Uncategorized

« 30 % des décès de personnes à la rue ont lieu l’été » : face à la canicule, les migrants particulièrement vulnérables

La France connaît cette semaine un important épisode de canicule. Plusieurs départements ont été placés en vigilance rouge et orange. La population est appelée à se mettre à l’abri du soleil et de la chaleur. Une recommandation impossible à mettre en oeuvre pour les migrants qui vivent à la rue en région parisienne ou sur le littoral nord de la France.

Dans les campements de migrants situés sur le littoral nord de la France, autour de Calais et Dunkerque, le problème de l’accès à l’eau n’est pas nouveau. Mais chaque été, les fortes chaleurs et le manque d’eau mettent en danger la santé des personnes exilées. Pour les associations citoyennes qui leur viennent en aide, la situation est extrêmement préoccupante. Surtout pendant l’épisode caniculaire qui s’est abattu sur la France depuis le lundi 30 juin et jusqu’au mercredi 2 juillet.

« À Grande Synthe, il y a un seul point d’eau installé par communauté urbaine de Dunkerque au niveau du point de distribution – une rampe avec 18 robinets – mais il est vraiment très éloigné des lieux de vie donc les gens ont beaucoup de mal à y aller », déplore Salomé, l’une des coordinatrice de l’association Utopia 56 à Grande Synthe qui n’a pas souhaité que son nom de famille soit publié. « On alerte la communauté urbaine de Dunkerque depuis des mois sur le manque d’accès à l’eau mais il ne se passe rien ».

« La semaine dernière, il y a eu une grosse expulsion et la rampe a été détruite ‘par erreur’. Elle a été réparée mais l’eau qui coulait était souillée donc on a encore alerté la communauté urbaine de Dunkerque. La rampe a été réparée de nouveau mais, entre temps, les gens sont restés sans eau potable pendant 48 heures », dénonce-t-elle.

Les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais, comme partout ailleurs, recommandent de fuir la chaleur mais aucune mesure concrète ne semble avoir été mise en place pour protéger les populations migrantes. Contactées par InfoMigrants, ces dernières n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Des migrants boivent l’eau du canal

Face à ce manque d’eau sur les campements, des exilés boivent et se lavent dans l’eau du canal qui passe juste à côté des campements où vivent quelque 1 500 personnes, dont de nombreuses familles avec enfants.

« Ce sont des pratiques dangereuses, car les berges ne sont pas du tout sécurisées. Il y a trois ans, un jeune homme soudanais s’est noyé en voulant se laver dans le canal« , alerte Diane Léon, coordinatrice de Médecins du monde sur le littoral français.

« Par ailleurs, on essaye de sensibiliser les gens sur les dangers de la consommation d’eau non potable […] Il y a de jeunes enfants sur les camps et une diarrhée chez un enfant en bas âge, ça peut vite mal tourner », ajoute-t-elle.

Chaque mois, l’ONG recense les principales pathologies rencontrées chez les migrants des camps. Entre les mois d’avril et mai, les consultations pour des maux de ventre sont passées de 8 % à 13 %, ont observé les équipes soignantes.

Lundi 30 mai, Médecins du monde a envoyé un courrier à la communauté urbaine de Dunkerque et à la sous-préfecture pour alerter sur cette situation.

Dans ce contexte, les humanitaires dénoncent un manque de prise en charge des autorités. Autour de Dunkerque, c’est l’association Afeji qui est mandatée par l’Etat pour mettre à l’abri les personnes qui le souhaitent, mais le dispositif est précaire, selon les associations. « Normalement l’Afeji propose des mises à l’abri en CAES [centre d’accueil et d’examen de la situation, ndlr] du lundi au vendredi mais ils ne viennent pas tout le temps. Tous les matins, on ne sait pas s’il y aura des mises à l’abri », regrette Salomé qui dénonce un « abandon » des familles souhaitant quitter les camps après les récentes fusillades.

« Plus de 2 000 personnes sur 150km de côtes »

À Calais, la situation n’est pas meilleure. Pour compléter le seul point d’accès à l’eau installé dans la ville, l’association Calais Food Collective remplit des cuves de 1 000 litres d’eau potable à proximité des campements.

En été, la fréquence des tentatives de traversées de la Manche associée aux fortes chaleurs multiplie les risques pour la santé des migrants, souligne Angèle Vetorello, coordinatrice d’Utopia 56 à Calais.

A lire aussi
Traversées de la Manche : 136 migrants secourus en 48 heures, plus de 1 000 arrivées samedi

« Actuellement, il y a plus de 2 000 personnes présentes sur plus de 150km de côtes. Et les personnes passent plusieurs jours dans les dunes, sans eau ni nourriture, entre deux tentatives de traversées », indique-t-elle.

L’association est très fréquemment appelée au petit matin par des personnes dans les dunes. « Ce dont ils ont le plus besoin, c’est de nourriture et d’eau et aussi souvent de vêtements secs car ils sont mouillés après une tentative avortée », précise Angèle Vetorello.

« L’été est aussi brutal que l’hiver pour les personnes à la rue »

En région parisienne – placée en vigilance rouge canicule – la situation est très préoccupante également. Au moins 36°C sont attendus dans la capitale mardi après-midi, avec un ressenti plus important encore.

« Paris est une ville extrêmement suffocante et sur les lieux de vie des personnes migrantes, les matériels, comme les tentes qui sont gages d’un peu de sécurité, font effet serre donc il fait vite 10 degrés de plus dedans », met en garde Nathan Lequeux, coordinateur d’Utopia 56 à Paris. « Donc les personnes, rentrent dans leur camp beaucoup plus tard le soir pour essayer de profiter d’un peu de fraîcheur ».

Et le responsable d’alerter : « L’été est tout aussi dévastateur et brutal pour les personnes vivant dehors. 30 % des décès de personnes à la rue ont lieu l’été ». D’autant plus que, contrairement à l’hiver et en raison des grandes vacances, les associations connaissent souvent une démobilisation durant l’été.

Face à la chaleur, « on demande des mises à l’abri et que soit mis en place des points d’eau près des lieux de vie ainsi que des veilles de secours », poursuit Nathan Lequeux.

Face à la canicule, « le risque [pour la santé] s’accroît quand les personnes à la rue ont une santé fragile, ce qui va souvent de pair. Elles ont des troubles psychiatriques, des addictions ou doivent prendre des médicaments », explique Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre). Le plan « grand chaud », expérimenté en ce moment par la ville de Paris avec un renforcement des maraudes notamment, est une bonne chose mais il « faut arrêter d’avoir uniquement des actions en fonction de la température », souligne-t-il.

Selon le recensement réalisé lors de la nuit de la Solidarité, au moins 4 000 personnes sont sans abri à Paris.

Sources: informigants

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page