France : deux passeurs condamnés à Dunkerque

Deux hommes, un Irakien et un Afghan, ont été condamnés par la justice française pour avoir organisé des traversées irrégulières vers le Royaume-Uni. Le premier a écopé de 18 mois de prison et 5 ans d’interdiction de territoire français (ITF). Le second de 6 mois de détention et 10 ans d’ITF.
Un jeune Irakien a été condamné à 18 mois de prison ferme vendredi 6 mars à Dunkerque, dans le nord de la France. Cette condamnation est intervenue trois jours après l’interception par la gendarmerie maritime de l’embarcation que cet Irakien pilotait en vue d’une tentative de traversée clandestine de la Manche.
L’homme, qui dit être âgé de 18 ans, a été déclaré « coupable d’aide à l’entrée et au séjour irrégulier », a appris l’AFP du parquet de Dunkerque. Il a été condamné à une interdiction du territoire français (ITF) pendant cinq ans. Selon la Voix du Nord, « [le jeune homme] a raconté que les passeurs lui avaient demandé de piloter le bateau en échange d’un passage gratuit, puisqu’il n’avait pas d’argent ». Mais, continue le journal, « le problème, pour lui, c’est qu’il est déjà connu des autorités anglaises pour sa présence sur le territoire britannique. La justice le soupçonne ainsi de ne pas être qu’un simple candidat à l’exil, mais d’être embauché pour piloter des bateaux contre de l’argent ».
L’un des 11 passagers qu’il transportait au moment de l’interception de leur canot au large du port de Dunkerque, un Afghan âgé de 19 ans, a été, lui, condamné à six mois de prison et de dix ans d’interdiction du territoire. Une sentence plus lourde car il se trouvait « en violation » de cette même interdiction déjà prononcée à son encontre, a précisé le parquet.
« Taxi boats »
Les dix autres personnes qui étaient à bord ont été prises en charge par l’autorité administrative au titre de leur séjour irrégulier. Les investigations diligentées par l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (Oltim), sous la direction du parquet de Dunkerque, ont permis « de démontrer que ce bateau devait aller récupérer d’autres personnes sur le littoral, afin de les acheminer ensuite au Royaume-Uni », selon le parquet.

Appelé « taxi-boat », ce mode opératoire très prisé des passeurs consiste à mettre à l’eau des embarcations à l’abri des regards – notamment depuis des fleuves côtiers à l’intérieur des terres – pour échapper à la surveillance des forces de l’ordre près des principales plages d’embarquement de migrants. Ils récupèrent ensuite les migrants au large, forçant les passagers à entrer dans l’eau pour atteindre le canot.
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Selon l’association Utopia 56, il s’agirait de la deuxième interception connue à ce jour d’une embarcation de migrants par les forces de l’ordre sur le littoral français, en vertu d’une nouvelle doctrine d’intervention en mer afin de contrer le phénomène des « taxi-boats ».
En janvier, une première interception de ce type avait été observée par l’association d’aide aux migrants sur un canal menant à la mer à Gravelines, près de Dunkerque. Auparavant, les interceptions en mer visaient uniquement à porter secours.
Mais sous la pression du gouvernement britannique qui réclame une intensification des interventions, la France a opéré un changement de tactique depuis novembre 2025. Désormais elle peut intercepter ces « small boats » directement dans les eaux.
Dans un document confidentiel daté du 25 novembre, le journal Le Monde révélait que la police française pourrait bientôt avoir l’autorisation de mener des opérations d’interception de canots d’exilés dans la Manche afin d’empêcher les départs vers le Royaume-Uni.
Utopia 56 a regretté ne pas connaître les documents encadrant cette nouvelle doctrine d’intervention en mer, ni les modalités précises de déclenchement de telles opérations, dont l’association souligne aussi les risques (chavirage, noyade, etc.).




