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Nord de la France : de plus en plus de femmes seules et d’enfants dans les camps de migrants, selon l’ONU

Dans une enquête sur les conditions de vie dans les camps de migrants du nord de la France publiée mardi, l’agence onusienne du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) constate une part croissante de femmes seules avec ou sans enfants. Une population particulièrement propice aux situations d’emprise et d’exploitation par les réseaux de passeurs.

De plus en plus de femmes seules et avec enfants sur les camps de migrants du nord de la France. C’est le constat qu’ont fait les équipes du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU dans leur dernière enquête publiée mardi 23 décembre.

L’enquête a été bâtie sur des entretiens menés avec 106 adultes et mineurs non accompagnés à Calais et Dunkerque. Les équipes du HCR ont constaté une part croissante de femmes seules avec enfants et de familles parmi la population migrante sur le littoral nord : « Celles-ci sont exposées à divers risques de protection, notamment, l’exploitation, la traite, des atteintes à leur sécurité physique et des lacunes dans l’accès aux soins de santé. »

Paradoxalement, les équipes du HCR ont eu du mal à s’entretenir avec des femmes migrantes. Sur les 106 personnes interrogées, seules 16% étaient des femmes.

Exploitation par des réseaux de passeurs

De nombreux rapports et enquêtes journalistiques ont permis de documenter la violence dont font l’objet les femmes au cours de leur parcours migratoire. Si les violences sont quasi systématiques dans certains pays, comme en Libye, elles se perpétuent aussi, de manière moins visible, en Europe, comme avec la prostitution des femmes nigérianes.

Des migrants dans le campement informel de Loon-Plage, près de Dunkerque, le 31 octobre 2025. Crédit : AFP
Des migrants dans le campement informel de Loon-Plage, près de Dunkerque, le 31 octobre 2025. Crédit : AFP

Le littoral nord de la France ne fait pas exception à cette réalité. Dans les campements du Calaisis, par exemple, « quand elles arrivent, les femmes sont rapidement repérées par des passeurs, qui prétendent être leur mari et qui abusent d’elles. Certaines m’ont raconté qu’elles étaient violées tous les soirs dans leur tente, parfois par plusieurs hommes », racontait Mariam, bénévole du Secours Catholique, à InfoMigrants en novembre 2024.

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Ces situations d’emprise sont d’autant plus difficiles à détecter pour les associations que les migrants évitent d’en dire trop sur leur situation personnelle, de peur d’être confrontés aux autorités françaises. L’immense majorité des migrants sur le littoral nord souhaite traverser la Manche pour se rendre au Royaume-Uni et ne souhaite pas déposer une demande d’asile en France.

Selon l’enquête du HCR, 68% des migrants souhaitaient poursuivre leur route jusqu’au Royaume-Uni, et ce en dépit des multiples mesures prises par le gouvernement britannique pour dissuader les traversées illégales dans la Manche. Selon les données du ministère de l’Intérieur britannique en date du 22 décembre, près de 41 500 migrants avaient traversé la Manche sur de petites embarcations, en hausse par rapport aux dernières années.

« Sentiment de sécurité très dégradé »

De manière plus générale, à travers ces chiffres, le rapport de l’ONU rappelle que les conditions de vie restent compliquées pour les exilés du littoral nord qui vivent dans des campements informels. « En ce qui concerne les distributions de nourriture, d’eau potable et la mise à disposition des points sanitaires, il convient de souligner une dégradation de l’accès à ces services […] En 2024, 60% des répondants avaient indiqué avoir accès à la nourriture d’une manière suffisante alors qu’en 2025, seulement 47% ont fait cette affirmation », écrit l’ONU.

Environ 1 000 migrants vivent actuellement dans des abris de fortune derrière l’hôpital de Calais. « Il fait froid, on vit dans la boue, c’est sale », expliquait Ayoub, un Soudanais de 24 ans, qui attendait de trouver un moyen de passer en Angleterre. Des centaines d’autres se sont installés près de Dunkerque à Loon-plage avant de tenter les traversées de la Manche.

À Loon-Plage, les migrants vivent dans des conditions extrêmement précaires, en septembre 2025. Crédit : AFP
À Loon-Plage, les migrants vivent dans des conditions extrêmement précaires, en septembre 2025. Crédit : AFP

Dans son rapport, le HCR déplore l’insécurité de ces lieux de vie. « Aucune des personnes interrogées à Dunkerque n’a répondu s’y sentir en sécurité : […] 47% [ont répondu se sentir] jamais en sécurité – soulignant ainsi un sentiment de sécurité très dégradé à Dunkerque », peut-on lire dans l’enquête.

De nombreuses fusillades ont eu lieu cette année à Loon-plage. La dernière en date remonte au mardi 4 novembre. Le 27 juillet, un homme âgé d’une trentaine d’années avait reçu sept balles dans le corps, selon une information de La Voix du Nord confirmée à InfoMigrants. Mi-juin, une double fusillade avait notamment fait deux morts et six blessés, dont une femme et un enfant de deux ans.

En reportage début juillet sur les départs de migrants vers le Royaume-Uni, InfoMigrants a même été témoin d’une fusillade à Loon-Plage, en pleine journée, lors de laquelle un Irakien a été blessé à la jambe.

Sources: infomigrants

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