Mayotte : les Congolais sont de plus en plus nombreux à demander l’asile sur l’île

En 2025, plus de la moitié des demandes d’asile déposées à Mayotte ont été introduites par des ressortissants des Grands Lacs – République démocratique du Congo (RDC), Burundi et Rwanda, selon les chiffres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Ces exilés vivent souvent dans des conditions extrêmement précaires.
En 2021, 80% des demandes d’asile effectuées à Mayotte provenaient de ressortissants comoriens. Ils sont désormais minoritaires face au nombre croissant de Congolais débarquant sur l’archipel : 52 % des 2 463 primo-demandeurs résidents étaient originaires de la République démocratique du Congo (RDC) en 2024 – contre seulement 25 % des Comores, selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).
Et en 2025, « environ 800 demandes d’asile ont été déposées par des personnes originaires de la région des Grands Lacs (RDC, Burundi, Rwanda), soit un peu plus de la moitié des demandes d’asile déposées sur l’île », précise l’Ofpra à l’AFP, indiquant qu’il était encore trop tôt pour analyser cette nouvelle route migratoire.
L’est de la RDC est ravagé par 30 années de conflits, avec une intensification des violences depuis la résurgence du groupe armé Mouvement du M23 soutenu par Kigali fin 2021. En janvier 2025, Goma, capitale du Nord-Kivu, est tombé aux mains des rebelles du M23, à la suite d’une offensive éclair, poussant de nombreuses personnes sur les routes.
« Je ne savais pas que Mayotte existait »
C’est le cas de Jérôme, qui a fui sa ville de Goma début 2025 pour rejoindre Dar es Salam, en Tanzanie. Le jeune Congolais n’avait jamais entendu parler de Mayotte. En Tanzanie, des Congolais lui parlent de la route menant à l’île française et le mettent en contact avec un passeur. Jérôme arrive finalement à Mayotte en juillet après une périlleuse traversée en « kwassa-kwassa », ces embarcations de pêche utilisées par les migrants dans l’océan Indien.
« On a risqué notre vie avec un ‘kwassa’ sur l’océan ! Entre les vagues, les courants… Je ne saurai pas dire comment nous avons survécu », expliquait-il à InfoMigrants en décembre dernier. « Le ‘kwassa’, c’est trop dangereux. Ce n’est pas fait pour l’océan. En RDC, les petits kwassa, on ne s’en sert même pas pour traverser le lac Kivu. »
Aza Mukeshimana, une Congolaise de 34 ans, est arrivée dans le département français de l’océan Indien en 2024. Comme Jérôme, elle ne ne connaissait pas l’île. « Je ne savais pas que Mayotte existait », affirme-t-elle à l’AFP. La jeune femme a fui la province orientale du Nord-Kivu dans l’est de la RDC pour rejoindre le petit archipel français sur les conseils de la personne qui l’hébergeait en Tanzanie, première étape de son périple.
Environ 800 migrants dans un camp de fortune
Si aujourd’hui Aza Mukeshimana est installée avec son fils de 11 ans à Sada, au centre de l’archipel, grâce à l’aide d’associations locales, le manque de places d’hébergement dans le réseau local contraint la plupart des demandeurs d’asile à se regrouper dans des camps de fortune.

À Tsoundzou 2, dans la commune de Mamoudzou, environ 800 personnes s’entassent dans des tentes improvisées faites de bambous et de bâches. De nouvelles personnes arrivent quotidiennement, si bien que les constructions débordent dans la mangrove et sur le bord de la route.
« Ici, on a des gens dans des états psychologiques difficiles à cause de la vie que nous menons. Ils sont livrés à eux-mêmes, ne travaillent pas et n’occupent pas leurs journées. Ils sont bloqués dans le camp et réfléchissent à leur condition. Ça crée des troubles mentaux, c’est certain », racontait en décembre à InfoMigrants Kennedy Kighana, un autre Congolais de 28 ans arrivé à Mayotte en septembre 2025.
Retard dans le traitement des dossiers d’asile
L’intégration à Mayotte de cette population congolaise reste difficile à faire accepter aux habitants. Dans un département où l’immigration comorienne est critiquée, ces nouvelles populations sont peu acceptées.
« Il faudrait les renvoyer chez eux (…), même nous qui sommes Français, on se bat pour avoir nos droits et on ne les a toujours pas », dénonce à l’AFP Safina Soula, présidente du Collectif des citoyens de Mayotte 2018 qui a bloqué plusieurs fois par le passé le service immigration de la préfecture.
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Des actions qui ont retardé le traitement des dossiers. La fermeture de la préfecture provoquée par ces groupes a participé au « rallongement de la liste d’attente pour les premières demandes d’asile » ou rendu difficile « les renouvellements d’attestation de demande d’asile », indiquait en fin d’année à InfoMigrants Solidarité Mayotte, l’association en charge de l’asile sur l’île. L’Ofpra évoquait également « des fermetures contraintes des services préfectoraux qui ont affecté l’activité d’enregistrement des demandes d’asile ».
Ainsi, Kennedy Kighana attend depuis cinq mois un rendez-vous pour enregistrer sa demande d’asile à la préfecture, première étape avant de soumettre son dossier à l’Ofpra. De son côté, un an après son arrivée sur l’archipel, Aza Mukeshimana vient tout juste d’enregistrer la sienne.
Une situation qui prolonge l’attente dans la précarité. « Il y a néanmoins une solidarité souterraine des Mahorais, mais qui reste discrète car mal vue », nuance à l’AFP Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’Homme à Mayotte.
Sources: Infomigrants




