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Sur la route migratoire de la Méditerranée, la torture contre les migrants est « systématique », selon un rapport de MSF

Un nouveau rapport de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) dénonce l’usage de la torture à l’encontre des migrants sur la route migratoire de la Méditerranée, notamment en Libye. Des faits « systématiques » documentés depuis plusieurs années.

« Trois hommes armés m’ont capturé et maltraité. Les trafiquants me battaient continuellement, m’enfermaient dans des espaces exigus avec beaucoup d’autres, qui étaient torturés sous mes yeux », raconte L., un Gambien.

« J’ai été vendu à des Libyens qui m’ont fait travailler pour eux et, lorsque j’ai tenté de me rebeller et de m’échapper, ils m’ont torturé. Ils m’ont privé de nourriture et d’eau, m’ont battu et fouetté. Ils m’ont forcé à tenir des éclats de verre dans mes mains. Mais le pire, c’est qu’ils ont violé ma femme devant moi, puis l’ont forcée à se prostituer. Ils me torturaient chaque fois que je tentais de résister. Ils me disaient qu’ils la tueraient si je n’obéissais pas », témoigne C., un Camerounais.

Dans « Inhumain : la torture le long de la route migratoire méditerranéenne et le soutien aux survivants dans un système fragile », Médecins sans frontières (MSF) documente, à travers des données et des témoignages, l’ampleur et la récurrence des cas de torture sur cette route, notamment en Libye, empruntée par des milliers de migrants désirant rejoindre l’Europe.

« L’incidence croissante et alarmante des pratiques brutales et oppressives »

De janvier 2023 à février 2025, le projet MSF à Palerme (Sicile) a aidé 160 survivants de torture ayant traversé la Méditerranée. Originaires de 20 pays – principalement du Bangladesh, de la Gambie, de la Côte d’Ivoire et du Nigeria -, ce sont en majorité des hommes (75 %) d’une moyenne d’âge de 25 ans. Et dans 82 % des cas, la torture a eu lieu dans un pays de transit. La Libye affichant la plus forte incidence (108 cas).

Et les formes de sévices y sont multiples et systématiques. Sur un total de 181 incidents de torture signalés, « 17 types de violences infligées ont été identifiés, notamment des coups, des coups de fouet, des brûlures, l’ablation des ongles, des décharges électriques et la suffocation, entre autres », note MSF.

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L’ONG alerte aussi sur un constat : l’augmentation, entre 2023 et 2024, des cas de torture et de violences graves survenus en Algérie et en Tunisie. En 2023, 3% et 11% des patients pris en charge par MSF ont signalé des actes de torture en Algérie et en Tunisie. En 2024, ces chiffres sont passés à 15% et 24% respectivement. « Cela met en évidence l’incidence croissante et alarmante des pratiques brutales et oppressives à l’encontre des personnes en déplacement dans ces pays », note le rapport.

Par ailleurs, sur la route migratoire de la Méditerranée, sur 131 des cas de torture signalés, où l’auteur a été identifié par les victimes, les trafiquants étaient responsables dans 60,3 % des cas, et les forces de l’ordre dans 29%, d’après le rapport.

« En Libye, j’ai été vendue à un autre homme »

Et les femmes sont particulièrement vulnérables. Sur les 40 patientes prises en charge entre 2023 et 2025, « 80 % ont déclaré avoir subi un ou plusieurs incidents de violences sexuelles et sexistes, dont certains sont qualifiés d’actes de torture ». « En Libye, j’ai été vendue à un autre homme : j’ai été forcée de vivre et de travailler pour lui. Il m’a violée à plusieurs reprises. Il ne m’a laissé partir que lorsque je suis tombée enceinte et que je ne lui étais plus utile », témoigne, dans le rapport, M, une Malienne.

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Depuis plusieurs années, InfoMigrants documente ces exactions. La rédaction a déjà recueilli les témoignages de nombreux migrants ayant subi des violences ou des abus sexuels en Libye. En décembre 2021, Sarah*, jeune Ivoirienne de 19 ans, racontait comment elle avait été violée tous les soirs par les gardiens de sa prison en Libye, avant de finir par tomber enceinte. Aminata*, une autre Ivoirienne, qui a fait plusieurs séjours en prison dans le pays, a connu les mêmes abus. « Tous les jours, les gardiens viennent chercher des femmes dans les cellules et les emmènent à l’extérieur. Ils nous violent devant les autres hommes. On les entend rire et se moquer en arabe, car ils savent qu’après ce sera leur tour de nous passer dessus », témoignait-elle à InfoMigrants en novembre 2021.

« Le corps se souvient de la douleur. L’esprit s’y enferme »

Au-delà des cicatrices physiques, la torture laisse des blessures profondes et durables aux migrants. 67 % des patients souffrent de trouble de stress post-traumatique (TSPT), souvent accompagné d’anxiété, de dépression, de cauchemars, d’engourdissement émotionnel et d’isolement. « Lorsqu’on a été torturé, la notion du temps se brise », explique Grazia Armenia, psychologue de MSF à Palerme. « Il n’y a ni avant ni après, seulement le moment de la violence, qui ne finit jamais. Le corps se souvient de la douleur. L’esprit s’y enferme ».

La psychologue fait état de patients ayant « des flashbacks constants » et « revivant les scènes de violence ». « Même des cris indistincts peuvent raviver des souvenirs de torture : il entend dans sa tête les cris des autres personnes battues dans la cellule voisine. Ces pensées intrusives peuvent survenir à tout moment de la journée, rendant impossible de se concentrer sur autre chose », commente-t-elle.

L’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde

D’après les derniers chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en 2025, plus de 800 000 migrants se trouvent actuellement en Libye. Les Subsahariens sont parmi les plus nombreux (42%) dans les rangs de ces migrants, dont beaucoup se rendent dans le pays pour tenter ensuite de rejoindre l’Europe en traversant la mer Méditerranée.

Depuis le début de l’année, 29 903 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes, dont 5 328 mineurs non accompagnés, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur publiés le 30 juin.

Un chiffre en hausse par rapport à la même période l’an dernier, mais deux fois plus faible qu’en 2023, où les arrivées par voie maritime avaient dépassé les 60 000 personnes au cours des six premiers mois.

Sources: infomigrants

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