Royaume-Uni : un Afghan de 18 ans inculpé pour avoir piloté un « small boat »

Un Afghan de 18 ans a comparu mercredi devant un tribunal britannique pour avoir piloté une embarcation dans laquelle il avait pris place avec d’autres migrants deux jours plus tôt pour traverser la Manche. Dans la législation britannique, piloter un canot est considéré comme une activité de passeur.
Un ressortissant afghan de 18 ans a été inculpé mercredi 7 janvier par un tribunal britannique au titre d’une nouvelle législation sur la sécurité des frontières, l’asile et l’immigration. Aman Naseri est accusé de mise en danger de la vie d’autrui en pilotant un « small boat » lors d’une traversée de la Manche le 5 janvier. C’est la première personne a être inculpée pour cette infraction.
Aman Naseri a plaidé non coupable, affirmant qu’il avait été « forcé » à conduire ce petit bateau, lors d’une audience devant le tribunal de Margate (sud-est de l’Angleterre).

La procureure Julie Farbrace a déclaré qu' »il y avait 46 autres personnes » à bord et qu' »en pilotant le bateau, il les a mises en danger ».
Le jeune Afghan était aidé d’un interprète lors de cette brève comparution. Il a été maintenu en détention jusqu’à la prochaine audience prévue le 9 février. Il encourt une peine pouvant aller jusqu’à six ans d’emprisonnement.
Cette nouvelle législation, promulguée en décembre, est entrée en vigueur lundi 5 janvier. Elle vise à s’attaquer aux passeurs qui entassent les exilés dans des embarcations précaires, non adaptées à la traversée de la Manche.
« Nouvelle phase de criminalisation »
D’autres migrants ont dans le passé été poursuivis pour avoir piloté ce genre de canots. En 2022, le Royaume-Uni a adopté le Nationality and Borders Act. Les peines peuvent aller jusqu’à la perpétuité. Depuis, les procès criminalisant les passages par canots de la Manche se sont multipliés.
De plus en plus d’exilés sont accusés « d’entrée illégale », ou de « facilitation » de ces entrées en étant considérés comme « pilotes » des « small boats ». Les condamnations s’enchaînent, tandis que des chercheurs et activistes s’organisent pour compiler les données de cette « nouvelle phase de criminalisation ».
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Pour qu’une personne soit accusée du motif, bien plus grave aux yeux de la loi, d’avoir piloté un « small boat » (article 25 de la loi), il suffit d’avoir été identifié comme ayant eu « la main sur la barre du canot, même temporairement », rappellait en 2023 à InfoMigrants Victoria Taylor, doctorante au Centre de Criminologie de l’Université de droit d’Oxford et membre du laboratoire de recherche Border Criminologies.
Hausse des traversées
Le gouvernement travailliste de Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, a pris différentes mesures pour tenter de faire baisser les arrivées clandestines de migrants par la Manche.
En 2025, 41 472 personnes ont rejoint les côtes anglaises après avoir entrepris la périlleuse traversée, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45 774 enregistré en 2022, selon les données du ministère britannique de l’Intérieur.
Ces traversées occasionnent de nombreux naufrages. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.
« Nous avons mis en place de nouvelles mesures plus strictes afin que les forces de l’ordre puissent plus rapidement démanteler les réseaux soupçonnés de trafic d’êtres humains », a déclaré le secrétaire d’État à l’Immigration Mike Tapp dans un communiqué.
Ces mesures s’accompagnent de « réformes radicales (…) visant à rendre l’immigration illégale moins attrayante et à faciliter l’expulsion et le renvoi des personnes concernées », a-t-il ajouté.
Sources : Infomigrants




