Méditerranée : dix exilés coincés depuis quatre jours sur une plateforme pétrolière au large de la Tunisie

Dix migrants partis de Libye sont coincés depuis quatre jours sur une plateforme pétrolière au large de la Tunisie après le naufrage de leur embarcation, a alerté Sea-Watch dès lundi. L’ONG appelle les autorités italiennes et maltaises à intervenir pour les récupérer.
La situation dure depuis maintenant quatre jours. Dix migrants sont bloqués sur la plateforme pétrolière Miskar, au large des côtes tunisiennes, a alerté Sea-Watch international sur les réseaux sociaux dès lundi 9 mars.
Ces dix personnes – dont on ignore le genre et la nationalité – sont parties de Libye à bord d’une embarcation de fortune il y a une semaine pour tenter de gagner l’Italie avec 28 autres personnes.
Mais la traversée ne s’est passée comme prévu et les 38 exilés ont dû trouver refuge sur le Maridive 208, un navire marchand qui naviguait près de la plateforme gazière Miskar, au large de la Tunisie.
Selon les informations collectées par Sea-Watch, 28 personnes ont alors été prises en charge par la marine tunisienne et ramenées en Tunisie. Les dix autres ont été transférées sur la plateforme gazière et s’y trouvent toujours.
A lire aussi
La période janvier-février 2026 est la plus meurtrière en Méditerranée depuis 2014
Sur place, la vie des rescapés est bien entendu difficile et inconfortable, notamment en raison des mauvaises conditions climatiques qui touchent actuellement la Méditerranée. « D’après le responsable des approvisionnements offshore de Miskar, les personnes se trouvant là ont reçu de la nourriture et de l’eau, mais nous ne pouvons pas confirmer ces informations nous-mêmes », a indiqué Sea-Watch a InfoMigrants mardi.
Aucune mesure des autorités italiennes et maltaises
Face à cette situation, l’ONG allemande de secours en mer appelle depuis plusieurs jours les autorités italiennes et maltaises à agir et à secourir les exilés, en vain. « Nous avons alerté les autorités italiennes et maltaises par email lundi. À notre connaissance, elles n’ont pris aucune mesure à ce jour. Pourtant, il ne faudrait que 7 heures environ à un navire des garde-côtes italiens pour arriver sur place », détaille l’ONG.
Si aucune intervention italienne ou maltaise n’est organisée, Sea-Watch craint que les migrants soient refoulés vers la Tunisie. « Nous sommes aussi inquiets pour la santé des personnes », ajoute l’ONG.
A lire aussi
Un tribunal sicilien condamne l’Italie à indemniser l’ONG Sea-Watch pour avoir bloqué son bateau de sauvetage en 2019
Sea-Watch rappelle que des précédents similaires ont eu lieu et ont mis en danger les migrants impliqués. « Le 4 mars 2025, l’Aurora de Sea-Watch avait secouru 32 personnes sur la plateforme Miskar, où elles étaient bloquées. Malgré l’urgence imminente, les autorités européennes informées n’avaient pas lancé d’opérations de sauvetage, alors même que ces personnes étaient bloquées dans les eaux internationales, à la frontière des zones SAR tunisienne et maltaise. Une personne est décédée au cours de cette épreuve ».
Bloqués depuis le 1er mars, ces exilés réclamaient désespérément de l’aide, et un sauvetage rapide. « Nous sommes malades et affamés (…) Nous mourrons de froid (…) Venez nous aider ! », avait supplié un homme en tigrigna, la langue d’Érythrée, dans une vidéo partagée par le compte X de l’ONG italienne Mediterranea saving humans. Sur ces images, on voyait des personnes allongées au sol, les corps amaigris et les visages épuisés. L’un des exilés semblait trembler, probablement transit de froid. Dans un espace exigu situé en bas de la plateforme, ces migrants survivaient dans des conditions très difficiles, à la merci des intempéries.
Blocage précédent
En mars 2024, l’ONG Emergency avait été prévenue par un avion de Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, de la présence d’une quarantaine de migrants sur cette structure flottante. Le navire de l’ONG, le Life support, s’était approché de Miskar pour secourir les naufragés, mais le personnel de la plateforme avait refusé leur aide – « contrairement aux communications précédentes » leur donnant l’autorisation d’approcher, avait indiqué Emergency dans un communiqué. Les autorités tunisiennes avaient finalement pris en charge ces personnes.
Un mois plus tôt, le navire humanitaire de Médecins sans frontières (MSF), le Geo Barents, avait porté secours à 19 exilés qui s’étaient réfugiés sur une plateforme pétrolière abandonnée, elle aussi au large de la Tunisie. Les migrants étaient partis de Zouara : leur bateau avait pris l’eau et de peur de sombrer, le groupe s’était hissé sur la structure métallique.
Le groupe avait été aperçu quelques heures avant le sauvetage du Geo Barents par les autorités tunisiennes, venues tout près de la plateforme. « Elles ont bien vu les naufragés, puis ont fait demi-tour. Elles nous l’ont confirmé », avait expliqué à InfoMigrants Juan Matias Gil, chef de mission MSF pour les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale. D’après les gardes-côtes, contactés par le Geo Barents, « l’opération de sauvetage était trop compliquée ». Ils sont donc repartis sans avoir prodigué une quelconque aide aux naufragés.
Depuis l’été 2023, les Subsahariens vivant en Tunisie sont la cible de violences : ces trois dernières années, des milliers de migrants ont été raflés dans les rues par des membres de la Garde civile et envoyés dans le désert à la frontière avec l’Algérie et la Libye. Les migrants sont abandonnés au milieu de nulle part et doivent rebrousser chemin par leurs propres moyens. Une centaine de personnes y sont mortes de faim ou de soif. Certains exilés seraient même échangés aux milices libyennes contre de l’argent, selon plusieurs témoignages. Des pratiques qui perdurent encore aujourd’hui.
Sources: Infomigrants




