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Nord de la France : six mois après la signature de l’accord « un pour un », les migrants renoncent-ils à l’Angleterre ?

En août 2025, l’accord migratoire franco-britannique « un pour un » – censé enrayer les traversées clandestines de la Manche – entrait en vigueur. Six mois plus tard, a-t-il porté ses fruits ? Pour l’association Utopia 56, « il n’a pas vraiment changé quoi que ce soit ».

Six mois après la signature de l’accord migratoire franco-britannique, conclu à l’été 2025, les migrants traversent-ils moins la Manche ? Non, a répondu l’association française Utopia 56. Il « n’a pas vraiment changé quoi que ce soit » sur le littoral du nord de la France, selon Charlotte Kwantes, porte-parole de l’association, lors de la présentation du bilan 2025 effectué par l’association sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais. « Ce deal n’est qu’un échange transactionnel ».

Le but de cet accord est de réduire le nombre de traversées clandestines entre la France et le Royaume-Uni en menaçant les nouveaux arrivants de les renvoyer vers les côtes françaises – et en les excluant du système d’asile britannique. En échange, la France envoie légalement des migrants vers l’Angleterre.

La Grande-Bretagne espère qu’en punissant efficacement les personnes qui ont décidé de payer des milliers d’euros à des passeurs pour des traversées irrégulières, elle dissuadera – à terme – les migrants d’emprunter des voies illégales et dangereuses pour se rendre au Royaume-Uni.

La ministre de l'Intérieur britannique, Shabana Mahmood. Crédit : British Government Press Office
La ministre de l’Intérieur britannique, Shabana Mahmood. Crédit : British Government Press Office

Qu’en disent les chiffres ? Entre le 1er janvier et le 8 février, 1 200 migrants ont atteint les côtés anglaises en traversant la Manche, contre 1 550 l’année dernière à la même période, selon les chiffres du Home Office. Soit 22 % de moins.

Le nombre a légèrement baissé mais les causes peuvent être nombreuses, notamment les intempéries qui ralentissent les tentatives de traversées. Pour Charlotte Kwantes, non seulement les départs en mer sont toujours d’actualité mais ils se font « dans des conditions très chaotiques et très dangereuses (…), des conditions qui sont rendues encore plus chaotiques du fait d’une forte présence des forces de l’ordre », pointe-t-elle.

« L’accord migratoire franco-britannique est très loin d’avoir fait ses preuves », titre aussi la Voix du Nord dans son édition du 18 février. Contactées par InfoMigrants, les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Au mois de novembre 2025, InfoMigrants avait interrogé des migrants du littoral nord sur leurs projets migratoires après la signature de ce deal « un pour un ». Peu d’exilés semblaient décourager. Certains avaient bien connaissance mais disposaient d’informations parcellaires, voire erronées. D’autres n’avaient jamais entendu parler de l’accord. « Peu importe, je vais quand même continuer mon chemin. Je suis venu d’Afrique, j’ai traversé le désert, la mer Méditerranée… J’ai fait trop de route pour arrêter maintenant et avoir peur d’un accord », avait confié un Soudanais.

« Echec lamentable »

À Londres, on ne s’enthousiasme pas sur les premières retombées post-accord. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, transmis mercredi 18 février à l’AFP, jusqu’à aujourd’hui, 305 migrants ont été renvoyés en France – tandis que 367 ont été admis légalement au Royaume-Uni dans le cadre de cet accord. Un nombre de personnes très en deçà des espérances des autorités des deux pays.

Et puis, 41 472 migrants sont arrivés sur les côtes à bord de petites embarcations sur l’ensemble de l’année 2025. C’est le deuxième nombre le plus élevé après le record des 45 774 arrivées enregistrées en 2022.

Des migrants tentent d'embarquer sur un "small boat" depuis la plage de Gravelines, dans le nord de la France, le 6 novembre 2025. Crédit : Picture alliance
Des migrants tentent d’embarquer sur un « small boat » depuis la plage de Gravelines, dans le nord de la France, le 6 novembre 2025. Crédit : Picture alliance

La ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, a reconnu au mois de janvier 2026 auprès de la radio LBC que le nombre de personnes échangées entre la France et le Royaume-Uni jusqu’à présent était « relativement faible » – tout en soulignant qu’il s’agissait d’un projet pilote. Chris Philp, membre du parti conservateur britannique d’opposition, a qualifié de son côté les résultats obtenus jusqu’à présent « d’échec lamentable ». « Les chances qu’un migrant clandestin de la Manche soit expulsé dans le cadre de ce programme sont pratiquement nulles. »

« Nous sommes confiants »

L’accord fait également face à de nombreuses critiques internationales. Le 8 décembre 2025, neuf experts de l’ONU avaient remis une lettre de 20 pages aux autorités britanniques, exprimant leurs inquiétudes quant à des violations potentielles des droits humains dans le cadre de ce deal. Dans la missive, les experts demandaient aussi de mettre fin à cet accord.

Interrogé, le Home Office s’était défendu de toute dérive. « Nous sommes confiants quant au fondement juridique de ce projet pilote, qui est pleinement conforme au droit national et international », avait déclaré un porte-parole cité par le Guardian.

Londres a aussi fait face à des obstacles juridiques depuis l’entrée en vigueur de cet accord. En septembre dernier, un Érythréen de 25 ans s’était opposé à son expulsion du Royaume-Uni en affirmant qu’il était victime de trafic d’êtres humains et qu’il serait réduit en esclavage moderne s’il était renvoyé, ce qui a abouti à une injonction temporaire de la Haute Cour dans cette affaire.

Au delà des tractations politiques entre les deux pays, la Manche reste une route migratoire meurtrière. Au moins 29 migrants sont morts en mer en 2025, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques. Dans le même temps, plus de 6 000 migrants ont été secourus en mer, selon la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.

Sources: Infomigrants

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