Paris : nouvel incendie d’un campement de migrants, le deuxième en une semaine

Dans la nuit de mardi à mercredi, un incendie s’est déclaré sur le campement de migrants Delphine Seyrig, dans le 19e arrondissement de Paris. Il s’agit du deuxième incendie à cet endroit en l’espace d’une semaine. Une enquête est en cours pour tenter d’en déterminer les causes. Au total, Utopia 56 évoque « une vingtaine d’incendies » recensés au cours des six derniers mois sur des lieux de vie informels, preuve des conditions de vie très précaires pour les exilés à la rue.
« Maintenant, ils craignent pour leur vie et leur sécurité », souffle Nathan Lequeux, membre de l’association Utopia 56. Le campement de migrants Delphine Seyrig, dans le 19e arrondissement de Paris, qui compte environ une cinquantaine d’hommes isolés et mineurs non accompagnés (majoritairement afghans, soudanais et érythréens), a pris feu dans la nuit du mardi 27 au mercredi 28 janvier. Et ce, seulement quelques jours après un premier incendie sur le même campement, dans la nuit du 18 au 19 janvier.
« C’est difficile de savoir exactement ce qu’il s’est passé », souligne auprès d’InfoMigrants Nathan Lequeux, à propos de l’incendie de mardi soir. « Selon les témoignages qu’on a reçus, certains exilés sur place ont vu quelqu’un jeter de l’essence sur le campement. Mais pour l’instant, on n’a pas d’images ou de photos pour cet incendie-là. » Néanmoins, selon Utopia 56, l’incendie aurait été « très certainement » causé « de manière volontaire et criminelle ».
De son côté, Paul Alauzy, coordinateur chez Médecins du Monde (MdM), dont une équipe est allée en maraude sur place jeudi, rapporte à InfoMigrants qu' »une tente vide a brûlé et le feu a été vite maîtrisé. » D’après Utopia 56, un jerrycan d’essence a été retrouvé à proximité d’une tente. Aucun blessé n’a été enregistré, selon les deux ONG.
Quelques jours plus tôt, un premier incendie sur ce lieu de vie informel avait quant à lui fait beaucoup plus de dégâts. Les images filmées par les exilés et transmises par Utopia 56 à InfoMigrants montrent des flammes de plusieurs mètres de haut à différents endroits du campement.
Selon les associations, au moins quatre personnes ont été blessées. Trois ont dû être transportées à l’hôpital. Deux exilés sont ressortis après quelques jours, et le troisième homme reste dans un état très grave, hospitalisé au service des grands brûlés de l’hôpital Saint-Louis. « Les personnes sorties de l’hôpital ont des bandages qui remontent jusqu’aux coudes, et aux pieds jusqu’aux chevilles », témoigne Nathan Lequeux. Là encore, les habitants du campement disent avoir « clairement vu un homme asperger les tentes d’essence, et des traces d’hydrocarbures », ajoute Utopia 56.
« Entre 1h30 et 2h, j’ai vu plusieurs tentes, dont la mienne, prendre feu. Mes amis, encore endormis, essayaient de sortir comme ils pouvaient. J’ai eu très peur », avait confié un Afghan de 26 ans habitant sur le campement à StreetPress la semaine passée. « Si le caractère criminel de l’incendie est avéré, il s’agit d’une agression raciste et d’une tentative de meurtre », s’indigne Utopia 56.
Une enquête ouverte, « une tentative d’homicide » pour le maire du 19e
Selon le parquet, une enquête pour ces deux incendies a été ouverte et les trois blessés grave seront entendus. Les investigations concernent des « blessures involontaires et dégradation par moyen dangereux » et ont été confiées au commissariat du 19e arrondissement, précise-t-il. Les « constatations ont été limitées puisque la tente brûlée aurait déjà été retirée avant l’arrivée des services de police », complète le parquet.

De son côté, le maire du 19e arrondissement François Dagnaud dit avoir saisi jeudi la procureure de la République de Paris et se dit « rassuré de voir que le sujet est pris très au sérieux », auprès de l’AFP. Dans son courrier, l’élu estime que ces deux incendies peuvent relever d’une « tentative d’homicide ».
« Les personnes vivant dans ce campement n’ont pas bénéficié d’une mise à l’abri dans le cadre du plan grand froid, faute d’un nombre suffisant de places ouvertes », regrette l’élu. « On ne peut pas laisser indéfiniment des dizaines ou des centaines de personnes au total vivre dans ces conditions totalement indignes », déclare-t-il à l’AFP. Alors que, selon lui, la Ville « mobilise déjà des moyens très au-delà de ses propres compétences pour essayer de faire face ».
« Maintenant, ils ont peur de mourir brûlés vif dans leur sommeil »
Les ONG restent très préoccupées pour les migrants qui vivent toujours sur place. Car si une mise à l’abri de cinq jours a été proposée pour les blessés, les autres sont restés sur le campement brûlé, faute de solution. « Beaucoup n’arrivent plus à trouver le sommeil, ils ont des insomnies à cause du danger et de l’angoisse. En plus du froid et du bruit, maintenant ils ont peur de mourir brûlés vif dans leur sommeil », s’alarme Paul Alauzy de MdM. « Un des hommes sur le campement est malentendant. On est très inquiet pour lui, parce que potentiellement, il n’entendra pas les cris d’alerte s’il y a un troisième incendie », poursuit-il.
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En outre, après le premier incendie, « aucun déchet toxique, cendre ou affaire brûlée n’ont été ramassés ou nettoyés par les services de la ville de Paris. Les gens vivent donc dans des résidus toxiques en plus d’être à la rue depuis plus d’une semaine, comme ils n’ont pas d’autre endroit où aller », dénonce Nathan Lequeux. C’est aussi ce que déplore Abdul, le jeune Afghan du campement interrogé par StreetPress la semaine dernière : « Tant que les débris ne sont pas nettoyés, je n’ai même pas la place de me réinstaller à Delphine Seyrig ».
« Une vingtaine d’incendies » en six mois sur des campements
En tout, l’association d’aide aux migrants évoque « une vingtaine d’incendies » recensés au cours des six derniers mois sur des lieux de vie informels de la capitale. En décembre 2025, un campement à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) aurait été victime d’un incendie criminel, provoqué par le jet d’un cocktail Molotov, recense Utopia 56. Plus récemment, à la mi-janvier, un incendie, « accidentel » selon la Mairie de Paris, s’est aussi déclaré dans un camp Porte d’Aubervilliers, où une tente à pris feu.
Pour les ONG, que ces feux à répétition aient été déclenchés de manière malveillante ou involontaire, ils rappellent malgré tout les conditions de vie très précaires et les dangers auxquels s’exposent continuellement les migrants à la rue. « Il n’y a pas besoin d’un incendie criminel pour qu’un feu se déclenche sur un campement. Pour se réchauffer ou s’éclairer, les exilés vont être obligés d’allumer un brasero, souvent à proximité des toiles de tente. Ils ont aussi parfois des branchages ou des raccords défectueux pour charger leur téléphone, s’éclairer avec des lumières, essayer de réchauffer leur nourriture, etc. Sauf que ce genre de multiprises peuvent vite prendre feu. Ce sont des montages vraiment dangereux », décrit Nathan Lequeux.
« Sans ça, ils ne peuvent pas survivre, mais ils se mettent en danger à chaque fois. C’est pour cela qu’on demande une mise à l’abri d’urgence pour les protéger au plus vite. Sur ce campement, aucune mise à l’abri n’a été proposée depuis août 2025. On ne sait pas s’ils attendent un mort pour agir… », alerte enfin le coordinateur de l’association.
Sources: infomigrants




