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Grèce : trois fois plus d’arrivées de migrants en Crète sur un an

Depuis le début de l’année, quelque 18 000 migrants sont arrivés en Crète et sur l’île voisine de Gavdos, contre un peu plus de 5 000 en 2024. Soit une hausse de plus de 200%. Cette augmentation s’explique par l’émergence d’une nouvelle route maritime, celle de Tobrouk, qui part de l’Est de la Libye.

Vendredi 19 décembre, 539 migrants entassés sur un bateau de pêche ont été secourus par un navire de patrouille de Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, et de la garde côtière grecque, près de la petite île de Gavdos.

Les personnes, originaires du Bangladesh, du Pakistan, d’Égypte, d’Érythrée, de la Somalie, du Soudan et des territoires palestiniens, ont ensuite été déposés au port d’Agia Galini, en Crète, l’île grecque voisine située à une trentaine de kilomètres.

Plus de 500 migrants entassés dans un bateau de pêche ont été secourus au large de la Crète, le 19 décembre 2025. Crédit : garde-côtière grecque
Plus de 500 migrants entassés dans un bateau de pêche ont été secourus au large de la Crète, le 19 décembre 2025. Crédit : garde-côtière grecque

Cette arrivée, bien qu’impressionnante par son nombre d’exilés présents à bord du bateau, n’est pas une exception. Ce week-end, les débarquements ont été nombreux dans la région : dimanche, 114 personnes ont accosté au port de Paleochora, en Crète, après un sauvetage en mer.

La journée de samedi a été particulièrement intense aussi. Plus de 300 migrants ont été pris en charge au large de la Crète et de Gavdos au cours d’au moins huit opérations de sauvetage. Parmi ces exilés se trouvaient une mère de famille et son nourrisson d’à peine un mois, ont indiqué les gardes-côtes grecs dans un communiqué. Toutes deux, originaires du Soudan, ont été transférées à l’hôpital d’Agios Nikolaos, en Crète.

Des migrants venant de débarquer en Crète attendent d'être transférés dans un centre d'accueil, le 19 décembre 2025. Crédit : Reuters
Des migrants venant de débarquer en Crète attendent d’être transférés dans un centre d’accueil, le 19 décembre 2025. Crédit : Reuters

Au total en trois jours, ce sont donc près de 900 exilés qui ont atteint ces deux îles grecques.

Selon la garde-côtière grecque, la grande majorité d’entre eux avait pris la mer depuis la ville de Tobrouk, à l’est de la Libye, en échange d’une somme comprise en 1 200 et 1 800 euros.

Plus de 18 000 arrivées

Cette année, la route dite de Tobrouk, qui part donc de l’est de la Libye vers la Crète et Gavdos, s’est largement développée au dépend de celle passant de la Turquie vers les îles de la mer Égée.

Depuis le début de l’année, plus de 18 000 personnes sont arrivées de manière irrégulière en Crète, contre un peu plus de 5 000 en 2024, d’après les chiffres des autorités grecques. Soit une hausse de plus de 200%. C’est six fois plus que les arrivées à Lesbos (3 777) et quatre fois plus qu’à Samos (4 747), selon les données du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

Face à cette hausse, les autorités locales se sont vite retrouvées débordées : la Crète et Gavdos ne disposent pas de structures d’accueil adéquates, contrairement aux îles du nord-est de la mer Égée. Généralement, les migrants sont logés dans le parc d’exposition d’Agia, à la Canée, avant leur transfert sur le continent. Mais les conditions de vie y sont critiquées.

Des migrants nouvellement arrivés sont hébergés dans une salle municipale, dans la ville d'Agyia, sur l'île de Crète, en Grèce, le 10 juillet 2025. Crédit : Reuters
Des migrants nouvellement arrivés sont hébergés dans une salle municipale, dans la ville d’Agyia, sur l’île de Crète, en Grèce, le 10 juillet 2025. Crédit : Reuters

Durcissement de la politique migratoire

Dans ce contexte, le gouvernement grec a décidé de durcir le ton. En juillet, Athènes a annoncé qu’elle allait déployer trois navires de guerre au large des eaux libyennes, pour stopper les embarcations de migrants en route vers la Grèce. Le gouvernement grec a aussi fait part de sa volonté de signer un accord avec Tripoli, sur le même modèle que celui conclu en 2017 avec l’Italie, confiant aux autorités libyennes la charge d’intercepter les exilés en mer. Ce partenariat a commencé à se mettre en place cet été avec les premières formations délivrées à des gardes-côtes libyens par la Grèce sur l’île de Crète.

En août aussi, les autorités ont décidé de suspendre pour trois mois le traitement des demandes d’asile des personnes arrivant en bateaux depuis l’Afrique du Nord. Mi-octobre, l’enregistrement des dossiers a finalement repris. Mais malgré cette reprise, « la situation politique ne change pas », expliquait début novembre à InfoMigrants Agapi Chouzouraki, chargée de plaidoyer à l’ONG du Conseil grec pour les réfugiés. « Le but du gouvernement est d’expulser un maximum d’étrangers hors de Grèce » rapporte-t-elle.

En septembre, le gouvernement a aussi voté une loi criminalisant les migrants. Le séjour irrégulier n’est plus une irrégularité administrative mais… un délit pénal. Les étrangers restés sur le territoire grec après le rejet de leur demande d’asile risquent une peine de deux à cinq ans, et une amende de 10 000 euros. « Le message est clair […] Si votre asile est rejeté, vous avez deux choix : soit vous rentrez dans votre pays, soit vous irez en prison », avait déclaré le ministre des Migrations, Thanos Plevris, fin août. « Nous devenons l’un des premiers pays à criminaliser le séjour irrégulier, nous envoyons ainsi un message clair ».

« L’idée avec cette loi, c’est un durcissement pour augmenter les retours forcés des déboutés [du droit d’asile] », avait alors précisé à infoMigrants une source de l’OIM. « Le ministre a un objectif clair : intégrer les personnes qui peuvent l’être le plus rapidement possible […] pour qu’ils puissent devenir une main-d’œuvre disponible le plus rapidement possible. Et expulser tous les autres ».

Sources: infomigrants

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