Manche : à la faveur de la météo, les traversées irrégulières reprennent vers le Royaume-Uni

Après près de deux semaines sans aucune arrivée au Royaume-Uni, les tentatives de traversées de la Manche ont été nombreuses ce week-end. Au total, 912 personnes sont parvenues à atteindre les rives britanniques entre vendredi et dimanche, tandis que les autorités françaises ont porté assistance à plusieurs migrants en détresse. Par ailleurs, la Belgique s’inquiète d’une hausse des départs de « small boats » depuis ses côtes et redoute de voir des campements de migrants s’installer dans le nord-ouest du pays, comme dans le nord de la France.
Alors que la France connaît des températures estivales, voire caniculaires dans certains départements, les migrants en ont profité pour tenter de rejoindre les côtes britanniques ce week-end. Au total en trois jours, entre vendredi 22 et dimanche 24 mai, 912 migrants, à bord de 13 embarcations de fortune, sont parvenus à atteindre le Royaume-Uni en traversant la Manche, selon les chiffres du Home Office.
Depuis le début du mois de mai, les arrivées côté britannique ont connu une nette accalmie, notamment en raison du mauvais temps. La dernière arrivée en Angleterre, avant ce week-end, remonte au 9 mai lorsque 196 personnes avaient atteint les rives anglaises.
Côté français, les autorités ont également pris en charge des exilés en difficulté. Dans la journée de vendredi, « plusieurs embarcations de migrants ont été signalées au centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez dans le détroit du Pas de Calais », indique la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (prémar) dans un communiqué.

Au moins six navires des forces françaises ont assuré la surveillance de ces « small boats ». « Compte tenu de la fragilité structurelle des embarcations systématiquement surchargées, le choix est fait de ne pas contraindre les migrants à embarquer sur les moyens de sauvetage de l’État, pour éviter de mettre en péril leur vie en cas de naufrage », explique la prémar.
Vers 3h du matin vendredi, une embarcation avec quatre personnes à bord a cependant été repérée en difficulté par une patrouille terrestre de police. Quatre heures plus tard, le canot a été remorqué sur la plage de Berck, dans le sud du Pas-de-Calais.
Des départs plus au sud de Calais
Le lendemain, samedi 23 mai, d’autres canots ont également été surveillés en mer par les autorités françaises et 11 exilés ont été pris en charge. Parmi eux, six se trouvaient à l’eau au moment de leur sauvetage dans le secteur Hardelot et deux près de Dieppe, en Seine-Maritime.
Handerlot se trouve à plus de 50 km au sud de Calais, et Dieppe à près de 200 km de cette même ville, la plus proche des rives britanniques.

Depuis trois ans environ, on observe un changement de méthode des trafiquants. La militarisation de la frontière sur le littoral nord – déploiement policier, drones, caméras thermiques, avions Frontex – a poussé les passeurs à envisager d’autres endroits pour mettre à l’eau les embarcations, à des dizaines de kilomètres plus au sud, en Normandie et dans la Somme.
Mais prendre la mer depuis ces zones allonge la durée du trajet pour atteindre le Royaume-Uni et donc les risques encourus. « Si avant, les migrants mettaient six ou huit heures pour aller de Calais à Douvres [port de débarquement des migrants en Angleterre, ndlr], désormais, ils partent de Berck, du Touquet… Ils doivent donc doubler, voire tripler, ce temps de trajet en mer », assurait à InfoMigrants l’an dernier Salomé Bahri de l’association Utopia 56. « Le problème, c’est qu’une durée de traversée plus longue, c’est plus de chances d’avoir une panne moteur, de se retrouver à la dérive ou d’avoir l’embarcation qui se crève », rappelait aussi Célestin Pichaud, coordinateur d’Utopia 56 à Grande-Synthe, interrogé par RFI en 2024.
Et des départs plus au nord, depuis la Belgique
Un autre phénomène est aussi en train de prendre de l’ampleur, mais cette fois plus au nord. Depuis le début de l’année, les autorités flamandes du nord de la Belgique alertent sur la hausse des tentatives de départs depuis les côtes belges. Alors qu’aucun migrant n’a été intercepté en Belgique en cherchant à traverser la Manche l’an dernier, 425 personnes ont été arrêtées avant de gagner la mer depuis le 1er janvier 2026.
Depuis des années, la Belgique est utilisée par les trafiquants comme un lieu de stockage des embarcations de migrants avant leur mise à l’eau en France. Le pays n’était pas, jusque-là, considéré comme une terre de départ vers l’Angleterre, en raison des forts courants au large des côtes et d’une distance plus longue pour rejoindre les rives britanniques. Environ 100 km séparent le nord de la Belgique au port de Douvres (sud de l’Angleterre), contre 45 km entre Calais et les côtes anglaises.

Mais face au renforcement des contrôles le long du littoral français, les passeurs se sont adaptés. « La France est devenue plus sévère » vis-à-vis des migrants, assure à l’AFP Jean-Marie Dedecker, à la tête de la commune de Middelkerke, bordée par la mer. « Et quand elle est plus sévère, ils viennent en Belgique. »
Depuis plusieurs mois, Jean-Marie Dedecker assiste à la mise en place d’un stratagème bien rodé par les passeurs le long de ses plages. « Ils cachent leurs choses, les vestes, le bateau, le moteur dans les dunes », décrit-il à l’AFP. « Le matin, à partir de 5h-6h, ils gonflent les bateaux et les autres arrivent pour sauter dedans », assure le bourgmestre.
Une fois à l’eau, les embarcations longent la côte, pour se rapprocher de la France. Certains canots s’arrêtent alors pour « récupérer » des migrants dans les eaux françaises. D’autres embarcations filent directement vers l’Angleterre, avec « 15 ou 20 » personnes à bord, explique Christiaan De Ridder, adjoint d’une zone de police belge frontalière de la France.
« La côte flamande n’est pas une alternative attrayante »
Cette nouvelle tendance frustre le gouvernement belge, qui veut tout sauf apparaitre laxiste sur ce dossier, et qui redoute de voir des campements de migrants s’installer le long de ses côtes, comme en France. « Il doit être clair que la côte flamande n’est pas une alternative attrayante pour effectuer la traversée vers le Royaume-Uni », a appuyé la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, dans une déclaration transmise à l’AFP.
Ses équipes assurent travailler d’arrache-pied pour mettre fin au phénomène, en augmentant notamment le placement en détention de ces exilés – pour la plupart des jeunes hommes, soudanais, afghans ou irakiens.
Les autorités multiplient quant à elles les patrouilles, mais réclament davantage de moyens pour surveiller la côte.
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Cette approche fait bondir les ONG, qui exigent plutôt des mesures pour protéger des personnes d’après elles déjà « extrêmement traumatisées » par le voyage jusqu’en Europe. « Elles sont vues comme un danger plutôt que des personnes en danger », déplore Joost Depotter, de l’association flamande Vluchtelingenwerk Vlaanderen.
Le responsable martèle que les mesures de sécurité prises par la police ne font pas baisser les flux. Mais qu’elles « professionnalisent les réseaux de passeurs », alors tentés de cacher les migrants, par exemple dans des maisons de vacances le long de la côte flamande, jusqu’à ce que la météo permette de tenter une traversée.
L’édile de Middelkerke, Jean-Marie Dedecker, réclame au contraire un grand tour de vis à l’approche de l’été. « On contrôle les dunes, parce qu’on a peur d’avoir des ‘jungles’ comme à Calais, qu’ils soient des milliers », alerte-t-il.
L’an dernier, plus de 41 000 migrants ont entrepris la traversée périlleuse depuis la France.
Sources: Infomigrants




