Libye : arrestation d’un important réseau de trafiquants d’êtres humains en Éthiopie

La police éthiopienne a annoncé avoir démantelé un gang de passeurs responsable de trafic d’êtres humains vers la Libye. Le réseau est accusé d’avoir fait plus de 3 000 victimes, des jeunes originaires de la Corne de l’Afrique candidats à l’exil vers l’Europe et réduits en captivité à leur arrivée en Libye. Nombreux ont été torturés, violés mais aussi tués.
La police éthiopienne a annoncé avoir arrêté un « dangereux trafiquant international d’êtres humains » ainsi que neuf de ses complices dans la ville de Shire, située dans la région du Tigré (nord de l’Éthiopie), à la frontière avec l’Érythrée et le Soudan. Ces passeurs sans scrupules, parmi lesquels figurent trois femmes, sont accusés d’avoir réduit en captivité en Libye plus de 3 000 candidats à l’exil vers l’Europe.
La police estime que les suspects auraient « tué plus de 100 personnes et violé plus de 50 femmes ». Ils ont également infligé de très graves tortures aux migrants.
Selon des sources policières éthiopiennes, le gang criminel serait actif depuis 2010 dans le recrutement de jeunes candidats à la migration. Pendant près d’une décennie, il aurait attiré de « nombreux jeunes originaires d’Éthiopie, du Soudan, d’Érythrée, de Djibouti, du Kenya et de Somalie qu’ils (les trafiquants) emmenaient en Libye, où ils étaient retenus en otage dans des entrepôts ».
Ces arrestations sont le fruit de longues investigations menées par la police fédérale éthiopienne durant plusieurs années. Dans un communiqué consulté par l’AFP mercredi, les autorités indiquent en effet enquêter depuis 2018 sur ce réseau international de traite d’êtres humains.
Torture et racket des familles
Selon la centaine de témoignages recueillis par la police, aussi bien en Éthiopie qu’à l’étranger (Libye, Soudan mais aussi au Canada et dans des pays d’Europe), les tortures, ainsi que les viols, en captivité étaient réguliers.
La même source indique que les « actes inhumains commis ont causé la perte de nombreuses vies, des blessures physiques (…) et psychologiques graves ». Parmi les tortures infligées, l’une des méthodes consistait à brûler les corps des migrants avec le plastique fondu de bouteilles enflammées.
De nombreuses femmes auraient également été victimes de violences sexuelles.
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Les familles des victimes étaient également rackettées par les passeurs qui leur réclamaient « d’importantes sommes d’argent ». En cas d’impossibilité pour les proches à fournir ces montants, les migrants « ne mangeaient qu’un maigre repas par jour, étaient battus et fouettés avec du caoutchouc ou des câbles électriques, leurs mains et pieds étaient enchaînés », rapporte la police.
Le chef du groupe aurait dirigé cinq centres de torture en Libye, renseigne également la BBC.
Manne économique
Ces activités criminelles auraient rapporté plus de trois milliards de birr (16 millions d’euros) à ce réseau de traite d’êtres humains particulièrement brutal, indique la police. Les comptes bancaires du chef de file et de ses complices ont été gelés et les biens appartenant au groupe confisqués.
Après le démantèlement du réseau, les trafiquants ont été conduits à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, le 6 avril. On ignore pour l’instant s’ils seront jugés en Éthiopie. « Certains d’entre eux pourraient être transférés dans le cadre d’accords d’entraide judiciaire conclus avec d’autres pays » ont déclaré les autorités éthiopiennes.
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L’enquête a notamment été menée grâce au soutien du projet « Centre opérationnel régional » (ROCK) d’Interpol. Cette initiative, financée par l’Union européenne, vise à aider les forces de police nationales de plusieurs pays d’Afrique de l’Est à démanteler les réseaux criminels impliqués dans la traite d’êtres humains (dont le trafic de migrants) ou encore la contrebande.
C’est à partir de ces échanges d’informations que cette investigation a permis de collecter des données sur les les itinéraires et les réseaux de traite associés au gang et à ses complices durant plusieurs années.
Au delà, les récentes arrestations ont également permis l’identification de plus de 70 trafiquants d’êtres humains d’importance, aussi bien en Éthiopie que dans d’autres pays, s’est félicité la police éthiopienne.
Sources: Infomigrants




