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Mer Méditerranée : selon des ONG, un millier de migrants ont disparu lors du passage de la tempête Harry

Le bilan humain du passage de la violente tempête Harry, qui a balayé le bassin méditerranéen et les côtes italiennes du 19 au 21 janvier pourrait être bien plus élevé qu’annoncé. Les gardes-côtes italiens avaient estimé à 380 le nombre de migrants morts en mer mais des associations ont revu le chiffre à la hausse, évoquant désormais 1 000 exilés disparus. Il pourrait alors s’agir de « la plus grande tragédie de ces dernières années le long des routes de la Méditerranée centrale », selon l’ONG italienne Mediterranea Saving Humans.

Que s’est-il passé en Méditerranée centrale mi-janvier ? Combien de personnes ont péri dans une tempête alors qu’elles tentaient de rejoindre les côtes italiennes ? Sans corps, difficile d’établir un bilan précis.

L’ONG italienne Mediterranea Saving Humans (MSH) et Refugees in Libya (qui documente la vie des migrants en Libye mais aussi en Tunisie) estiment qu’un millier de migrants sont morts lors du passage de la violente tempête Harry, qui a balayé le bassin méditerranéen et les côtes italiennes du 19 au 21 janvier. Harry a généré des vagues allant jusqu’à 16 mètres de haut et des rafales de vent atteignant plus de 54 nœuds, dévastant plusieurs zones côtières de Sicile, de Sardaigne et de Calabre. Dans ce contexte, les canots précaires et surchargés des migrants n’avaient quasiment aucune chance de survie.

Dans un premier temps, les gardes-côtes italiens avaient avancé le nombre de 380 personnes disparues, à bord de huit embarcations parties de Sfax, ville du centre-est de la Tunisie connue pour être un lieu de départ. Mais ces derniers jours, de nouvelles informations semblent dessiner « les contours de la plus grande tragédie de ces dernières années le long des routes de la Méditerranée centrale », indique Laura Marmorale, présidente de MSH dans un communiqué publié lundi 2 février.

« Des centaines de familles, de parents et d’amis de disparus sont désespérés »

« À partir du 15 janvier, plusieurs convois sont partis de différents points côtiers », assure MSH en se basant sur des témoignages recueillis auprès de proches de disparus et de migrants en Tunisie qui devaient prendre place sur ces canots mais n’ont pas pu le faire faute d’argent pour payer le passage. « Des convois entiers ne sont jamais revenus ».

Un passeur, connu localement sous le nom de Mohamed « Mauritanie », aurait notamment fait partir cinq embarcations, transportant chacune entre 50 et 55 personnes, durant cette période. Du km 19 à 21 (les camps de migrants disséminés dans les oliveraies de la région se Sfax portent le nom des kilomètres indiqués le long de la route principale qui mène à El-Amra), les sources de MSH et Refugees in Libya parlent de 10 bateaux ayant pris la mer.

Depuis le km 30, sept embarcations sont parties, toujours selon les deux ONG. Depuis les km 33 et 38, « sept autres convois ont été lancés », rapportent MSH et Refugees in Libya. Parmi ces canots, un seul a été intercepté par les gardes-côtes tunisiens et est revenu sur la côte tunisienne. Ces migrants, retournés dans les champs d’oliviers d’El-Amra, affirment avoir été témoins de plusieurs naufrages en mer.

La semaine dernière, les noms de migrants disparus ont commencé à émerger : « Des personnes connues pour être parties [vers l’Italie] sont injoignables », rapportent les ONG. « Des centaines de familles, de parents et d’amis de disparus sont désespérés ». Le médecin Ibrahim, qui a monté un hôpital de fortune dans les camps d’El Amra, assure par exemple être sans nouvelles de cinq membres de sa famille, faisant partis de ces convois.

MSH reconnaît que les informations dont elle dispose sont « fragmentaires et parfois contradictoires », mais une chose est sûre selon l’ONG, le nombre de 380 disparus avancé par les autorités italiennes ne correspond pas à l’ampleur de la catastrophe.

Dans un communiqué publié lundi 2 février, le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) a aussi affirmé que « les informations faisant état d’autres incidents en mer Méditerranée au cours de la semaine dernière suggèrent que ces chiffres pourraient être en deçà du bilan réel ».

Un homme retrouvé agrippé à l’épave d’un canot

Parmi tous ces canots manquants, seule une embarcation est parvenue à atteindre les côtes italiennes. Le 22 janvier, une soixantaine de personnes parties de Sfax ont été secourues au large de Lampedusa. Dans ce canot, « des sœurs jumelles âgées d’un an sont portées disparues [en mer] et un homme a perdu la vie », avait indiqué l’association Save the Children.

Par ailleurs, un migrant originaire de Sierra Leone a été miraculeusement secouru le 24 janvier. Il dérivait seul depuis 24 heures agrippé à l’épave du bateau et a été récupéré par un navire marchand au large de la Tunisie. « Lors de son sauvetage, des corps ont été vus flottant dans l’eau », signale MSH.

L’unique survivant de ce naufrage a été emmené à Malte pour y recevoir des soins médicaux, ont déclaré les forces armées maltaises. Selon son témoignage, le bateau dans lequel il se trouvait avec 51 exilés à bord, s’est retourné à cause de la tempête.

Vendredi 30 janvier, le navire de sauvetage Ocean Viking, de l’ONG SOS Méditerranée, a par ailleurs récupéré le corps sans vie d’une femme dans la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone) maltaise. Elle pourrait faire partie des personnes disparues lors de la tempête Harry.

« Ces naufrages effroyables ne peuvent être considérés comme inévitables. (…) Nous ne pouvons pas tolérer que la Méditerranée reste un cimetière pour ceux qui cherchent la sécurité », tance le HCR.

Depuis 2014, année des premiers recensements de l’Organisation internationale des migrations (OIM), près de 26 000 migrants sont morts en Méditerranée centrale en essayant de rejoindre les côtes européennes.

Sources: infomigrants

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