France : la difficile régularisation des travailleurs sans-papiers dans la restauration

D’après une étude de France Travail publiée cette semaine, l’hôtellerie et la restauration restent en tête des secteurs qui ont des besoins importants de main-d’œuvre. Près de 250 000 postes d’employés polyvalents, de serveurs ou de cuisiniers sont recherchés en 2026. Si les travailleurs étrangers sont surreprésentés dans ces professions, il leur est interdit d’y travailler s’ils sont en situation irrégulière. Mais la circulaire Retailleau, qui s’applique depuis plus d’un an maintenant, a rendu leur régularisation encore plus compliquée.
Aides de cuisine, employés polyvalents, serveurs, cuisiniers… Les entreprises de l’hôtellerie et de la restauration prévoient d’embaucher plus de 200 000 personnes en 2026 pour faire tourner leurs établissements, d’après des estimations de France Travail publiées mardi 21 avril. Des chiffres qui frustrent les organisations patronales du milieu, qui aimeraient pouvoir embaucher plus facilement des travailleurs étrangers.
Depuis janvier 2025, la circulaire Retailleau, du nom de l’ancien ministre de l’Intérieur, complique drastiquement leur régularisation, nécessaire pour avoir un contrat de travail légal. Il faut désormais 7 ans de résidence sur le territoire et un diplôme de français pour pouvoir obtenir des papiers. « Ces conditions sont très difficiles à remplir », explique Laurent Barthélémy, responsable de la branche « saisonniers » de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH).
« Les compétences en langue française demandées nous posent beaucoup de problèmes. Notre système de formation ne nous permet pas de les mettre à niveau. Il faudrait entre 400 et 800 heures de formation pour y parvenir, c’est impossible aujourd’hui. »
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« Ils perdent leur travail et se retrouvent en situation irrégulière »
Conséquences : des patrons sont contraints de mettre fin aux contrats de travail des salariés qui n’ont pas pu obtenir leurs papiers, des employés se retrouvent sous obligation de quitter le territoire français, et dans une précarité encore plus grande.
« Pour eux, c’est la double peine. Ils perdent leur travail et se retrouvent en situation irrégulière. Humainement, c’est très compliqué. Par ricochet, ça a aussi des conséquences sur la santé de l’entreprise. Quantitativement, on perd des salariés et qualitativement on est aussi perdants. Cela déconstruit les équipes que l’on a mis du temps à bâtir, en lesquelles on a confiance. Il faut aussi se séparer de personnes qu’on apprécie beaucoup et qui travaillent très bien », regrette-t-il.
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La liste des métiers « en tension » devait pourtant répondre à ces problématiques : permettre aux personnes sans-papiers d’être régularisées plus vite et combler les besoins en main-d’œuvre de certains secteurs d’activités. Elle réduit notamment à trois ans la durée de résidence requise. Pourtant, l’UMIH et d’autres organisations patronales ne sont pas convaincues.
Actualisée et régionalisée en mai 2025 par Bruno Retailleau, elle est très largement insuffisante, de nombreuses professions critiques ne figurent pas sur la liste. De plus, la procédure serait inefficace. Dans un récent courrier aux préfectures, l’actuel ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’en est justement plaint. En un an, seules 1 655 personnes ont pu en profiter pour être régularisées. L’octroi d’un titre de séjour et donc de l’application de ce dispositif reste à la discrétion des préfets.
Sources: Infomigrants




