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Manche : « Le fournisseur le plus important » de « small boats » condamné à 11 ans de prison en Belgique

Un ressortissant turc de 45 ans a été condamné mercredi par un tribunal belge à 11 ans de prison pour avoir fourni des « small boats » à des réseaux de passeurs faisant traverser la Manche à des migrants entre 2019 et 2024. L’homme serait impliqué dans des « milliers de traversées » et « de nombreux événements mortels dans la Manche ». Il était un des hommes les plus recherchés de l’Agence nationale britannique de la criminalité (NCA).

Il est considéré par l’Agence nationale britannique de la criminalité (NCA) comme « le fournisseur le plus important » des réseaux de passeurs organisant les traversées de la Manche en « small boat » entre 2019 et 2024. À ce titre, il était un des hommes les plus recherchés de l’organisation.

Adem Savas, un ressortissant turc de 45 ans, a été condamné mercredi 7 janvier par un tribunal de Bruges, en Belgique, a 11 ans de prison et à une amende de 400 000 euros, après une opération conjointe entre la NCA et les autorités belges. L’homme avait été arrêté à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam en novembre 2024, avant d’être extradé vers la Belgique.

Ce Turc aurait fourni du matériel utilisé dans environ la moitié de tous les passages dans la Manche en 2023, indique dans un communiqué la NCA, « faisant de lui une figure clé de la hiérarchie européenne de la contrebande ».

Impliqué dans de « nombreux évènements mortels dans la Manche »

Son arrestation fait suite à une enquête sur Hewa Rahimpur, un Kurde ayant dirigé un réseau de contrebande « à l’échelle européenne considéré comme étant à l’origine » de la traversée de la Manche de 10 000 migrants sur des petits bateaux vers le Royaume-Uni. Hewa Rahimpur avait été arrêté en 2022 par la NCA près de Londres.

L’année suivante, il a été condamné en Belgique en première instance à 11 ans de prison, puis à 13 ans en appel. D’autres membres de son réseau ont également été condamnés par la suite en France et au Royaume-Uni.

Lors de cette enquête, « l’analyse des téléphones et des appareils saisis a révélé que son principal fournisseur de bateaux et de moteurs était Adem Savas », a précisé la NCA dans son communiqué.

Adem Savas est impliqué dans des "milliers de traversées" de la Manche selon les autorités britanniques. Crédit : NCA
Adem Savas est impliqué dans des « milliers de traversées » de la Manche selon les autorités britanniques. Crédit : NCA

L’investigation a permis de retracer le parcours des bateaux et des moteurs utilisés pour traverser la Manche. Les « small boats » étaient déplacés de la Turquie vers la Bulgarie, puis à travers l’Europe vers l’Allemagne, où ils étaient stockés avant d’être mis à l’eau dans la Manche.

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« Il a fait semblant de diriger une société d’approvisionnement maritime légitime, mais en réalité, il savait exactement comment l’équipement qu’il fournirait serait utilisé », affirme le directeur général des opérations de la NCA, Rob Jones, dans le communiqué.

Adem Savas, impliqué dans des « milliers de traversées » selon l’agence, facturait en moyenne 4 500 euros pour les bateaux et les moteurs. Les enquêteurs estiment qu’il a engrangé des « millions » d’euros dans cette activité mafieuse pendant cinq ans.

Un groupe de migrants tentent de monter dans un canot pneumatique pour essayer de traverser la Manche, près de Calais, le 25 août 2025. Crédit : Reuters
Un groupe de migrants tentent de monter dans un canot pneumatique pour essayer de traverser la Manche, près de Calais, le 25 août 2025. Crédit : Reuters

Ce ressortissant turc est « probablement impliqué dans de nombreux de nombreux événements mortels dans la Manche », signale encore l’agence. « Il savait à quel point [les bateaux] étaient inadaptés pour de longues traversées maritimes », insiste Rob Jones.

Les enquêteurs pensent notamment qu’un des « small boats » fourni par Adem Savas est celui qui a fait naufrage le 24 novembre 2021 dans la Manche. Ce jour-là, 27 personnes sont mortes et quatre ont disparu après que leur canot s’est dégonflé et a coulé quelques heures après le départ d’une plage française. Il s’agit, à ce jour, du pire naufrage survenu dans cette zone maritime.

Nouvelle législation

Le ministre de la Sécurité des frontières et de l’Asile, Alex Norris, s’est félicité de l’arrestation de ce « roi de la contrebande ». « Nous réprimons les criminels qui échangent des vies humaines contre de l’argent. (…) Grâce à notre nouvelle loi sur les frontières, les forces de l’ordre ont maintenant renforcé le pouvoir d’intercepter, de détenir et d’arrêter les passeurs, plus rapidement – et de rétablir l’ordre et le contrôle de nos frontières », a -t-il déclaré.

Mercredi 7 janvier, un Aghan de 18 ans a été inculpé par un tribunal britannique au titre de cette nouvelle législation. Aman Naseri est accusé de mise en danger de la vie d’autrui en pilotant un « small boat » lors d’une traversée de la Manche le 5 janvier. C’est la première personne à être inculpée pour cette infraction.

La procureure Julie Farbrace a déclaré qu' »il y avait 46 autres personnes » à bord et qu' »en pilotant le bateau, il les a mises en danger ».

Le jeune Afghan était aidé d’un interprète lors de cette brève comparution. Il a été maintenu en détention jusqu’à la prochaine audience prévue le 9 février. Il encourt une peine pouvant aller jusqu’à six ans d’emprisonnement.

Cette nouvelle législation, promulguée en décembre, est entrée en vigueur lundi 5 janvier. Elle vise à s’attaquer aux passeurs qui entassent les exilés dans des embarcations précaires, non adaptées à la traversée de la Manche.

L’homme a plaidé non coupable, affirmant qu’il avait été « forcé » à conduire ce petit bateau, lors d’une audience devant le tribunal de Margate (sud-est de l’Angleterre).

D’autres migrants ont dans le passé été poursuivis pour avoir piloté ce genre de canots. En 2022, le Royaume-Uni a adopté le Nationality and Borders Act. Les peines peuvent aller jusqu’à la perpétuité. Depuis, les procès criminalisant les passages par canots de la Manche se sont multipliés.

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De plus en plus d’exilés sont accusés « d’entrée illégale », ou de « facilitation » de ces entrées en étant considérés comme « pilotes » des « small boats ». Les condamnations s’enchaînent, tandis que des chercheurs et activistes s’organisent pour compiler les données de cette « nouvelle phase de criminalisation ».

En 2025, 41 472 personnes ont rejoint les côtes anglaises après avoir entrepris la périlleuse traversée, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45 774 enregistré en 2022, selon les données du ministère britannique de l’Intérieur.

Sources: infomigrants

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