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L’Italie a procédé à sa première expulsion de migrants depuis son centre en Albanie

Début mai, l’Italie a expulsé cinq migrants égyptiens depuis le centre albanais de Gjadër vers leur pays d’origine, a révélé lundi la presse italienne. Cette opération est la première expulsion effectuée directement depuis le sol albanais. Mais ce transfert, passé sous silence par Rome, est jugé illégal par les opposants au projet.

Le 9 mai, un vol au départ de Rome à destination du Caire a fait escale en Albanie pour récupérer cinq migrants originaires d’Égypte en vue de les expulser, révèle lundi 23 juin le média italien Altreconomia. Ces cinq personnes étaient retenues dans le centre albanais de Gjadër, construit et financé par l’Italie.

En mars dernier, le gouvernement italien a adopté un décret-loi permettant de recycler les structures en centres de rapatriement pour migrants en situation irrégulière, alors que la justice italienne a refusé à plusieurs reprises de valider la détention en Albanie de migrants interceptés en mer, exigeant même leur rapatriement sur le territoire italien.

Des renvois « dépourvus de tout contrôle juridictionnel »

Ainsi, le 11 avril, un premier groupe de 40 exilés maintenus en centre de rétention italien ont été expulsés vers le centre albanais de Gjadër, dans le cadre de l’accord entre Rome et Tirana. Ils restent enfermés en attendant leur expulsion vers leur pays d’origine.

Selon le ministère de l’Intérieur italien, entre la réouverture du centre albanais le 11 avril et la fin juin, 110 personnes ont transité par le centre de Gjadër. Au 21 mai, 24 migrants au total ont été ramenés en Italie, puis rapatriés dans leur pays, signale Altreconomia.

Le centre pour migrants de Gjader, en Albanie, le 11 octobre 2024. Crédit : Reuters
Le centre pour migrants de Gjader, en Albanie, le 11 octobre 2024. Crédit : Reuters

L’expulsion des cinq exilés égyptiens le 9 mai représente donc le premier renvoi effectué directement depuis le sol albanais. Et d’après la presse italienne, cette opération a été menée en toute discrétion. Le gouvernement italien, pourtant enclin à communiquer sur le sujet, a passé sous silence cette expulsion.

Les opposants en projet déplorent l’opacité autour des centres albanais et assurent par ailleurs que cette expulsion est illégale. « Même si l’on voulait soutenir, avec une thèse à mon avis infondée, que le CPR de Gjadër est comparable aux centres situés sur le territoire national ; il n’est en aucun cas admissible de prévoir que la personne soit emmenée hors de la zone du centre de rétention, sur le territoire albanais, puis rapatriée de là », affirme à Altreconomia Gianfranco Schiavone de l’Association pour les études juridiques sur l’immigration (ASGI).

« Les opérations de police menées hors du centre de Gjadër, en territoire albanais, contre les personnes transportées à l’aéroport dans ce cas sont dépourvues de tout contrôle juridictionnel et se déroulent donc en dehors de toute réglementation. Ce qui s’est passé est donc un fait très grave », continue le militant.

Un accord controversé

Dès les premiers jours, les transferts vers l’Albanie ont suscité de vives critiques. Lors d’une visite dans la structure de Gjadër mi-avril, la députée italienne Rachele Scarpa, du Parti démocrate (centre gauche), et l’eurodéputée Cecilia Strada (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) ont pu rencontrer quatre migrants retenus.

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Selon ces femmes politiques, toutes les personnes « ont appris dès leur arrivée qu’elles seraient transférées en Albanie. Aucune information préalable n’a été donnée, en violation flagrante de leurs droits ». L’un des exilés a raconté avoir été réveillé à 3h du matin dans le centre de rétention italien où il se trouvait, et qu’il avait découvert qu’il était en Albanie qu’après l’atterrissage. Il n’avait pas eu accès à un avocat.

Deux migrants ont par ailleurs été rapatriés vers l’Italie pour des cas d’automutilation. Du fait de leur état psychologique, ils ont été jugés inaptes à ce type de détention.

Ce partenariat avec l’Albanie est présenté comme un exemple à suivre au sein de l’Union européenne (UE). Les États membres – dont certains veulent appliquer le modèle italien – ont les yeux rivés sur l’Italie, et sur sa possibilité ou non d’externaliser les demandes d’asile dans un pays hors UE.

Sources: infomigrants

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