Méditerranée : 2 500 migrants interceptés en mer et ramenés de force en Libye depuis le début de l’année 2026

Entre le 1er janvier et le 10 mars, un peu plus de 2 500 migrants ont été interceptés en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens et ramenés dans le pays. Le comportement des autorités libyennes en mer est souvent pointé du doigt par les ONG pour leur violence envers les exilés.
Depuis le début de l’année 2026, entre le 1er janvier et le 10 mars, 2 568 migrants ont été arrêtés en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens et ramenés de force dans le pays, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Parmi eux, se trouvent 2 260 hommes, 200 femmes et 60 enfants.
Au total, en 2025, 26 000 migrants avaient été interceptés en mer, en 2024 ils étaient 21 762 et en 2023, ils étaient 17 190.
Ces exilés – originaires d’Afrique subsaharienne pour beaucoup – prennent la mer dans des embarcations de fortune dans l’espoir de rejoindre l’Union européenne (UE) et notamment l’île italienne de Lampedusa, située à seulement 300km des côtes d’Afrique du Nord.
Ces arrestations en mer Méditerranée sont légales en vertu d’un accord conclu entre l’Italie (soutenue par l’Union européenne) et Tripoli en 2017. Depuis cette date, l’Europe confie ainsi aux autorités libyennes (via le centre de coordination de sauvetage maritime MRCC de Tripoli) la charge de la coordination des sauvetages d’embarcations de canots de migrants au large de leurs côtes. Une tâche qui incombait auparavant à Rome ou à La Valette, à Malte.
Des interceptions émaillées de violences
Pour les ONG, en revanche, ces interceptions sont illégales et émaillées de violences. Les Libyens sont en effet régulièrement accusés de faire usage d’armes à feu lors de ces opérations. Certaines de leurs interventions aboutissent aussi à des drames.
Le 6 novembre 2017, près de 20 personnes, des hommes, des femmes et des enfants, se sont noyées en Méditerranée en raison de l’amateurisme des gardes-côtes. « Le bateau [des gardes-côtes] est arrivé à toute vitesse, les vagues étaient si fortes, les gens [à bord de l’embarcation de fortune] sont tombés à l’eau », avait déclaré un survivant de ce naufrage au New York Times. Dans une vidéo récupérée par le quotidien américain, on voyait des migrants qui se débattaient dans l’eau, abandonnés à leur sort. Aucun canot de sauvetage n’était mis à l’eau.
Pourquoi les garde-côtes libyens ont-ils été passifs ? Le New York Times avait été cinglant. « Si les Libyens ont fait le déplacement ce jour-là, c’est surtout pour remplir leur contrat avec l’UE qui les finance. Leur priorité n’est visiblement pas de sauver des vies ».

Dans un rapport confidentiel en 2022, l’Union européenne reconnaissait que les autorités libyennes avaient déjà eu recours à un « usage excessif de la force » envers les migrants et que certaines interceptions en Méditerranée ont été menées à l’encontre de la règlementation internationale.
Dernière inquiétude des ONG : l’ouverture d’un centre MRCC à Benghazi, dans l’est de la Libye, financé par la Commission européenne. Sur le même modèle que l’accord signé avec Tripoli, les autorités de l’est libyen seront chargées d’intercepter les migrants en Méditerranée avant qu’ils n’atteignent les rives européennes. L’ouverture de ce MRCC à Benghazi coïncide avec l’émergence d’une nouvelle route : celle de Tobrouk qui relie cette ville de l’est libyen à la Crète.
En 2025, la route de Tobrouk s’est largement développée et 15 000 migrants l’avaient empruntée. C’est trois fois plus qu’en 2024.
« Avec le centre de Benghazi, le gouvernement italien exporte le modèle de Tripoli vers les territoires de Haftar, renforçant le rôle des milices responsables de graves violations des droits humains », a déclaré dans un communiqué Laura Marmorale, présidente de Mediterranea Saving Humans.
Sources: Infomigrants




