Le gouvernement tunisien propose des billets retour aux migrants de Sfax, sans passer par l’OIM

Le porte-parole de la Garde nationale tunisienne, Houcem Eddine Jebabli, a déclaré vendredi que « l’État avait commencé à fournir des billets [d’avion] aux migrants africains irréguliers » pour qu’ils rentrent dans leur pays d’origine. La situation des migrants autour de Sfax s’est considérablement dégradée. La Garde nationale mène depuis plusieurs semaines des opérations visant à démanteler les milliers de logements de fortune érigés dans les champs d’oliviers.
L’annonce a été faite vendredi 20 juin. « L’État a commencé à fournir des billets [d’avion] aux migrants africains en situation irrégulière » pour qu’ils quittent la Tunisie et rentrent dans leur pays d’origine, a détaillé auprès de l’agence de presse tunisienne (TAP) le porte-parole de la Garde nationale tunisienne, Houcem Eddine Jebabli.
La rédaction d’InfoMigrants a tenté de joindre la Garde civile pour avoir des détails sur cette décision. En vain.
Depuis plusieurs années, le gouvernement de Kaïs Saïed a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière sa priorité. Depuis février 2023, date d’un discours présidentiel virulent anti-migrants, le chef de l’État multiplie les restrictions pour pousser ces sans-papiers hors du pays. On estime que le nombre de migrants irréguliers en Tunisie se situe entre 20 000 et 25 000, selon les chiffres des ONG.
Rafles et destructions de campements
Sans possibilité de travailler ou de se loger, ces migrants d’Afrique subsaharienne ont été, ces derniers mois, acculés dans une extrême pauvreté. La majorité d’entre eux vivent dans des champs d’oliviers à al-Amra dans la région de Sfax – bien qu’il leur soit désormais formellement interdit d’installer ces campements informels dans la zone. Leurs tentes sont régulièrement brûlées par la Garde civile.
Outre les sanctions économiques, les migrants sont aussi la cible d’arrestations arbitraires, de condamnations pour « séjour irréguliers », de rafles. Depuis plusieurs années, ils sont aussi violemment interceptés en mer Méditerranée, puis expulsés dans le désert, vers les zones frontalières de la Libye et de l’Algérie.

Récemment, le gouvernement a rappelé « sa position ferme » : la Tunisie « refuse d’être la porte d’entrée ou une base pour [ces] immigrés clandestins », qui veulent tenter leur chance en traversant la Méditerranée pour rejoindre l’Europe.
Intensifier les « retours volontaires » de l’OIM
Et loin de relâcher l’étau autour des migrants, Kaïs Saïed a même serré la vis en appelant l’Organisation internationale des migrations (OIM) à intensifier sa politique de « retours volontaires » pour « rapatrier » plus d’exilés. C’est en effet via cette agence de l’ONU que les gouvernements internationaux (Libye, Maroc, Niger…) organisent les rapatriements des migrants en situation irrégulière.
Le président s’était même dit déçu par le faible nombre d’éloignements en avril : « seulement 1 544 migrants » ont été rapatriés durant les trois premiers mois de l’année 2025. Trop peu, pour le chef de l’État.

Depuis, le dispositif de l’OIM tourne à plein régime. En cinq mois – de janvier à mai 2025 -, Houcem Eddine Jebabli et l’OIM ont déclaré qu’environ 3 500 migrants avaient quitté volontairement la Tunisie.
Pour le seul mois d’avril, un total de 1 009 migrants avaient bénéficié du « retour volontaire ». Ce nombre « aurait pu être bien plus élevé si davantage d’efforts avaient été menés pour mettre un terme à ce phénomène inacceptable tant sur le plan humanitaire que juridique », avait ajouté Kaïs Saied dans une déclaration officielle – demandant à « toutes les autres organisations » concernées par ce problème à soutenir également « davantage les efforts tunisiens visant à faciliter le ‘retour volontaire’ des migrants irréguliers ».
Les vols mis en place par le gouvernement tunisien ne s’accompagnent pas d’une aide financière comme celle proposée par l’OIM.
En 2024, un nombre record d’exilés étaient retournés chez eux via l’OIM : 7 250 personnes contre 2 250 en 2023, ce qui représentait déjà une hausse de 45 % par rapport à 2022.
Pour les ONG, la politique de ces « retours volontaires » est surtout un constat d’échec. Ces Africains n’ont pas eu d’autres choix que de fuir la Tunisie après être devenus les boucs émissaires d’une politique présidentielle devenue virulente à leur égard, estiment-ils. Dans une interview à France 24, Romdhane Ben Amor, le porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), une association qui vient en aide aux migrants dans le pays, affirme que « le terme de ‘retour volontaire’ est largement critiqué parmi les migrants, car il s’est transformé en un retour forcé ».
Sources: infomigrants




