Sept Algériens parviennent à atteindre Ibiza par leurs propres moyens, à bord d’un canot volé

Sept Algériens, âgés entre 15 et 17 ans, ont atteint la semaine dernière l’archipel espagnol des Baléares par leurs propres moyens après avoir volé un bateau de plaisance au port d’Alger. Ils ont documenté leur voyage sur les réseaux sociaux mais leur périple est loin de refléter la dangerosité de la traversée de la Méditerranée vers le sol espagnol.
Leurs vidéos sont devenues virales en quelques heures sur les réseaux sociaux. Sept mineurs algériens ont filmé leur périple jusqu’à Ibiza après avoir volé un bateau de plaisance au port d’Alger, mercredi 3 septembre.
Sur les images publiées sur leurs comptes Instagram et TikTok, on peut voir les sept jeunes, en tee-shirt, short de maillot de bain et sandales, tout sourire en plein milieu de la Méditerranée. L’un d’eux, allongé à l’avant du bateau, semble un peu plus faible.
L’embarcation, bien qu’inadaptée à parcourir 300 km en haute mer pour rejoindre les Baléares, reste plus robuste que les petits canots utilisés par les migrants pour atteindre l’Europe. Les adolescents avaient loué le bateau quelques heures en prétextant une balade en mer, mais ont tenté la traversée de la Méditerranée. Ils avaient fait le plein d’essence et de provisions avant de quitter le port.
Lors d’un live TikTok, l’un des mineurs a expliqué que le bateau était tombé en panne plusieurs fois pendant ce voyage de neuf heures. Il a également raconté qu’ils avaient réussi à atteindre Ibiza avec l’aide d’une application mobile conçue pour la navigation en mer. « Nous avons traversé la mer en direction d’Ibiza sans capitaine expérimenté et sans aucune connaissance préalable de la navigation », indique l’un d’eux.
En arrivant sur le sol espagnol, ces Algériens ont été pris en charge dans le centre pour mineurs d’Ibiza. Le plus jeune a seulement 15 ans et le plus âgé 17 ans.
Une traversée risquée
Si cette arrivée a provoqué un tollé, c’est surtout car les images diffusées par les jeunes ne reflètent pas la réalité et la dangerosité d’une telle traversée. Cet itinéraire, moins couvert par les secours, est « périlleux » avait déjà prévenu en fin d’année dernière l’association espagnole Caminando Fronteras. « Les dangers de cette traversée sont même plus importants en raison des distances plus longues, mais aussi parce qu’il existe un risque élevé de perdre le cap et de se retrouver dans les zones les plus hostiles de la mer Méditerranée », avait affirmé l’association.

« Cette route est toujours invisible, malgré le nombre de morts. Et encore, il y a beaucoup de bateaux et de personnes qu’on ne retrouve jamais. Les embarcations utilisées sur cette voie sont en fibre de verre, elles sont très fragiles et donc coulent vite : quand il y a une panne à bord, on ne peut pas dériver et tomber par hasard sur des sauveteurs. Le bateau sombre avant, avec tous les passagers », avait décrit Ryad, un Algérien installé en Espagne pour défendre la cause des familles de disparus sur les routes migratoires algériennes, dont InfoMigrants avait recueilli le témoignage. Lui-même a perdu son frère sur la route vers l’Espagne.
D’après Caminando Fronteras, au moins 300 migrants sont morts depuis janvier en tentant de rejoindre les Baléares depuis les rives du nord de l’Afrique. L’ONG avait comptabilisé l’an dernier, 517 personnes décédées sur cette itinéraire. Elles étaient 464 en 2022, et 191 en 2021.
Explosion des arrivées aux Baléares
Depuis 2022, la route migratoire algérienne qui relie l’Algérie à l’Espagne se déplace de plus en plus à l’est, en direction de l’archipel des Baléares, qui représente une zone moins surveillée. Cette année, les arrivées ont explosé dans la région.
Entre le 1er janvier et le 31 août, plus de 4 800 migrants, à bord de 258 canots, ont débarqué dans l’archipel, contre 2 700 l’an dernier à la même période, selon les chiffres des autorités espagnoles. Soit une hausse de 78,6%.

« Il s’agit du drame humanitaire de l’immigration clandestine arrivant dans nos îles », a estimé mi-août la présidente du gouvernement des îles Baléares, Marga Prohens. Face à cette augmentation considérable, elle a exigé, lors d’une conférence de presse tenue le 21 août, le déploiement urgent de troupes de l’agence européenne de gardes-frontières et gardes-côtes Frontex dans l’archipel. « Nous avons examiné les données et la route entre l’Algérie et les îles Baléares est celle qui connaît la croissance la plus rapide, non seulement en Espagne mais aussi dans toute l’Europe », avait déclaré la dirigeante régionale, attribuant l’effet d’attraction au fait que les îles sont devenues l’épicentre européen de la migration irrégulière.
Elle a également réclamé au gouvernement espagnol de Pedro Sanchez d’intensifier ses relations diplomatiques avec l’Algérie pour contrôler l’arrivée des embarcations de migrants et de lutter contre les mafias qui font du trafic d’êtres humains pour s’enrichir. « Nous ne pouvons pas permettre que des personnes continuent de jouer avec leur vie en mer. Nous devons combattre par tous les moyens les mafias qui jouent sur leur désespoir et agissent dans les pays d’origine et de transit. La politique migratoire ne peut se limiter à créer des espaces pour ceux qui arrivent » a-t-elle dit.
Sources: infomigrants




