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« Ça fait deux jours que je n’ai pas dormi » : à Paris, l’errance de migrants transis par le froid

Face à la vague de froid qui touche la France, de nombreuses préfectures, dont celle d’Ile-de-France, ont activé dimanche le plan grand froid, un dispositif destiné à protéger les personnes sans abri. Malgré cela, des centaines de personnes, dont des migrants, vivent à la rue dans la capitale et font face à des températures glaciales.

Les illuminations bleues éclairent l’Hôtel de Ville de Paris, décoré de part et d’autre des œuvres de l’artiste Obey. Le fidèle code couleur rouge et bleu de l’artiste révèle le visage d’une femme dont une larme coule de l’œil, accompagnée des mots « Unité » ou « Résiste ». Au pied de l’édifice, les touristes vagabondent, émerveillés par les milliers d’ampoules qui font briller la « forêt enchantée » installée par la mairie de Paris. Au milieu, un manège scintille au son des musiques de fêtes du marché de Noël du quartier. Au cœur de la capitale française, la période des fêtes de fin d’année bat son plein.

Mais sur le trottoir d’en face, l’ambiance est toute autre. Un jeune bénévole de l’association d’aide aux migrants Utopia 56 pose un carton au sol et plusieurs jeunes exilés se ruent dessus. « Tiens, essaye ça », dit l’un en envoyant un manteau à un autre. « Je peux prendre ces gants ? », demande un jeune homme à l’attention du bénévole, qui acquiesce.

Des jeunes migrants s'apprêtent à passer la nuit sous leur tente, place Saint-Gervais, à Paris, en mars 2023. Image d'illustration Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Des jeunes migrants s’apprêtent à passer la nuit sous leur tente, place Saint-Gervais, à Paris, en mars 2023. Image d’illustration Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Falikou (les personnes interrogées n’ont pas donné leur nom de famille, ndlr) arbore un sourire en enfilant un manteau par-dessus sa doudoune noire. Il essaie tant bien que mal de superposer les épaisseurs. « Ce soir, je crois que j’aurai moins froid », dit-il. Mais lorsqu’il évoque les nuits précédentes, son sourire s’efface. Ce jeune Ivoirien, dont la minorité vient tout juste d’être contestée par le département, dort à la rue depuis près d’une semaine alors que la France vit ses premières nuits glaciales de l’hiver. Les températures sont légèrement au-dessus de 0 la journée et descendent dans le négatif la nuit depuis plusieurs jours. Depuis le 24 décembre, les températures sont de 2 à 4 °C en dessous des valeurs de saison, selon Météo France.

Falikou s’est d’abord installé sous un pont de la capitale. Puis, transi de froid, il s’est réfugié dans la gare de Lyon. « Le sol est toujours très froid mais il y a moins de vent », confie-t-il. Sa situation reste extrêmement précaire et les températures empêchent tout véritable repos. « Cela fait deux jours que je n’ai pas dormi. C’est impossible de s’endormir vraiment avec ce froid. On le ressent dans tout le corps. Jusque dans les os. Je n’en peux plus ! », témoigne Falikou.

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« J’appelle le 115 tous les jours, tous les jours, tous les jours »

Le plan grand froid a été activé dimanche à Paris et en région parisienne par la préfecture. Ce dispositif destiné à protéger les personnes sans-abri prévoit l’ouverture de plus de places d’accueil de jour et d’hébergements d’urgence la nuit durant les périodes les plus froides de l’hiver.

« De nouvelles places seront ouvertes dans les centres d’hébergement et dans des salles spécialement mobilisées », en plus des 46 200 places d’hébergement « mises à disposition toute l’année, des 300 places supplémentaires ouvertes pour toute la période hivernale à Paris et des 200 nouvelles mobilisées ces derniers jours », a indiqué la préfecture dans un communiqué dimanche.

Une personne sans domicile fixe dort sur un trottoir sous une couverture dans le centre de Paris, le 28 décembre 2025. Crédits : AFP
Une personne sans domicile fixe dort sur un trottoir sous une couverture dans le centre de Paris, le 28 décembre 2025. Crédits : AFP

« Certains accueils de jour ouvriront également en haltes de nuit pour la mise à l’abri » et 60 femmes isolées seront accueillies à partir de lundi « dans les salles de la préfecture de région » située dans le 15e arrondissement de la capitale, précise le communiqué. La préfecture de région va aussi renforcer les maraudes, étendre les horaires des accueils de jour, et va mettre à disposition des chambres d’hôtels « pour les familles », a-t-elle indiqué.

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Mais malgré cela, de nombreuses personnes resteront à la rue alors que le mercure, à la tombée de la nuit ce lundi soir, passe déjà en dessous de zéro. Emmitouflée dans son manteau et dans une grosse écharpe orange qui monte jusqu’au-dessus du menton, Nadine, une sans-papiers congolaise de 40 ans, ne veut pas en faire partie. Son écouteur dans l’oreille joue une musique qu’elle ne connaît que trop bien : « C’est la musique d’attente du 115 [le numéro d’urgence du Samusocial, NDLR] ».

Des travailleurs sociaux du Samusocial de Paris. Crédit : AFP
Des travailleurs sociaux du Samusocial de Paris. Crédit : AFP

« J’appelle le 115 tous les jours, tous les jours, tous les jours, répète-t-elle, mais je n’ai jamais de place ». Elle vient donc sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris chaque soir pour obtenir l’une des places d’hébergement proposées par Utopia 56. « Sinon, c’est la rue », résume-t-elle. Ce lundi soir, 89 personnes, dont 34 enfants, ont été prises en charge par l’association.

« On ne va pas pouvoir répondre à toutes les personnes »

« Quelques centaines de personnes, que ce soient des adultes ou des enfants » vont pouvoir bénéficier du plan grand froid mais « on ne va pas pouvoir répondre à toutes les personnes », a résumé sur France Info Éric Constantin, directeur régional Ile-de-France de la Fondation pour le Logement des Défavorisés (ancienne Fondation Abbé-Pierre).

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Même si elle salue l’ouverture de nouvelles places, Utopia 56 dénonce « le coup de com » des autorités avec ce plan grand froid. « Lors de la dernière nuit de la solidarité, quelque 3 500 sans-abri ont été recensés à Paris », résume laconiquement Luc Viger, coordinateur de l’antenne parisienne de l’association. Selon le dernier décompte de France Terre d’Asile, fin novembre, 663 tentes ont également été recensées dans les principales zones de campement de la capitale, ce qui représenterait de 985 à 1 723 personnes, un record depuis six ans. Des chiffres bien supérieurs au nombre de places ouvertes ces derniers jours.

D’autant que ces places disparaîtront avec la fin des températures hivernales. « Nous ce qu’on demande, c’est tout simplement l’hébergement des gens à la rue. Que l’État fasse son travail », résume le coordinateur d’Utopia 56.

Selon les prévisions météorologiques, le froid va persister dans les prochains jours en région parisienne, avec des températures négatives la nuit et ne dépassant pas 4 degrés la journée.

Sources: infomigrants

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