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En Tunisie, près de 4 000 migrants ont quitté le pays depuis juillet par le programme de retour volontaire de l’État tunisien

 

Le ministère tunisien de l’Intérieur a indiqué que près de 4 000 migrants subsahariens avaient quitté la Tunisie depuis le mois de juillet 2025 par le biais du programme de retour volontaire mis en place par le gouvernement. Celui-ci complète les retours volontaires proposés aux exilés par l’Organisation internationale pour les migrations.

C’est un chiffre en hausse constante. Le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé, jeudi 14 mai, avoir organisé le retour volontaire de près de 4 000 migrants depuis le mois de juillet 2025. « Ces retours se font dans le cadre d’un programme intégré, mené en coordination avec le Croissant-Rouge tunisien ainsi que les autorités régionales et locales, notamment dans le gouvernorat de Sfax », indique la presse tunisienne. Ils sont donc à distinguer des retours volontaires proposés aux exilés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

L’État tunisien organise ces vols au départ de la Tunisie depuis le mois de juillet dernier. L’annonce avait été faite fin juin par le porte-parole de la Garde nationale tunisienne, Houcem Eddine Jebabli. « L’État a commencé à fournir des billets [d’avion] aux migrants africains en situation irrégulière » pour qu’ils « quittent la Tunisie et rentrent dans leur pays d’origine », avait-il déclaré auprès de l’agence de presse tunisienne (TAP).

Depuis plusieurs années, le gouvernement de Kaïs Saïed a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière sa priorité. Depuis février 2023, date d’un discours présidentiel virulent anti-migrants, le chef de l’État multiplie les restrictions pour pousser ces sans-papiers hors du pays. On estime que le nombre de migrants irréguliers en Tunisie se situe entre 20 000 et 25 000, selon les chiffres des ONG.

Mais, selon des migrants installés dans les campements près de la ville de Sfax, les autorités tunisiennes multiplient désormais les expulsions pour forcer les exilés à partir. « Les hôpitaux de fortune autogérés sont régulièrement détruits. L’objectif est de terroriser pour forcer les retours dits ‘volontaires’. Ensuite, la police vient le matin annoncer qu’un bus viendra pour le retour. C’est une nouvelle tactique. En l’espace d’un an, la moitié des migrants, à minima, a été expulsée de force vers leur pays d’origine par le gouvernement tunisien et d’autres ont disparu dans différents villages », avait expliqué aux Observateurs de France 24 David Yambio, cofondateur et porte-parole de l’organisation Refugees in Libya qui documente la situation des migrants en Tunisie et en Libye.

Accélérer les départs

En mars 2025, le président tunisien avait explicitement appelé l’OIM a accélérer le rythme des départs via le programme de retours volontaires. « Seulement 1 544 migrants », en Tunisie, ont été rapatriés dans leurs pays depuis le début de l’année 2025, avait indiqué le président tunisien, dans un communiqué publié dans la nuit de mardi 25 à mercredi 26 mars.

Ce nombre « aurait pu être bien plus élevé si davantage d’efforts avaient été menés pour mettre un terme à ce phénomène inacceptable tant sur le plan humanitaire que juridique », pouvait-on encore lire dans la déclaration présidentielle. Kaïs Saïed avait appelé « toutes les autres organisations » concernées par ce problème à soutenir également « davantage les efforts tunisiens visant à faciliter le retour volontaire des migrants irréguliers ».

Avec 8 853 migrants ayant bénéficié du programme de « retour volontaire », l’OIM a finalement réalisé en 2025 un nombre record de retours. En 2024, 6 885 personnes avaient profité de ce programme, et 2 558 en 2023.

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Début mars 2026, l’agence onusienne a indiqué que plus de 1 100 personnes étaient déjà rentrées, depuis le début de l’année, dans leur pays d’origine depuis la Tunisie avec ce programme.

« La vie est devenue trop difficile »

Les exilés subsahariens sont de plus en plus nombreux à solliciter l’OIM pour bénéficier de ces retours. InfoMigrants a déjà recueilli de nombreux témoignages de personnes en attente de leur enregistrement ou bien de leur départ depuis de longs mois.

« La vie en Tunisie est devenue trop difficile. Tout va mal », avait confié Abdoulaye*, un Ivoirien de 19 ans établi près de Sfax, à InfoMigrants en juillet dernier. « On ne peut plus travailler car les employeurs refusent les Noirs, on ne peut plus se loger pour les mêmes raisons. Et les policiers viennent tout le temps détruire nos cabanes en nous disant de rentrer chez nous. On n’ose pas sortir car on a peur d’être agressé dans la rue par des Tunisiens qui nous volent nos téléphones et notre argent ».

Face à cette situation, l’Ivoirien a demandé un retour volontaire à l’OIM en avril 2025. Atteint du paludisme, il a été pris en charge quelques semaines après par l’agence onusienne qui l’a transféré dans un de ses centres à Tataouine, dans le sud-est de la Tunisie. En juillet, il attendait encore l’avancée de son dossier. « Ça va mieux ici mais je ne sais toujours pas quand je pourrais rentrer, je n’ai pas encore de date. Ils me disent qu’ils attendent un document de l’ambassade ».

« Le délai de traitement d’un dossier peut varier en fonction de plusieurs paramètres, tels que la situation personnelle du migrant, les procédures médicales et légales, notamment dans les cas de mineurs non accompagnés, les contraintes logistiques ou les formalités administratives liées au pays de retour », avait expliqué l’OIM à InfoMigrants en juillet. « Le départ intervient généralement dans un délai de quelques semaines, sous réserve de la finalisation des aspects logistiques », avait ajouté l’agence.

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« Il n’y a rien de moins volontaire, que les ‘retours volontaires »

La très forte augmentation des demandes de retours volontaires s’explique notamment par la considérable détérioration des conditions de vie des migrants en Tunisie. Depuis près de trois ans et le discours anti-migrants de Kaïs Saïed, la vie des exilés désirant rejoindre les côtes européennes en traversant la Méditerranée au départ de ce pays de transit « empire de jour en jour ». Violences, racisme, abandons dans le désert… Les maux sont nombreux. « Ici, il y a beaucoup d’agressions, de vols, de viols de femme et d’hommes… Moi-même, j’ai été kidnappé et séquestré en 2024 », racontait en novembre 2025 Lamine, un Guinéen, à InfoMigrants.

Malgré ces demandes de retours volontaires en hausse, les programmes comme celui de l’OIM ou du gouvernement tunisien sont décriés par les chercheurs qui travaillent sur les migrations.

Ces « retours volontaires » s’inscrivent dans un « processus de vulnérabilité accrue », avait expliqué Ahlam Chemlali, chercheuse en migration à l’Institut danois pour les études internationales (DIIS), à l’AFP en juin dernier. Leur situation est devenue « de plus en plus précaire et dangereuse » et « pour beaucoup, le programme de ‘retour volontaire’ est devenu la seule alternative possible ».

« Il n’y a rien de moins volontaire, que les ‘retours volontaires' », alertait, de son côté, Jean-Pierre Cassarino, enseignant chercheur au Collège d’Europe en Pologne, évoquant des migrants « acculés » et des « expulsions » qui ne disent pas leur nom.

Sources: Infomigrants

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