Berlin se félicite de l’augmentation des refoulements aux frontières allemandes

L’Allemagne a renforcé ses contrôles aux frontières et commencé à refouler des demandeurs d’asile, depuis le 7 mai 2025, invoquant un changement de politique migratoire et la capacité d’intégration limitée du pays. Berlin a également déclaré que les expulsions vers des pays comme la Syrie et l’Afghanistan reprendraient, et qu’une nouvelle politique de « détention ou d’expulsion » s’appliquerait aux personnes considérées comme des « menaces » ou des « criminels ».
Environ une semaine après l’intensification des contrôles aux frontières en Allemagne, décidée le 7 mai, le nouveau ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a fait état d’une augmentation significative des refus d’entrée sur le territoire.
La police allemande a ainsi refusé l’entrée sur le territoire à 739 personnes au cours des sept premiers jours, soit une augmentation de 45 % par rapport aux 511 personnes refoulées la semaine précédente.
Parmi les personnes refoulées figurent 32 personnes qui avaient exprimé le souhait de demander l’asile. Les personnes vulnérables, comme les enfants et les femmes enceintes, auraient été autorisées à entrer sur le territoire.
Les nouveaux contrôles sont un « signal que la politique migratoire de l’Allemagne a changé », s’est félicité Alexander Dobrindt.
« Nous devons agir »
Alexander Dobrindt avait annoncé un renforcement des contrôles quelques heures seulement après avoir pris ses fonctions le 7 mai, élargissant la possibilité de refouler des migrants au delà des personnes ne demandant pas une protection ou qui sont soumises à des interdictions d’entrée en Allemagne en raison d’expulsions antérieures.
A lire aussi
Allemagne : les refoulements de migrants à la frontière sont-ils légaux ?
« Ce changement de politique a déjà débuté aux frontières allemandes », a déclaré Alexander Dobrindt au Bundestag, le Parlement allemand, en faisant référence au rejet des migrants et des demandeurs d’asile. Il a ajouté que les expulsions vers des pays comme la Syrie et l’Afghanistan reprendraient, et qu’une nouvelle politique de « détention ou d’expulsion » s’appliquerait aux personnes considérées comme des « menaces » ou des « criminels ».

Ces mesures sont à l’opposé de la politique d’accueil prônée en 2015 par l’ancienne chancelière Angela Merkel. Depuis, la saturation des services publics comme les écoles et les établissement de santé, tout comme le manque de logements dans les villes allemandes, ont participé à alimenter un discours de plus en plus hostile aux migrants.
Bien que juridiquement controversée au regard des règles de l’Union européenne (UE), le gouvernement allemand assure que les refoulements sont légaux au regard du droit allemand. Berlin estime que ces restrictions sont nécessaires en raison de l’inefficacité de la protection des frontières extérieures de l’UE. Cette nouvelle approche ne manque pas de susciter un vif débat politique en Allemagne mais aussi chez ses voisins, puisque les personnes refoulées restent bloquées sur leur territoire.
A lire aussi
Des adolescents d’extrême-droite arrêtés en Allemagne et soupçonnés d’attaques contre des migrants
Pour Alexander Dobrindt, la capacité de l’Allemagne à intégrer de nouveaux arrivants a atteint ses limites. « C’est pourquoi nous devons agir », assure le ministre, qui veut également renforcer l’arsenal sécuritaire dans la lutte contre les extrémismes de droite et de gauche. L’une de ces mesures annoncées doit permettre aux autorités de conserver les adresses IP des ordinateurs et des téléphones portables pendant une période pouvant aller jusqu’à trois mois, afin de faciliter l’identification des criminels.
Ambiguïté juridique et opposition politique
La Pologne est déjà montée au créneau, après la confirmations par Alexander Dobrindt d’un incident à la frontière. Le refoulement de deux migrants afghans s’est ainsi récemment heurté à la résistance de fonctionnaires polonais. Si le ministre de l’Intérieur allemand a confirmé les informations d’abord relayées par la presse allemande, il assure que Berlin et Varsovie coopèrent. Dans ce cas, il y a eu une « discussion sur la juridiction » plutôt qu’un différend entre les autorités des deux pays, note le ministre, alors que les deux Afghans ont finalement été autorisées à entrer en Allemagne.

La base juridique des refoulements de demandeurs d’asile à la frontière reste floue et controversée. Le SPD, partenaire de la coalition, se montre critique alors que le parti écologiste des Verts est fermement opposé à cette mesure, qu’il a qualifiée de « cirque frontalier ». Le député vert Marcel Emmerich qualifie la politique de « dangereuse navigation à vue » et d’affront au droit, affirmant que les demandeurs d’asile fuyant la guerre méritent des procédures légales appropriées, et non des refoulements généralisés.
Le tour de vis de l’Allemagne intervient alors que la Pologne vient de prolonger de 60 jours la suspension temporaire du droit d’asile pour les personnes venues de Biélorussie.
Selon Alexander Dobrindt, « nous ne bouclons pas l’Allemagne et nous ne fermons pas les frontières ». Il préfère parler de « contrôles frontaliers intelligents », « efficaces et humains ». Trois mille policiers supplémentaires ont ainsi été déployés aux frontières, portant leur nombre total à 14 000. La viabilité à long terme d’un tel déploiement de ressources humaines semble incertain.
Baisse du nombre d’arrivées et nouveaux itinéraires
Selon le journal allemand Welt, citant des chiffres de la police fédérale, les entrées irrégulières ont fortement diminué cette année. Au début du mois de mai, un peu plus de 22 000 passages ont été enregistrés, contre 83 500 à la même période en 2024 et 127 500 en 2023. Toutefois, cette baisse ne s’explique pas exclusivement par la politique aux frontières, mais aussi par des fluctuations sur l’ensemble des routes migratoires en Europe et dans le bassin méditerranéen.
Manuel Ostermann, directeur du syndicat de la police allemande, s’est néanmoins félicité de cette baisse : « Les contrôles aux frontières et l’application cohérente de la législation nationale sont un succès et réduisent la pression migratoire qui a longtemps submergé l’Allemagne ».
Enfin, Alexander Dobrindt a rappelé que l’objectif reste une Europe sans contrôles aux frontières intérieures, ce qui demande un contrôle efficace aux frontières extérieures de l’UE. Selon le ministre de l’Intérieur, tous les pays voisins ont un intérêt à voir l’Allemagne devenir une destination moins attractive et Berlin reste en contact régulier avec ses homologues français, autrichiens et polonais.
Sources: Infomigrants




