Libye : à Zaouïa, une opération contre des groupes criminels accusés de trafic d’êtres humains et de migration clandestine

Les autorités de Zaouïa, dans l’ouest de la Libye, ont annoncé vendredi la tenue d’une « opération de grande envergure » contre les groupes criminels qui sévissent dans cette ville et sont impliqués dans des actes tels que des « meurtres et tentatives de meurtres, des séquestrations et extorsions de fonds, du trafic de stupéfiants, d’armes et d’êtres humains et de migration clandestine ».
C’est une zone où sévissent de nombreux groupes criminels, dont beaucoup sont impliqués dans le trafic d’êtres humains et toutes sortes de violences. À Zaouïa, dans l’est de la Libye, les autorités ont annoncé, vendredi 8 mai, une opération « de grande envergure » contre ces organisations.
Ces descentes policières sont effectuées sur « instruction des autorités judiciaires compétentes » et visent, selon les autorités, des « criminels impliqués dans des actes graves » tels que des « meurtres et tentatives de meurtres, des séquestrations et extorsions de fonds, du trafic de stupéfiants, d’armes et d’êtres humains et de migration clandestine ».
Ces activités criminelles font régulièrement de Zaouïa le théâtre d’affrontements meurtriers récurrents entre bandes rivales.
En janvier 2025, le Gouvernement d’unité nationale, reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, avait déjà lancé une opération avec le même objectif, menant plusieurs frappes aériennes à l’aide de drones.
En mai 2023 aussi, le gouvernement de Tripoli avait organisé une opération visant des réseaux de trafiquants d’êtres humains et de drogues dans les alentours de Zaouïa. À l’époque, le ministère de la Défense avait indiqué que l’opération avait notamment permis de « détruire sept bateaux de trafic de migrants, six dépôts de trafiquants de drogue (…) et neuf camions-citernes utilisés pour la contrebande de carburant ».
« Perquisitions et arrestations »
Pour garantir « la sécurité des citoyens et la stabilité de la région », la direction de la sécurité de cette agglomération d’environ 250 000 habitants, à 45 km à l’ouest de Tripoli, ainsi que des forces militaires, ont donc mené vendredi, dès l’aube, des « perquisitions et arrestations » visant des « repaires de criminels et personnes recherchées », selon un communiqué officiel.
D’après une habitante jointe par l’AFP par téléphone, « les premiers affrontements ont commencé aux premières heures de vendredi », avec « des déflagrations entendues dans toute la ville ».
Les autorités locales n’ont pas communiqué d’éventuel bilan humain de ces opérations, mais la mission de l’ONU en Libye a condamné les affrontements et évoqué « des informations inquiétantes sur des victimes civiles ». « Il est inacceptable de recourir à des armes lourdes et tirer sans discernement dans des quartiers densément peuplés », a-t-elle affirmé dans un communiqué.
Elle a par ailleurs prévenu que « les infrastructures civiles ne doivent pas devenir des champs de bataille » et appelé « toutes les parties à immédiatement mettre fin à de telles pratiques et à cesser les hostilités dans les plus brefs délais ».
Point de départ de migrants
La ville de Zaouïa abrite l’une des principales raffineries de pétrole de ce pays riche en hydrocarbures mais est également connue pour des trafics en tout genre, comme la contrebande de carburant et de marchandises avec la Tunisie voisine.
La ville est aussi un point de départ de migrants en situation irrégulière espérant rejoindre l’Europe par la mer. De nombreux migrants qui y ont tenté la traversée mais ont été interceptés en mer s’y retrouvent ensuite détenus dans la prison de la ville.
InfoMigrants reçoit régulièrement des témoignages de personnes passées par ce centre de détention géré par le Département de lutte contre la migration illégale (DCIM) et surnommée prison Osama.
« Dans ce centre de détention, c’était l’enfer »
Laurent*, notamment, a quitté son Cameroun natal en 2023, quelques mois après la mort de son père. Depuis janvier 2024, le jeune homme de 21 ans survit à Zaouïa, dans l’ouest de la Libye, en attendant de tenter la traversée de la Méditerranée.
En octobre 2025, il a tenté sa chance, mais l’embarcation où il se trouvait a été interceptée et le jeune homme a été envoyé en prison à Zaouïa. « On a été ramenés au port de Zaouïa où se trouvaient une quinzaine de Libyens armés et cagoulés. Ils nous ont ordonné de nous assoir par terre et ont volé nos téléphones et notre argent […] On a été transférés dans une prison de la ville, ‘Osama prison’. Pour en sortir, je devais débourser 3 000 dinars [près de 500 euros, ndlr] », a-t-il raconté à InfoMigrants.
« Dans ce centre de détention, c’était l’enfer. On était environ 40 personnes par cellule, collés les uns aux autres. Les toilettes étaient extrêmement sales et il n’y avait pas de douches. L’eau n’était pas potable. Une fois par jour, le soir, les gardiens distribuaient un plat de pâtes et un morceau de pain. C’est tout ce qu’on mangeait pendant 24 heures », a précisé le Camerounais.
Depuis la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est minée par des divisions et la présence d’une multitude de groupes armés aux allégeances mouvantes et de réseaux de trafiquants en tout genre. Deux gouvernements parallèles y coexistent : l’un à l’ouest dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et l’autre à l’est contrôlé par le clan du maréchal Khalifa Haftar.
Sources: Infomigrants




