Londres prend des premières sanctions contre les passeurs de migrants

Le Royaume-Uni a annoncé mercredi des sanctions à l’encontre de 25 individus et organisations soupçonnés d’être impliqués dans le trafic de migrants. Ces mesures inédites entrent dans le cadre d’un nouveau régime de sanctions spécifiquement mis en place contre des réseaux d’immigration clandestine.
Vingt-cinq individus et organisations ont été visés mercredi 23 juillet par des sanctions émises par les autorités britanniques pour leur implication présumée dans un trafic de migrants vers le Royaume-Uni. Les mesures prises par Londres – gel d’avoirs et/ou interdiction de séjour au Royaume-Uni – entrent dans le cadre d’un nouveau régime de sanctions spécifiquement mis en place à l’encontre des réseaux d’immigration clandestine.
« De l’Europe à l’Asie, nous menons la lutte contre les passeurs qui facilitent la migration irrégulière, en les ciblant partout où ils se trouvent dans le monde », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, David Lammy, dans un communiqué. « C’est pourquoi le Royaume-Uni a créé le premier régime de sanctions au monde visant les bandes impliquées dans le trafic d’êtres humains et l’immigration clandestine, ainsi que leurs complices ».
« Gel de leurs avoirs et exclusion du système financier britannique »
Ce premier train de sanctions vise notamment des chefs de réseaux basés dans les Balkans et en Afrique du Nord, une entreprise chinoise de bateaux gonflables, ainsi que des personnes au Moyen-Orient impliquées dans un système informel de transfert de fonds connu sous le nom de « hawala », indique le ministère des Affaires étrangères.
Parmi les personnes visées par les sanctions figure un Albanais, Bledar Lala, décrit par le gouvernement britannique comme le dirigeant « d’un réseau organisant le passage clandestin de migrants de Belgique vers le Royaume-Uni via la Manche ».
Mais aussi Alen Basil, « un ancien traducteur de la police qui a pris la tête d’un grand réseau de trafic de migrants en Serbie », ou encore Mohammed Tetwani, présenté comme « le dirigeant d’un camp de migrants à Horgos, en Serbie » aux méthodes « violentes ».
A lire aussi
Le Royaume-Uni annonce un plan pour sanctionner les passeurs de migrants
Le gouvernement cible également un « banquier hawala », Muhammed Khadir Pirot, qui « reçoit l’argent de migrants pour payer leur passage clandestin du Kurdistan irakien vers l’Europe via la Turquie ». Une entreprise chinoise, Weihai Yamar Outdoors Product Co, est aussi sanctionnée « pour la fabrication de bateaux pneumatiques dont elle promeut l’usage à des fins de trafic d’êtres humains ».
Des organisations et individus basés dans les Balkans soupçonnés de fournir de faux passeports aux migrants sont également sur la liste.

« Dès demain [jeudi 24 juillet, ndlr], les personnes impliquées risquent le gel de leurs avoirs, leur exclusion du système financier britannique et l’interdiction de voyager au Royaume-Uni », a précisé le ministre des Affaires étrangères.
Pour Tom Keatinge, directeur des études sur les crimes financiers et la sécurité au Royal United Services Institute (RUSI) de Londres, ces sanctions représentent « un nouveau front dans les efforts du Royaume-Uni » pour s’attaquer au commerce de l’immigration clandestine. Mais il en a toutefois relativisé l’impact : « Je mettrais en garde contre les promesses excessives », a-t-il dit à l’AFP. « Parler de geler les avoirs et d’utiliser des sanctions pour ‘détruire les gangs’ semble exagéré et reste à prouver », a-t-il ajouté.
Plus de 23 500 arrivées depuis janvier
Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression, alors que les arrivées de migrants à bord de petites embarcations ont dépassé le nombre de 23 500 depuis le début de l’année, un niveau record sur cette période.

Pourtant, depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, Keir Starmer multiplie les mesures pour lutter contre l’immigration irrégulière. Dernière en date : la signature le 10 juillet d’un « projet pilote » d’échange de migrants avec Paris. Cet accord repose sur le principe de « un pour un » : il prévoit le renvoi en France d’un migrant arrivant au Royaume-Uni par « small boat », en échange de quoi Londres s’engage à accepter un migrant se trouvant en France et exprimant sa volonté, via une plateforme en ligne, de s’installer au Royaume-Uni et justifiant de liens avec ce pays. Le texte doit encore être soumis à la Commission européenne avant d’être signé.
A lire aussi
Royaume-Uni : Keir Starmer dos au mur face à la hausse des traversées de la Manche
Le gouvernement britannique s’est aussi engagé à durcir la lutte contre le travail clandestin qui, selon Paris, alimente l’immigration illégale. Il a annoncé mardi qu’il fournirait aux plateformes de livraison de repas la localisation des hôtels hébergeant des demandeurs d’asile. Les autorités veulent empêcher que les personnes n’ayant pas le droit de travailler parviennent à devenir livreur en sous-louant le compte d’un utilisateur enregistré sur l’une de ces plateformes.
Le ministère britannique de l’Intérieur a également annoncé qu’il comptait tester un système d’intelligence artificielle capable d’estimer l’âge des demandeurs d’asile à partir de leur visage, avec l’objectif de l’utiliser en 2026.
Heurts anti-migrants
La question migratoire est hautement sensible au Royaume-Uni, alors que le Premier ministre, qui a promis de « détruire les gangs » de passeurs, est confronté à la montée dans les sondages du parti anti-immigration Reform UK.
Ces derniers jours, des heurts ont éclaté devant un hôtel hébergeant des demandeurs d’asile à Epping, au nord-est de Londres. Les tensions ont démarré après l’inculpation d’un demandeur d’asile de 38 ans accusé d’agressions sexuelles.
Le souvenir des émeutes anti-immigration qui avaient secoué le pays l’été dernier après le meurtre de trois fillettes dans la ville de Southport (nord-ouest de l’Angleterre) est dans toutes les têtes. Les fillettes avaient été poignardées par un jeune Britannique d’origine rwandaise, présenté à tort sur les réseaux sociaux comme un demandeur d’asile arrivé par bateau.
Sources: infomigrants




