La période janvier-février 2026 est la plus meurtrière en Méditerranée depuis 2014

Entre le 1er janvier et le 18 février, au moins 547 migrants sont morts en Méditerranée alors qu’ils cherchaient à rejoindre les côtes européennes, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Un tel chiffre n’avait jamais été atteint aussi tôt dans l’année, depuis le début des statistiques de l’agence onusienne en 2014.
L’année 2026 sera-t-elle la plus meurtrière sur la route migratoire de la Méditerranée ? Le début de l’année bat déjà des records. Entre le 1er janvier et le 18 février 2026, 547 migrants sont morts en Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes, selon les données de l’Organisation internationale des migrations (OIM).
Ce chiffre n’avait jamais été atteint aussi tôt dans l’année depuis 2014 et le début des recensements de l’agence onusienne. En 2025 à la même période, l’OIM avait comptabilisé 247 décès dans cette zone maritime, et 266 en 2024. Même à la même période de 2016, année la plus mortelle en Méditerranée (avec plus de 5 000 morts sur l’ensemble de l’année), l’organisation avait recensé 418 migrants morts.
Une « estimation minimale »
Et le chiffre de 547 morts enregistré en 2026 par l’OIM pourrait être bien plus élevé. Lors de la tempête Harry qui a balayé le bassin méditerranéen et les côtes italiennes du 19 au 21 janvier, plusieurs embarcations ont disparu en mer. L’ONU estime que huit bateaux avec 380 personnes à bord ont fait naufrage en Méditerranée centrale.
Mais les ONG Mediterranea Saving Humans (MSH) et Refugees in Libya ont dénombré près de 30 embarcations parties de Tunisie durant cette période. Au total selon les humanitaires, un millier d’exilés ont péri pendant la tempête Harry.

Pour établir leur chiffre de 1 000 disparus, les deux ONG se sont basées sur des témoignages recueillis auprès de proches de disparus, et de migrants en Tunisie qui devaient prendre place sur des canots, mais qui n’ont pas pu le faire faute d’argent pour payer le passage. Il pourrait s’agir de « la plus grande tragédie de ces dernières années le long des routes de la Méditerranée centrale », avait déploré Laura Marmorale, présidente de l’ONG italienne Mediterranea Saving Humans (MSH) dans un communiqué publié lundi 2 février.
Entre le 30 janvier et le 3 février, deux navires humanitaires ont retrouvé trois corps en mer dans la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone). Ces dépouilles pourraient être celles de migrants disparus lors de la tempête Harry.
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L’OIM reconnaît auprès d’InfoMigrants que son bilan de 2026 est une « estimation minimale ». L’agence suit une méthodologie bien précise pour établir ses chiffres. « Les incidents en mer sont enregistrés dans notre base de données quand les informations indiquant que des personnes ont perdu la vie sont suffisantes et que nous sommes certains à 100 % », précise un porte-parole. « Nous ne sommes pas parvenus à confirmer avec certitude le millier de morts » avancé par les ONG lors de la tempête Harry.
« Blocus maritime »
Les ONG craignent par ailleurs que les nouvelles lois italiennes ne compliquent davantage leurs opérations de sauvetage. La semaine dernière, le Conseil des ministres italien a approuvé un projet de loi durcissant les règles sur l’immigration. Parmi elles, instaurer un « blocus maritime » pour empêcher les ONG en mer Méditerranée d’amener un trop grand nombre de migrants en Italie.
Concrètement, cela signifie que « sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux eaux territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », précise le journal La Repubblica.
Les navires humanitaires qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », continue le journal italien.
SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF), ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les navires humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer ».
Sources: Infomigrants




