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France : ouverture d’une enquête après des propos racistes d’agents de la marine nationale portant secours à des migrants dans la Manche

Le parquet de Dunkerque, dans le nord de la France, a ouvert une enquête contre des agents de la marine nationale participant aux opérations de sauvetage de migrants dans la Manche. Selon un article du Monde, en collaboration avec Lighthouse Reports, plusieurs marins opérant sur le navire Ridens, affrété par l’État depuis 2023, ont tenu des propos « ouvertement racistes » en présence d’exilés et ont eu des comportements violents à leur égard.

Une enquête visant des agents de la marine nationale pour « injures publiques en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » et « mise en danger de la vie d’autrui » a été ouverte par le parquet de Dunkerque, dans le nord de la France, a indiqué à l’AFP, samedi 9 mai, la procureure Charlotte Huet. Cette enquête fait suite à un signalement au parquet effectué le 13 avril par le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar).

Quelques jours plus tôt, un agent de la marine nationale avait dénoncé dans un courrier le comportement de quatre collègues pendant des « missions de sauvetage en mer des candidats à l’exil souhaitant rejoindre le Royaume-Uni, au cours des mois d’août et de décembre 2025 » sur le navire Ridens, a expliqué Charlotte Huet.

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Le Ridens fait partie depuis 2023 du dispositif de surveillance et de sauvetage mis en place par l’État dans le détroit du Pas-de-Calais, à la frontière franco-britannique que tentent régulièrement de traverser des migrants pour rejoindre l’Angleterre, dans des conditions périlleuses à bord d’embarcations de fortune. Basé à Dunkerque, ce navire de 40 m de long appartient à la société privée SeaOwl, et son équipage se compose d’une dizaine de personnes, selon la Prémar.

« Des mesures conservatoires » ont été prises après ce signalement « et sont toujours en vigueur » actuellement, souligne de son côté la Prémar à l’AFP, sans détailler ces mesures.

« Des animaux »

Cette affaire a été révélée par le quotidien Le Monde, en collaboration avec le média d’investigation Lighthouse Reports. Dans un article publié samedi, les journalistes citent une femme marin ayant effectué deux missions à bord du Ridens en août et en décembre 2025.

Magalie (prénom d’emprunt utilisé par Le Monde) rapporte aux journalistes des propos « ouvertement racistes » prononcés par des membres de l’équipage en présence de migrants secourus : « C’est vraiment des animaux », « Ces pue-la-pisse, il faudrait tous les brûler au lance-flammes », ou encore « ils puent, tous ces musulmans, il faut les tuer, on va les balancer ».

Des migrants dans la Manche, le 25 août 2025. Crédit : Reuters
Des migrants dans la Manche, le 25 août 2025. Crédit : Reuters

Cette femme décrit également au Monde et à Lighthouse Reports une situation au cours de laquelle des migrants secourus en mer par le Ridens n’auraient reçu chacun qu’une petite ration d’eau de 33cl pendant six heures à bord un jour chaud d’été, alors qu’il restait selon elle 1 250 bouteilles en réserve.

« Un rationnement qu’elle attribue à une volonté de l’équipage de ne pas se placer dans une posture ‘humanitaire' », affirment les journalistes. « Il y a aussi des pâtes de fruits et des barres de céréales en principe en stock, mais qui ne sont pas distribuées », a ajouté Magalie. Des propos corroborés par trois autres membres d’équipage, selon l’enquête journalistique.

Des marins « encagoulés » lors des sauvetages

Outre les propos racistes, des membres d’équipage du Ridens peuvent également avoir des comportements violents envers les exilés. D’après un marin cité, lui aussi sous couvert d’anonymat dans l’article, « certains se pointent encagoulés » lors des sauvetages de migrants en pleine mer, déplore cet homme qui regrette que des missions humanitaires soient « orientée[s] par des hommes qui sont d’authentiques xénophobes ». « Ils cherchent constamment la confrontation. Ils crient sur les gens, les empoignent et les bousculent. Ils font tout pour créer des tensions », assure un autre marin au Monde et à Lighthouse Reports.

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Sur les réseaux sociaux, des membres d’équipages du Ridens ne cachent pas leur idées politiques et n’hésitent pas à « liker » des publications de l’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo du parti Reconquête !, ou ceux de députés RN, ou encore du collectif identitaire Némésis, signalent les journalistes.

L’enquête judiciaire, confiée au groupement de gendarmerie maritime de la Manche et de la mer du Nord, devra permettre de « vérifier les faits allégués » ainsi que « la qualité des personnes mises en cause qui, si elle était confirmée, entraînerait la compétence du parquet militaire », a précisé la procureure de Dunkerque.

Sources: Infomigrants

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