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Espagne : le gouvernement accélère la prise en charge des mineurs isolés arrivés aux Canaries

Le gouvernement de Madrid a pris en charge 679 mineurs isolés arrivés aux Canaries, conformément à des ordonnances de la Cour suprême obligeant depuis le mois d’avril les autorités à accueillir ces jeunes dans le réseau national d’accueil. Les transferts se sont accélérés ces dernières semaines, alors que le gouvernement des Canaries ne cessait de déplorer la lenteur de ces opérations.

Après des mois de transferts au compte-goutte, le gouvernement espagnol a accéléré ces dernières semaines sa prise en charge des mineurs isolés arrivant aux Canaries. Au total, 679 jeunes ont été intégrés au réseau national d’accueil, a indiqué la ministre de la Protection sociale du gouvernement des Canaries, Candelaria Delgado. La majorité sont des migrants originaires du Mali.

Parmi eux, 336 ont été transférés dans des centres pour mineurs de la péninsule et 343 dans des structures gérées par Madrid dans l’archipel espagnol. Le chiffre initial concernait 919 jeunes, mais 240 ont atteint l’âge de la majorité durant le processus. Ils ont été pris en charge dans des établissement pour adultes.

Le secrétaire d’État aux Migrations a par ailleurs précisé que 817 places ont été mises à disposition des mineurs isolés, une centaine restant donc à pourvoir.

Ultimatum de la Cour suprême

En accentuant les transferts de ce type, Madrid répond à une nouvelle ordonnance de la Cour suprême qui avait donné jusqu’à vendredi 21 novembre aux autorités espagnoles pour accueillir ces jeunes ayant demandé l’asile aux Canaries.

Des mineurs marocains près du centre d'Arinaga, à Grande Canarie, le 11 juillet 2024. Crédit : Reuters
Des mineurs marocains près du centre d’Arinaga, à Grande Canarie, le 11 juillet 2024. Crédit : Reuters

Fin septembre, le président des Canaries avait envoyé une lettre à la Cour suprême pour se plaindre de la lenteur des transferts de mineurs isolés – seuls 127 migrants avaient à l’époque été intégrés au réseau national d’accueil malgré la décision de justice. Le responsable canarien estimait que Madrid commettait un « outrage » et une « désobéissance manifeste » sur le sujet.

C’est la troisième fois que la haute juridiction exhorte le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour permettre d’enregistrer les demandes d’asile des quelque 5 500 mineurs entassés dans les centres d’hébergement de l’archipel des Canaries. La première ordonnance avait été émise en avril. Après sept mois de mise en garde, la Cour suprême a estimé en octobre que « le rythme d’exécution de ce mandat est manifestement irrecevable » et a donné un nouvel ultimatum aux autorités, le menaçant une nouvelle fois de sanctions.

Des « enfants particulièrement vulnérables » 

Le ministère des Migrations a quant à lui souligné « les difficultés et la complexité » de cette ordonnance puisqu’il s’agit « d’enfants particulièrement vulnérables ». Pour respecter cette décision judiciaire et intégrer à son réseau les mineurs isolés des Canaries, le gouvernement a dû modifier « complètement » son système en créant de nouvelles structures. Jusque-là, Madrid gérait uniquement les adultes et les enfants en famille, la prise en charge des mineurs non accompagnés relevant des régions.

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Le gouvernement a notamment ouvert un centre d’évaluation à Grande Canarie, qui fonctionne comme un lieu de transit en attendant de déterminer si les jeunes ont des attaches dans l’archipel. L’État dispose aussi de deux centres dans l’archipel et a créé plusieurs structures d’accueil dans diverses localités de la péninsule. Le ministère de l’Inclusion affirme également que d’autres sites sont recherchés pour augmenter les capacités d’accueil gérés par Madrid dans ces îles.

Malgré cela, la ministre de la Protection sociale du gouvernement des Canaries continue de tirer la sonnette d’alarme. Elle a averti vendredi 21 novembre que le système de protection de l’archipel « reste très tendu » car les services éducatifs, sanitaires et sociales délivrés aux mineurs restent à la charge des îles.

Baisse de 63% des arrivées de migrants

Les Canaries, perdues dans l’océan Atlantique, sont une des principales portes d’entrée des migrants en Europe. Ce bout de terre, situé à l’ouest des côtes africaines, voit régulièrement débarquer des canots surchargés de migrants. Dimanche, 260 personnes à bord de deux embarcations, aussi appelées « cayucos », ont été secourues au large de la petite île d’El Hierro par les services espagnols. Parmi eux, on compte 92 mineurs.

Cependant, le nombre d’arrivées tend à diminuer ces derniers mois. Entre le 1er janvier et le 15 novembre, 14 690 exilés ont débarqué aux Canaries, contre 39 713 à la même période de l’an dernier, d’après les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur. Soit une baisse de 63%.

En 2024, les Canaries ont connu des records d’arrivées : près de 47 000 personnes sont parvenues à rejoindre les îles. Du jamais vu pour l’archipel espagnol, même au plus fort de la « crise des cayucos » en 2006. Dans le même temps, le nombre de morts dans l’Atlantique a explosé : selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras, 10 457 migrants sont décédés ou portés disparus sur les routes migratoires menant vers l’Espagne en 2024. Soit une moyenne de 30 morts ou disparus par jour.

Sources: infomigrants

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