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France : l’Inspection générale de la police saisie après la noyade d’un migrant syrien dans le Nord

Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête préliminaire et saisi l’IGPN quelques jours après le dépôt d’une plainte par l’association Utopia 56 concernant la mort d’un Syrien en mars 2024, dans un canal à Gravelines. Selon une enquête du média d’investigation Disclose, la police française serait en cause dans la mort de cet exilé.

La procureure de la République du tribunal judiciaire de Dunkerque, Charlotte Huet, a indiqué, samedi 12 juillet, que le parquet avait ouvert une enquête préliminaire pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger concernant la mort d’un migrant syrien dans un canal à Gravelines en mars 2024 et saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).

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Selon une enquête du média d’investigation Disclose, plusieurs policiers seraient impliqués dans la mort par noyade de Jumaa-al-Hasan, un Syrien de 27 ans qui cherchait à rejoindre le Royaume-Uni à bord d’un small-boat, dans la nuit du 2 au 3 mars 2024. La tentative de départ avait avorté en raison d’une intervention policière.

À la suite de la publication de l’enquête de Disclose, l’association d’aide aux migrants Utopia 56 avait annoncé, mardi 8 juillet, avoir déposé une plainte contre X, confirmée par la magistrate, pour homicide involontaire et omission de porter secours concernant la mort de ce jeune homme.

« S’ils avaient voulu, […] ils auraient pu le sortir de là »

Dans leur enquête, les journalistes de Disclose ont recueilli la parole de plusieurs témoins du drame. Leur parole a permis de déterminer le déroulé des événement de la nuit du samedi 2 au dimanche 3 mars 2024. Ce soir-là, Jumaa-al-Hasan se cache sur les berges du canal de l’AA. Il attend le bateau pneumatique sur lequel il doit embarquer en direction du Royaume-Uni.

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Repéré par la police, l’exilé syrien, aspergé de gaz lacrymogène, se jette dans l’eau et se noie en quelques secondes, sous les yeux impuissants des personnes déjà à bord, et les lumières des lampes torches des policiers.

« Nous avons essayé de le sortir de l’eau, mais nous n’avons pas pu à cause de la boue et de la police. Car dès que vous vous approchez d’eux, c’est sûr qu’ils vous arrêtent », a confié l’un des témoins. « La police n’était pas loin de lui. S’ils avaient voulu, ils auraient pu descendre là où se trouvait le jeune homme, se baisser et le sortir de là. Mais la police ne l’a pas secouru », a ajouté un autre.

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Interceptés quelques mètres plus loin, les passagers du canot, ainsi que l’association Utopia 56, alertent à plusieurs reprises les secours, qui indiquent avoir mis fin aux recherches. Le corps de Jumaa-al-Hasan sera retrouvé 16 jours plus tard dans un cours d’eau à Gravelines, sur la Côte d’Opale, à 500 mètres de là où il s’est noyé.

Départs depuis les canaux

Les départs depuis les canaux qui se jettent dans la Manche sont de plus en plus nombreux. Pour tromper la vigilance des 1 200 policiers et gendarmes qui patrouillent chaque jour sur les 200 km de plage du littoral de la Manche, les passeurs mettent régulièrement des canots à l’eau depuis ces cours d’eau en amont.

La préfecture a bien fait installer un barrage flottant dans l’Authie (près de Fort-Mahon) et dans le canal des Dunes (à Dunkerque), mais la ville de Gravelines, où passe le canal AA, refuse la méthode : « D’une part nous sommes un port refuge [capable d’accueillir des navires en détresse, ndlr], et d’autre part, nous disposons ici d’une école nautique reconnue qui utilise le chenal. De toute façon, les migrants contournent ces barrages en portant l’embarcation sur les quelques mètres nécessaires », a expliqué à InfoMigrants Alain Boonefaes, adjoint à la sécurité du maire de Gravelines.

Particulièrement dangereuses, les traversées de la Manche à bord de petites embarcations pneumatiques provoquent régulièrement des drames. L’année 2024 a été la plus meurtrière recensée depuis 2018 : 78 personnes sont mortes dans une vingtaine de naufrages répertoriés, selon l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (Oltim). Et depuis le début de l’année, au moins 17 personnes ont péri en tentant de rallier l’Angleterre par la mer, d’après le ministère de l’Intérieur français.

Sources: infomigrants

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