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Libye : l’intensification des violences en Méditerranée centrale dénoncée par des ONG

Ces derniers mois, les attaques violentes des autorités libyennes contre les embarcations de migrants et envers les navires humanitaires en Méditerranée centrale ont connu un regain d’intensité. Dans un récent rapport, l’ONG Sea-Watch recense pas moins de 60 incidents violents survenus de la part de « milices libyennes » entre 2016 et septembre 2025. Une situation dénoncée depuis plusieurs années par de nombreuses ONG qui accusent l’accord migratoire entre l’Union européenne et la Libye d’encourager ces abus.

Depuis cet été, les incidents violents imputés aux gardes-côtes libyens contre les embarcations de migrants et les navires humanitaires se multiplient en Méditerranée centrale. « La violence des milices libyennes contre les personnes en fuite et les navires de sauvetage s’intensifie », alertait Eliora Heinzel, responsable des opérations du Sea-Watch 5 dans un communiqué, le 26 septembre.

L’un des derniers en date remonte au week-end du 12 septembre : alors qu’il se trouve dans les eaux maltaises, un bateau de migrants en détresse se retrouve sous le feu des tirs de gardes-côtes libyens, renseigne sur sa page X la plateforme d’aide aux migrants en mer Alarm Phone. Il faudra attendre le lundi 13 octobre pour que le bateau de pêche en provenance de Libye soit finalement pris en charge par les gardes-côtes italiens, permettant ainsi de secourir 140 migrants. Cet incident loin d’être une exception, illustre au contraire les violences récurrentes des autorités libyennes en Méditerranée centrale contre les personnes exilées.

Deux autres évènements précédents démontrent cette tension croissante en Méditerranée centrale. Dans la nuit du 26 septembre, le navire Sea-Watch 5 est pris pour cible par un patrouilleur libyen qui « tire à balles réelles » alors qu’il porte secours à 66 personnes en détresse, rapporte un communiqué de l’ONG allemande Sea-Watch.

Un mois plus tôt, c’était le navire Ocean Viking de l’ONG SOS Méditerranée, qui était visé par des tirs de gardes-côtes libyens durant 20 minutes. Le navire humanitaire intervenait lui aussi auprès d’une embarcation en difficulté qui se trouvait dans les eaux internationales. « Plus de 100 balles ont été tirées en direction du navire et des personnes à son bord » rappelle l’organisation. Suite à cette attaque particulièrement violente du 24 août, l’ONG SOS Méditerranée et sept membres de l’équipage français de son navire Ocean Viking ont déposé plainte le 7 octobre pour « tentative d’assassinat » et « association de malfaiteurs ». Elle « vise à rechercher les auteurs de l’assaut et faire reconnaître la responsabilité de la chaîne de commandement au sein de la garde côtière libyenne » indique le communiqué.

Ces attaques des gardes-côtes libyens se finissent parfois en drames. En mars 2024, des gardes-côtes libyens avaient ouvert le feu à proximité du navire SOS Humanity qui procédait à un sauvetage, créant un mouvement de panique parmi les exilés. Plusieurs s’étaient jetés à l’eau et un homme était alors mort noyé.

En février 2022, un migrant est mort et trois autres ont été blessés après des tirs des forces libyennes en direction de leur embarcation.

« Nous nous efforçons d’améliorer la situation », plaide l’UE

La route migratoire de Méditerranée centrale, au départ de la Libye et de la Tunisie, est l’une des principales voies empruntées par les migrants pour rejoindre l’Europe. L’accord conclu depuis 2017 entre l’Union européenne et la Libye pour contrôler la gestion des flux migratoires en partance des plages libyennes est régulièrement dénoncé par des organisations civiles.

Dans une lettre envoyée le 24 septembre à Magnus Brunner, commissaire européen aux Affaires intérieures de l’Union européenne (UE) et aux Migrations, quarante-deux ONG, dont Médecins sans frontières ou encore SOS Méditerranée, ont exhorté l’Union européenne à mettre fin à ce partenariat responsable de « légitimer ces abus » en mer.

Contactée par InfoMigrants, la Commission européenne rappelle, elle, que ces actes de violences sont « inacceptables ». « Toutes les parties à une opération de recherche et de sauvetage doivent respecter pleinement le droit international et le droit maritime international […] Nous nous efforçons d’améliorer la situation sur le terrain et il est donc nécessaire de continuer à collaborer, aux côtés de nos partenaires internationaux, et avec toutes les autorités libyennes concernées. C’est pourquoi l’UE […] engage le dialogue et dispense des formations [aux Libyens] afin d’améliorer les procédures opérationnelles [en mer] ».

Au total, dans leur rapport publié le 14 octobre, l’organisation de recherche et de sauvetage Sea-Watch recense pas moins de 60 incidents violents survenus de la part de « milices libyennes, telles que les soi-disant garde-côtes libyens » entre 2016 et septembre 2025. Fusillades, entraves aux opération de sauvetage, menaces à l’encontre des équipes de sauvetage, passage à tabac, abandon de cadavres en mer et autres violences sont documentés. Parmi ces incidents recensés, 54 sont survenus dans les eaux internationales. Le nombre de violences pourrait cependant s’avérer bien plus élevé indique l’ONG.

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Cette publication survient alors que des délégations libyennes doivent être reçues au siège de Frontex à Varsovie et à la Commission européenne à Bruxelles. « Il est absolument scandaleux que Frontex et la Commission déroulent désormais le tapis rouge sur le sol européen pour des miliciens qui tirent sur des migrants et nos navires de sauvetage ” commente Bérénice Gaudin, responsable du plaidoyer chez Sea-Watch. Selon l’ONG, le patrouilleur libyen qui a tiré sur son bateau était un navire remis par l’Italie à la Libye en 2018.

« Culture d’impunité pour la violence »

En effet, dans le cadre de l’accord UE-Italie de 2017, Rome finance et forme les gardes-côtes libyens afin d’intercepter les migrants en mer. Tripoli est autorisé à prendre en charge la coordination des sauvetages en Méditerranée centrale (cela incombait auparavant à Rome ou à La Valette, à Malte).

Cette année, plus de 18 000 exilés ont ainsi été arrêtés en Méditerranée et renvoyés en Libye, selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM). À leur retour sur le sol libyen, les migrants sont envoyés en centre de détention, où ils sont exposés aux violences, aux tortures, aux extorsions ou encore au travail forcé. Ces dernières années, InfoMigrants a publié de nombreux témoignages de migrants racontant les sévices subis dans les geôles libyennes.

En juillet 2021, Amnesty international accusait déjà l’UE de « complicité » dans les violences commises contre les migrants en Libye sur terre ou sur mer.

« Huit années de soutien de l’UE (…) ont permis et légitimé ces abus » et ont favorisé une « culture d’impunité pour la violence », indiquait encore la lettre ouverte envoyée à la Commission européenne le 24 septembre. La Commission européenne a affirmé à l’agence de presse allemande DPA que les autorités libyennes enquêtaient sur la fusillade contre le navire de SOS Méditerranée le 25 août et que Bruxelles attendait les résultats de cette enquête.

Sources: informigrants

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