La France et le Royaume-Uni signent un nouvel accord pour endiguer les traversées de la Manche

La France et le Royaume-Uni ont conclu un nouvel accord pour stopper les traversées de la Manche. Il prévoit d’augmenter de moitié les forces de l’ordre et de créer une unité de CRS consacrée à la lutte contre l’immigration clandestine. Et « pour la première fois », une partie du financement britannique sera conditionnée à l’efficacité des mesures.
Après plusieurs mois d’âpres négociations, la France et le Royaume-Uni ont conclu un nouvel accord pour endiguer les traversées clandestines de la Manche. Il s’agit d’une reconduction pour les trois prochaines années du traité de Sandhurst.
L’accord bilatéral signé en 2018, qui avait été reconduit une première fois en 2023, s’achevait en 2026. Le nouveau, valable jusqu’en 2029, a donc été signé ce jeudi par le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez et son homologue britannique Shabana Mahmood dans les locaux de la police aux frontières à Loon-Plage, près de Dunkerque. Il prévoit prévoit « une intensification des patrouilles et des opérations de renseignement pour endiguer fortement les traversées illégales dans le nord de la France ».
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Pour cela, les autorités françaises et britanniques se sont mises d’accord sur une hausse des financements. Les investissements anglais pourront aller jusqu’à 766 millions d’euros sur trois ans. À noter que ce montant comprend « pour la première fois » une part flexible évaluée à 186 millions d’euros. Cette dernière sera conditionnée à l’efficacité des mesures pour empêcher les personnes migrantes de rejoindre irrégulièrement leur territoire.
Ainsi, seuls 580 millions d’euros sont donc assurés d’être versés par Londres. Ce montant représente toutefois déjà une hausse, puisque le Royaume-Uni avait contribué à hauteur de 540 millions dans le cadre du précédent plan.
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Dans une feuille de route consultée par InfoMigrants, le ministère de l’Intérieur précise également que « le financement sera réorienté sur de nouvelles actions » si les nouvelles mesures n’apportaient pas de « résultats suffisants, sur la base d’une évaluation annuelle conjointe ». Grâce à ce mécanisme flexible, « nous financerons ce qui fonctionne et adapterons notre action aux évolutions » des tactiques des réseaux de passeurs, dont le modèle d’activité est « très adaptable », a salué jeudi Mme Mahmood.
Hausse des effectifs et moyens de surveillance
Ce nouveau partenariat prévoit une hausse des effectifs sur le littoral nord de la France. Actuellement, 907 effectifs sont déployés, selon le ministère de l’Intérieur. Ce chiffre doit évoluer de 53 % pour atteindre 1 392 agents sur le cycle 2026-2029, « incluant notamment la création d’une nouvelle unité spécialisée (SIPAF – service interdépartemental de la police aux frontières) de 80 effectifs ».

L’accord entérine également la création d’une unité de CRS dédiée à la lutte contre l’immigration clandestine, « prise en charge par la France ». Ces 50 policiers, « spécialement formés aux techniques et équipements de maintien de l’ordre et de gestion des foules » auront pour mission de « faire face aux groupes hostiles et aux comportements violents, et d’empêcher les migrants illégaux de franchir les frontières », indique de son côté le Home Office.
À cette hausse des effectifs s’ajoutera une augmentation des moyens de surveillance, notamment par drones, hélicoptères et moyens électroniques afin de « mieux prévenir les tentatives de traversées », indique le ministère de l’Intérieur.
Concernant le renforcement des unités de renseignement et de police judiciaire, le GAO, une équipe composée de 18 effectifs, augmentera pour atteindre 30 agents.
« Une grande partie des moyens prévus dans ce partenariat sera concentrée dès le début de l’été et durant la période estivale, qui est traditionnellement la période la plus chargée pour les traversées en « small boats » », précise la feuille de route.
« Nous devons faire davantage »
Les négociations entre les deux pays se sont révélées difficiles car les forces de l’ordre françaises sont régulièrement accusées outre-Manche de ne pas en faire assez pour retenir ces embarcations de fortune. Sous pression du parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage, le gouvernement travailliste de Keir Starmer, qui a promis de « reprendre le contrôle des frontières », met donc un point d’honneur à voir la situation sur le littoral français évoluer.
« Cet accord historique empêchera les migrants illégaux d’entreprendre ce périlleux voyage et mettra les passeurs derrière les barreaux », a déclaré Shabana Mahmood. La ministre de l’Intérieur a rappelé que la « collaboration avec les Français a permis d’empêcher des dizaines de milliers de migrants clandestins d’embarquer sur des bateaux à destination de la Grande-Bretagne ».
Elle a toutefois estimé que « nous devons faire davantage ». Le ministre, lui, a mis en avant une baisse de 56% des traversées de la Manche réussies depuis le début de l’année par rapport à la même période en 2025, ainsi que le démantèlement de 28 réseaux de passeurs l’an dernier, pour 480 interpellations.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a salué un accord qui « donne les moyens à nos forces de sécurité pour poursuivre leur engagement déterminant dans la lutte contre les traversées périlleuses de la Manche et renforcer la sécurité des habitants du littoral ». Il a également salué le travail de Frontex, « qui a vocation à s’amplifier dans le cadre d’une implication européenne renforcée pour la surveillance de cette frontière extérieure de l’Union européenne ».

À l’été 2025, un nouvel accord, dit « un pour un », avait déjà été signé entre la France et le Royaume-Uni pour tenter d’endiguer ces traversées. Il prévoit le renvoi vers l’Hexagone des migrants arrivés irrégulièrement en Grande-Bretagne, en échange de l’accueil légal par ce pays de migrants se trouvant sur le territoire français. Mais il n’a concerné depuis sa signature que quelques centaines de personnes.
Malgré ces accords et un durcissement sans précédent de la politique au Royaume-Uni, les traversées continuent. Selon le Home Office, plus de 600 personnes ont atteint les côtes anglaises durant la journée de samedi. Et depuis le début de l’année, 6 077 personnes sont arrivées au Royaume-Uni. Un chiffre toutefois en baisse par rapport aux 9 560 traversées recensées durant la même période en 2025.
Selon les chiffres officiels des autorités britanniques, 41 472 personnes ont rejoint clandestinement le Royaume-Uni sur des embarcations de fortune l’année dernière. Ce chiffre est le deuxième plus élevé depuis le début de ces traversées en 2018.
Au moins 29 migrants ont perdu la vie en mer en tentant ces traversées périlleuses en 2025, et six depuis le début de cette année, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.
« Cet accord vient nourrir et renforcer des politiques brutales »
L’annonce de cet accord a suscitéde vives réactions des ONG qui opèrent sur le littoral. « Cet accord vient nourrir et renforcer des politiques brutales qui n’empêchent pas les exilés de tenter de traverser la Manche à bord d’embarcations de fortune. Au contraire, elles les contraignent à entreprendre des voyages de plus en plus dangereux, avec des points de départ encore plus éloignés – certains allant jusqu’à la côte belge – ce qui rend la traversée encore plus longue et périlleuse », a déclaré Michaël Neuman, responsable du programme Migrations pour MSF en France.
Un constat partagé par l’association d’aide aux migrants Utopia 56, qui dénonce une politique qui « prouve pourtant depuis des années son inefficacité et sa dangerosité ».
Outre-Manche, cet accord est aussi critiqué, comme le précédent traité dit « un pour un ». « Cela se traduit par toujours plus de forces de l’ordre, de patrouilles, d’équipements, d’interceptions… et désormais un financement ‘au résultat’ ! Entre cet accord et le précédent, le gouvernement britannique aura dépensé plus d’un milliard de livres sterling pour des mesures qui mettent des vies en danger », ajoute Liz Harding, représentante de MSF au Royaume-Uni.
« En se concentrant sur la surveillance de la Manche, le gouvernement s’attaque au symptôme et non à la cause. La surveillance policière à elle seule n’empêchera pas les personnes désespérées de se tourner vers des embarcations de plaisance dangereuses », a estimé de son côté Imran Hussain, directeur des affaires extérieures du Conseil pour les réfugiés.
Sources: Infomigrants




