Ceuta : le centre d’accueil de l’enclave espagnole a « atteint un niveau critique » en raison de la surpopulation

Depuis le début de l’année, près de 1 000 migrants ont débarqué à Ceuta, contre 137 à la même période de 2025. Cette hausse de 600 % des arrivées en 2026 met à mal l’unique centre d’accueil de la péninsule espagnole. Environ 1 000 exilés y sont hébergés – pour une capacité de 512 places – dans des « conditions inacceptables ».
Les transferts de migrants de l’enclave espagnole vers la péninsule s’accélèrent. Mardi 17 février, 123 exilés ont quitté l’enclave de Ceuta pour rejoindre d’autres régions espagnoles. Les autorités tentent ainsi de désengorger le seul centre d’accueil (CETI) pour adultes de la ville autonome enclavée sur le sol marocain.
Environ 1 000 personnes s’entassent actuellement dans la structure, d’une capacité initiale de 512 places. Pour héberger l’ensemble de ces nouveaux arrivants, la ville a mis à disposition des gymnases et la municipalité loge quelque 200 migrants dans le garage du CETI, mais ces lieux ne répondent pas aux normes de sécurité.
« Conditions d’hygiène inacceptables »
« La situation au centre a atteint un niveau critique », a alerté le 9 février le syndicat infirmier SATSE dans un communiqué. Les exilés « sont entassés, plusieurs d’entre eux dorment sur le même matelas, dans un espace mal ventilé et mal éclairé, et présentant des conditions d’hygiène inacceptables » (sol sale jonché de mégots de cigarette et de reste de nourriture), déplore l’organisation.

Le syndicat s’inquiète des conséquences sanitaires sur les migrants. « La surpopulation est énorme, avec les risques que cela comporte : épidémies de gale, propagation de maladies… c’est totalement inacceptable. Les personnes doivent être traitées avec dignité, et cela ne signifie pas les entasser dans un garage comme de simples boîtes », déclare au média Infobae, Elisabeth Muñoz, porte-parole de SATSE Ceuta.
Les infirmières refusent de prodiguer des soins dans le garage, « faute de matériel et de ressources disponibles pour répondre à une urgence ou à tout type d’intervention », insiste le SATSE dans son communiqué.
L’organisation dénonce aussi le manque de personnel médical. « En semaine, deux infirmières sont de service le matin [avec un médecin et un aide-soignant, ndlr], mais l’après-midi, la nuit, les week-ends et les jours fériés, il n’y a qu’une infirmière » pour s’occuper de l’ensemble des résidents, ajoute Elisabeth Muñoz.

Le 11 février, le Secrétariat général des commissions des travailleurs (CCOO) de Ceuta a, à son tour, tiré la sonnette d’alarme. Le syndicat estime dans un communiqué que « le maintien de personnes dans ces espaces constitue une dégradation des normes fondamentales qui devraient régir un centre d’hébergement », tout en alertant sur les conditions de travail « extrêmement difficiles » du personnel du CETI – qui comprend notamment des travailleurs de la santé, du personnel soignant, des agents de sécurité privés, des services de cuisine et de restauration, des traducteurs, des services d’entretien et juridiques.
Le centre pour mineurs est également saturé. Début février, plus de 350 jeunes étaient pris en charge dans la structure, qui ne dispose que de 81 places. Environ 65 % de ces mineurs isolés étaient logés dans des hébergements d’urgence.
« À bout de souffle »
Chaque année, de nombreux migrants – subsahariens ou marocains – tentent de rejoindre les enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta, les deux seules frontières terrestres avec l’Union européenne (UE) sur le sol africain.
Mais depuis le 1er janvier 2026, le nombre d’arrivées a explosé. Selon les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur, 962 exilés ont atteint l’enclave de Ceuta – dont une centaine de mineurs isolés – contre 137 l’année précédente à la même période. Soit une hausse de 600 %.

« L’instabilité météorologique, et les tempêtes maritimes répétées, ont contribué à une augmentation du nombre de tentatives » ces dernières semaines, a indiqué la semaine dernière à InfoMigrants le chercheur marocain Ali Zoubeidi. De nombreuses personnes ont en effet profité des inondations et de la tempête Harry, qui ont mobilisé les services sécuritaires marocains, pour essayer d’atteindre l’enclave espagnole.
Les officiers de la Garde civile sont « à bout de souffle », affirme à Europa press un membre de l’Association unifiée des gardes civils (AUGC). « Le flux est quotidien », les traversées ne sont « plus saisonnières », rapporte à l’agence de presse Rachid Sbihi, secrétaire de l’AUGC à Ceuta. « La pression est énorme sur terre comme sur mer ».
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Face à la militarisation de la frontière terrestre, les exilés sont de plus en plus nombreux à tenter d’atteindre l’enclave par la mer, à la nage. Mais la distance qui sépare Ceuta du territoire marocain a beau être courte, les forts courants et les rochers le long du rivage rendent le parcours particulièrement dangereux.
En 2025, au moins 40 migrants sont morts en tentant de rejoindre l’enclave espagnole à la nage munis de combinaisons de plongée et de palmes, en contournant la digue de Tarajal. Ils étaient 24 l’année précédente.
Sources: Infomigrants




