« J’ai dû continuer le voyage sans ma petite sœur » : Mariame, guinéenne, a perdu sa famille sur la route vers l’Europe

Près d’une personne migrante sur dix arrivant irrégulièrement en Italie est un mineur non accompagné. Mariame*, une jeune Guinéenne de 16 ans, a perdu ses parents et sa soeur sur la route vers l’Europe.
Mariame* vit dans un refuge géré par des religieuses dans la province italienne d’Agrigente, en Sicile. C’est là qu’InfoMigrants a rencontré la jeune guinéenne. Elle est arrivée seule à Lampedusa le 4 novembre à bord d’une embarcation clandestine. Elle fait partie des nombreux mineurs non accompagnés qui débarquent chaque année sur les côtes italiennes.
Au refuge, Mariame tente de se reconstruire, autant sur le plan physique que psychologique. Dans une pièce calme, ornée d’une statue de la Vierge Marie, une religieuse lui tient la main pendant qu’elle raconte son histoire.
« J’ai débuté le voyage avec ma soeur Fara* début 2023. Elle avait 14 ans. Nos parents voulaient un avenir meilleur pour nous. Mon père était un médecin respecté et son rêve était que ma sœur et moi allions en France pour étudier. Avant notre départ de Guinée, il nous a donné toutes ses économies, soit environ 350 euros. »
Mariame est grande, ses cheveux sont encore courts. Comme beaucoup de femmes et de filles, elle s’est rasée la tête avant de partir et de traverser le désert, tentant de ressembler un garçon pour éviter d’attirer l’attention des soldats et des groupes armés.
A lire aussi
Les centres de rétention de migrants en Albanie vidés du personnel italien

Surmonter la perte de sa famille
« Notre cauchemar a commencé lorsque nous avons essayé de traverser la frontière entre le Mali et l’Algérie dans le village d’Inafarak. Un groupe de miliciens nous a séparées, ma sœur et moi, et envoyées dans deux prisons différentes. Fara a été violée, puis tuée par ces hommes. J’ai dû continuer le voyage sans ma petite sœur », explique Mariame.
Peu de temps après la mort de Fara, Mariam apprend la mort atroce de ses parents, alors qu’elle se trouve Algérie près de la frontière avec la Tunisie. « Les trafiquants m’ont dit que ma mère et mon père avaient été décapités. J’ai été horrifiée lorsque j’ai réalisé que c’était vrai. »
« Nous étions des centaines dans le désert. Lorsque nous sommes arrivés à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, la police tunisienne nous a repoussés en Algérie. Les policiers tunisiens m’ont fouettée à plusieurs reprises ».
« Voilà ce qu’a fait la police tunisienne », explique Mariam en montrant son épaule droite, meurtrie par les coups portés par les policiers avec leur arme de poing.
« En septembre 2023, nous avons pu traverser la frontière vers la Tunisie. Peu de temps après, des passeurs nous ont emmenés à Sfax. Environ 60 personnes ont été forcées de monter à bord d’un un petit bateau de fer. Il mesurait sept mètres de long et s’appelait Topaz. »
A lire aussi
En Sicile, un centre de réfugiés pour pères célibataires

« Le bateau a chaviré »
« Après avoir traversé les eaux internationales (en mer Méditerranée), notre bateau instable et surchargé a été sauvé par les gardes-côtes italiens devant l’île de Lampedusa. Tout le monde s’est agité et le bateau a chaviré. Dieu merci, tout le monde a été sauvé et se trouve en sécurité. »
De Lampedusa, Mariame a été transférée pour cause d’urgence médicale à Agrigente en Sicile. À l’hôpital, les médecins se sont occupés de ses jambes brûlées par l’essence lorsque le bateau a chaviré, et ils ont commencé à la traiter pour une carence en fer. Elle était très maigre en arrivant », explique la religieuse qui l’accompagne.
« Je n’ai pas d’argent. Les milices et la police m’ont tout volé, toutes les économies de nos parents. Aidez-moi à me rendre France. C’était le rêve de mon père, de ma mère et de ma sœur. Je dois aller en France pour étudier. »
A lire aussi
Comment les réseaux sociaux ont transformé et favorisé le trafic des êtres humains

La majorité des enfants portés disparus en Italie sont des migrants
Fin novembre, l’Italie affirme avoir constaté une diminution de plus de 60 % des arrivées de migrants sur son sol par rapport à l’année dernière.
Mais ce qui n’a pas changé, ce sont les histoires de mineurs non accompagnés qui risquent leur vie en essayant de traverser la mer Méditerranée.
Selon l’ONG Save The Children, parmi les plus de 61 900 migrants arrivés cette année en Italie, 10 à 12 % sont des mineurs non accompagnés, soit la même part que l’année dernière lorsque le nombre d’arrivées était de plus de 152 000 personnes.
Les filles non accompagnées sont plus exposées à la violence que les garçons lorsqu’elles voyagent, explique Niccolò Gargaglia, responsable de la protection des migrants mineurs pour Save the Children.
Il rappelle que « les jeunes femmes sont exposées à toutes sortes de violences tout au long de leur voyage. Nous avons des témoignages de filles qui ont essayé de ressembler à un garçon pour échapper à la violence, des femmes avec la tête rasée et les seins aplatis. 12 % des mineurs non accompagnés arrivant en Italie sont des filles, 87 % des garçons ». Parmi eux, près d’une personne sur quatre se trouve en Sicile.
A lire aussi
Immigration : les entrées irrégulières dans l’UE en baisse de plus de 40%, d’après Frontex
Par ailleurs, 60 % des mineurs non accompagnés qui disparaissent en Italie sont des migrants.
« Ils essaient d’atteindre un autre pays en Europe parce qu’ils ne veulent pas rester en Italie. Nous ne saurons jamais combien d’entre eux se retrouveront dans des réseaux criminels et de trafic », note Niccolò Gargaglia.
Mariame a déjà quitté le refuge d’Agrigente pour se rendre dans une autre structure réservée aux femmes dans le sud de l’Italie. « En cette courte période ici, entourée de religieuses, j’ai été aimée comme leur fille. Je suis chrétienne et j’espère être baptisée dans le futur », conclut-elle, déterminée à se rendre en France.
Sources: infomigrants