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L’Algérie a expulsé plus de 34 000 migrants vers le Niger en 2025, un record

Selon l’ONG Alarme Phone Sahara, les autorités algériennes ont expulsé 34 236 migrants vers le désert, près de la frontière nigérienne en 2025. Du jamais vu. En 2024, un record avait déjà été établi avec l’expulsion de 31 404 personnes dans les mêmes conditions. Lorsqu’ils sont abandonnés dans le désert, les exilés sont débarqués au « point zéro », zone désertique délimitant la frontière entre le Niger et l’Algérie. Dans des conditions climatiques extrêmes, ils doivent parcourir à pied 15 km, sans eau ni nourriture, pour atteindre la première ville nigérienne, Assamaka.

C’est un record. En 2025, l’Algérie a expulsé 34 236 migrants vers le Niger, selon un rapport de l’ONG Alarme Phone Sahara (APS), qui porte secours aux personnes abandonnées dans le désert. En 2024, l’organisation avait compté 31 404 exilés expulsés dans les mêmes conditions. Un chiffre qui dépassait déjà toutes les données recensées les années précédentes dans la région, y compris en 2023 quand 26 031 personnes avaient été refoulées.

D’après l’ONG, « il est certain que le nombre réel dépasse même largement les chiffres documentés [en 2025], étant donné que dans plusieurs cas, les structures locales n’ont pas été en mesure de recenser le nombre de personnes embarquées dans ces convois ».

« Vague de refoulement sans précédent »

En avril 2025, Alarme Phone Sahara avait alerté sur « un pic d’expulsions » alors que 1 141 exilés avaient été refoulés en seulement une journée. Du jamais vu. « Au cours du mois d’avril nous avons connu une vague de refoulements sans précédent de migrants venant de l’Algérie », avait reconnu le 17 mai le gouverneur d’Agadez à la télévision publique.

Début juin 2025, APS a comptabilisé plus de 16 000 migrants expulsés en seulement deux mois.

Face à ces arrivées massives – qui ont cours depuis des années -, le Niger avait annoncé en mai vouloir appuyer l’Organisation internationale de la migration (OIM) pour accélérer le rapatriement dans leur pays d’origine – d’ici juillet – d’environ 4 000 migrants. Les autorités nigériennes disaient vouloir ainsi éviter un « désastre humanitaire ».

Mais ces « retours volontaires » prennent du temps. De manière générale, l’OIM est tributaire des processus imposés par les États d’origine pour délivrer les laissez-passer. Chaque nouvelle exigence de ces derniers – entretiens en vidéoconférence avec le migrant, formulaires administratifs, etc. – entraîne un peu plus de retard pour les migrants originaires de ces pays, bloquant ainsi tout le processus et provoquant l’embolie du système d’accueil onusien sur le territoire nigérien.

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Cette surpopulation de migrants – notamment à Assamaka et Agadez – concentre toutes les frustrations.

En avril, la junte nigérienne, arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2023, a estimé que les arrivées massives de migrants non-nigériens risquaient de « perturber l’équilibre sécuritaire » du Niger déjà confronté aux attaques jihadistes sur plusieurs pans.

« Expulsions en chaîne depuis la Tunisie et l’Algérie »

Depuis 2014, des migrants irréguliers nigériens mais aussi d’autres pays africains, dont des femmes et des mineurs, sont fréquemment refoulés d’Algérie, point de transit vers l’Europe.

Mais ces dernières années, les expulsions ont pris une autre ampleur. « La collaboration entre les pays du Maghreb dans la lutte contre les personnes en mobilité, encouragée par les États membres de l’UE, et les expulsions en chaîne depuis la Tunisie et l’Algérie sont l’une des raisons pour lesquelles, en 2024 et 2025, encore plus de personnes ont été embarquées dans les convois d’expulsion que déjà les années précédentes », explique dans son rapport Alarme Phone Sahara.

Depuis 2023, la Tunisie traque les Subsahariens présents dans le pays. Lorsqu’ils sont interpellés, ils sont envoyés dans des zones désertiques à la frontière libyenne ou algérienne. Repérés par les forces de sécurité algériennes, les migrants risquent ensuite d’être envoyés à la frontière nigérienne.

Point Zéro marque la frontière entre le Niger et l'Algérie, en plein désert. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Point Zéro marque la frontière entre le Niger et l’Algérie, en plein désert. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Depuis des années, les associations n’ont de cesse de dénoncer ces expulsions, opérées en dehors de tout cadre légal.

Les migrants nigériens arrivent par convois dits « officiels », à bord de véhicules et sont pris en charge par les autorités locales. Mais les autres migrants africains, majoritaires, sont débarqués au « point zéro », zone désertique délimitant la frontière entre les deux pays. Dans des conditions climatiques extrêmes, ils doivent parcourir à pied 15 km, sans eau ni nourriture, pour atteindre Assamaka au Niger, où se trouve le centre de transit de l’Organisation internationale des migrations (OIM), le bras de l’ONU qui assiste les « retours volontaires » des migrants vers leur pays d’origine.

Sept décès

« Les forces de sécurité algériennes n’épargnent personne. Régulièrement, de nombreuses femmes et enfants, souvent même des bébés, se trouvent parmi les personnes expulsées », signale APS dans son rapport, ajoutant que « de nombreuses personnes arrivent avec des blessures et des traumatismes infligés par les forces de sécurité ».

Depuis 2017, InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages d’exilés qui ont été expulsés d’Algérie après avoir été arrêtés dans leur quotidien ou bien à la suite d’une tentative de traversée de la Méditerranée avortée.

Des migrants pris en charge dans le désert par les équipes d'Alarme Phone Sahara, le 20 juillet 2025. Crédit : Alarme Phone Sahara
Des migrants pris en charge dans le désert par les équipes d’Alarme Phone Sahara, le 20 juillet 2025. Crédit : Alarme Phone Sahara

« Au bout de cinq ou six heures […], on nous a déposés dans le désert, il n’y avait rien autour. La police algérienne nous a crié : ‘Voilà Assamaka !’ en pointant le doigt vers l’horizon. ‘L’OIM, c’est tout droit’. On s’est mis en marche, je ne sais plus pour combien de temps. Tout ce dont je me souviens, c’est que j’étais épuisé, complètement à bout de forces. J’ai quand même réussi à faire la dizaine de kilomètres qui nous séparaient d’Assamaka », avait raconté, fin 2024, un Sénégalais de 25 ans.

Alarme Phone Sahara a documenté, en 2025, sept cas de décès dans la région « provoqués par les conditions des expulsions ». Mais combien meurent sans laisser de traces ? Chaque année, de nombreux exilés disparaissent dans le Sahara. Ils peuvent se perdre, mourir de déshydratation, ou être victimes de groupes mafieux.

Amadou, un migrant contacté par InfoMigrants en juillet 2020, racontait avoir vu trois personnes mourir sous ses yeux dans le désert. « Ils étaient tellement fatigués qu’ils se sont effondrés au sol », avait expliqué le jeune Africain qui travaillait depuis deux ans en Algérie avant d’être arrêté.

Sources: infomigrants

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