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Sur la route des Canaries, une mission de surveillance aérienne pour repérer les bateaux de migrants en détresse

Depuis la mi-janvier, l’ONG Humanitarian Pilots Initiative mène une opération test de surveillance aérienne dans l’Atlantique pour tenter de repérer des embarcations de migrants en difficultés sur la route des Canaries. C’est la troisième mission de ce type depuis le printemps dernier. De nombreux canots se retrouvent en détresse sur cette route migratoire où aucun bateau humanitaire ne navigue.

C’est une zone grande comme la Suisse, balayée par des vents violents et des courants puissants. La route migratoire des Canaries s’étend sur près de 2 000 km, des côtes de Guinée à l’archipel espagnol des Canaries, au large du continent africain.

Même si le nombre d’arrivées a baissé en 2025, de nombreuses embarcations de migrants s’aventurent toujours sur cet itinéraire dans l’espoir d’atteindre l’archipel espagnol. Le voyage dure en moyenne sept jours et il n’est pas rare que des embarcations disparaissent en mer.

Mais, contrairement à la Méditerranée centrale, aucun navire humanitaire ne circule dans l’Atlantique pour secourir les bateaux de migrants en difficultés. Seuls les services de secours en mer espagnols et les gardes-côtes marocains peuvent intervenir.

C’est pour combler ce manque que l’ONG Humanitarian Pilots Initiative (HPI) a lancé mi-janvier une nouvelle mission de surveillance aérienne dans l’Atlantique, la troisième en neuf mois. Cette surveillance aérienne dans l’Atlantique a été lancée au printemps dernier et est encore à l’état de projet pilote.

« Des missions exploratoires »

« Jusqu’à présent, ce n’était que des missions exploratoires. Nous aimerions pouvoir réellement commencer à partir de cet été avec un projet cohérent et des opérations sur le long terme », indique à InfoMigrants Pascal Stadelmann, pilote d’avion professionnel et volontaire pour HPI, comme une vingtaine d’autres pilotes.

Ces trois premières missions de test ont appris aux équipes de HPI que la recherche de bateaux en détresse ne peut pas se faire de la même manière en Méditerranée et dans l’Atlantique. L’ONG mène depuis plusieurs années des opérations de surveillance aérienne en Méditerranée pour repérer les embarcations de migrants en détresse mais entre ces deux zones maritimes, les façons d’agir diffèrent.

Les différents points de départ de la route migratoire des Canaries. Crédit : Studio graphique FMM
Les différents points de départ de la route migratoire des Canaries. Crédit : Studio graphique FMM

« La différence la plus frappante réside dans la taille même de la zone opérationnelle. La distance entre la Libye et l’île italienne de Lampedusa est d’environ 140 milles marins [environ 260 km, ndlr], tandis que dans l’Atlantique, elle peut atteindre 1 300 milles marins [2 400 km, ndlr] », explique Cat Spangehl, coordinatrice des opérations aériennes de HPI, dans une interview publiée sur le site de l’ONG.

« Une autre différence majeure est l’absence d’infrastructures de sauvetage [sur la route des Canaries]. En Méditerranée, il existe des navires de sauvetage civils et les gardes-côtes italiens. En Atlantique, en revanche, nous devons souvent compter sur des cargos, des pêcheurs ou des marins pour nous aider en cas d’urgence, même s’ils ne sont ni formés ni équipés pour de tels sauvetages », poursuit-elle.

« Les informations comment à circuler après environ une semaine de navigation »

Pour faire face à ces contraintes, les équipes de HPI ont imaginé un nouveau mode d’action. « À l’heure actuelle, nous sommes en quelque sorte en veille. Cela signifie que notre équipage est basé en Europe continentale mais est prêt à embarquer sur un vol à destination des îles Canaries dans les 24 heures si quelque chose se présente et que nous voulons partir à sa recherche », détaille Pascal Stadelmann. L’appareil Beechcraft 58 Baron utilisé pour la mission est, lui, positionné sur l’île de Grande Canarie et prêt à décoller à tout moment.

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Au début de la mission, « nous avons commencé à effectuer des vols pendant plusieurs semaines et nous avons essayé de déterminer comment fonctionner au mieux […] L’un des enseignements que nous avons tiré était que voler sans avoir aucune information [sur les bateaux en détresse] n’avait pas beaucoup de sens », raconte Pascal Stadelmann.

Pour obtenir un maximum d’informations sur les pirogues en difficultés, les membres d’HPI collaborent avec des organisations comme Alarm phone et Caminando Fronteras.

Une embarcation de migrants est escortée par les secours maritimes espagnols au port d'Arguineguin, sur l'île de Grande Canarie, le 29 janvier 2025. Crédit : Reuters
Une embarcation de migrants est escortée par les secours maritimes espagnols au port d’Arguineguin, sur l’île de Grande Canarie, le 29 janvier 2025. Crédit : Reuters

« Les canots partent de très loin au sud [des départs vers les Canaries se font désormais aussi depuis la Guinée et la Gambie, ndlr] et le voyage dure parfois jusqu’à deux semaines, rappelle le pilote. Les proches des exilés commencent généralement à contacter les ONG après une semaine ou dix jours pour demander des nouvelles. C’est généralement à ce moment-là que les informations commencent à circuler. En fonction de ces informations, nous faisons une estimation de l’endroit où le bateau pourrait se trouver et nous décidons si nous devons voler ou non ».

Des routes toujours meurtrières

Selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras, plus de 3 000 migrants sont morts en 2025 en tentant de rejoindre clandestinement l’Espagne à la recherche d’un avenir meilleur.

La plupart des décès ont eu lieu sur la route de l’Atlantique, entre l’Afrique et l’archipel espagnol des Canaries. Les pays européens restreignant les visas et contrôlant de plus en plus leurs frontières, ces personnes migrantes sont forcées de prendre cette route périlleuse.

La route migratoire de la Méditerranée centrale a, elle aussi, été meurtrière en 2025. Plus de 1 870 personnes y ont perdu la vie l’an dernier, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mais les navires humanitaires présents dans cette zone maritime parviennent à effectuer de nombreux sauvetages d’embarcations, notamment grâce au soutien aérien de plusieurs avions de surveillance aérienne, tels que le Sea-Bird et le l’Albatross Uno de HPI en collaboration avec les ONG Sea-Watch et SOS Méditerranée.

Sources: infomigrants

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