 migrants sont arrivés aux Canaries après une périlleuse traversée de l’Atlantique, selon les derniers chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur. Soit une baisse de 80 % par rapport à la même période de l’année précédente, lorsque 10 515 exilés étaient arrivés dans l’archipel.
Sur l’ensemble de 2025 déjà, les autorités espagnoles avaient enregistré une chute des arrivées aux Canaries de 62 % en comparaison de 2024, alors que ces dernières années l’archipel était la principale destination espagnole des migrants.
Le renforcement des accords conclus entre l’Union européenne (UE) et la Mauritanie, le Sénégal et le Maroc – les trois principaux pays de départ de pirogues vers les Canaries – pour tenter d’enrayer les traversées ont eu comme effet de renforcer les contrôles et d’augmenter les interceptions au large des côtes d’Afrique de l’ouest.
Sources: Infomigrants




