Uncategorized

Espagne : seulement 157 migrants mineurs ont été transférés des Canaries vers la péninsule en 2025

L’année dernière, dans le cadre du mécanisme de solidarité de l’Espagne, 157 mineurs isolés ont été transférés des îles Canaries vers la péninsule espagnole sur les 529 jeunes enregistrés comme tels. Soit un taux d’à peine 30 %.

Les transferts des mineurs non accompagnés arrivés aux Canaries se font au compte-gouttes. Selon les chiffres du gouvernement espagnol, seulement 157 jeunes ont été relocalisés vers la péninsule en 2025, sur les 529 dossiers de réinstallation acceptés. Soit un taux de 29,6 %.

Ces transferts s’inscrivent dans le cadre de la modification de la loi sur les étrangers adoptée en août 2025 en Espagne, qui introduit un mécanisme de solidarité entre les différentes régions. L’article 35.5 rend ainsi possible « la création d’un système obligatoire de répartition des mineurs migrants dans les situations d’urgence telles que celles que connaissent actuellement les îles des Canaries et Ceuta », avait signalé à l’époque le média espagnol El Diario.

Les autorités espagnoles ont imputé ces lenteurs de transfert aux régions espagnoles qui refusent ces répartitions. Le sujet a opposé pendant des mois le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez et l’opposition de droite, qui dirige bon nombre de régions.

À lire aussi
Aux Canaries, la santé mentale des mineurs non accompagnés préoccupe ONG et pouvoirs publics

Pourtant, selon la loi, « si une communauté autonome, quelle que soit sa région, triple sa capacité d’accueil habituelle, cette région pourra se déclarer en situation d’urgence migratoire (comme les Canaries, ndlr). Cette communauté informera de sa situation afin que les mécanismes établis par ce décret-loi royal soient activés », avait expliqué Ángel Víctor Torres, ministre de la Politique territoriale.

Des actions en justice qui retardent le processus de répartition

Le texte fixe un délai maximum de 15 jours pour transférer des mineurs arrivés après le mois d’août vers d’autres régions espagnoles. Mais dans les faits, le délai moyen est de 35 jours, a reconnu fin janvier le ministre.

Des mineurs marocains près du centre d'Arinaga, à Grande Canarie, le 11 juillet 2024. Crédit : Reuters
Des mineurs marocains près du centre d’Arinaga, à Grande Canarie, le 11 juillet 2024. Crédit : Reuters

Six communautés autonomes dirigées par le Parti populaire (PP) – Madrid, les îles Baléares, l’Aragon, l’Andalousie, la Communauté valencienne et la Castilla y León, et une gérée par un socialiste, la Castille-La Manche – ont contesté cet accord devant les tribunaux.

Tous les recours ont été déboutés par la justice, les tribunaux donnant la priorité « à l’intérêt supérieur de l’enfant et à la défense des droits de l’Homme », s’est félicité fin janvier Ángel Víctor Torres. Mais ces actions ont retardé le processus, et certains mineurs sont devenus majeurs entre-temps, rendant leur transfert caduc.

La nouvelle loi prévoit également le transfert vers la péninsule d’une autre catégorie de mineurs non accompagnés : ceux demandant l’asile. Au total l’an dernier, 693 jeunes ont été intégrés au réseau national d’accueil. Parmi eux, 436 ont été transférés dans des centres pour mineurs de la péninsule, 131 dans des structures gérées par Madrid dans l’archipel espagnol, et 126 ont atteint l’âge de la majorité.

Menaces de la Cour suprême

À plusieurs reprises l’an dernier, les autorités canariennes ont dénoncé la lenteur de ces transferts. Le gouvernement canarien a saisi la Cour suprême espagnole pour accélérer les relocalisations. La haute juridiction a exhorté, par trois fois, le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour permettre d’enregistrer les demandes d’asile des quelque 5 500 mineurs entassés dans les centres d’hébergement de l’archipel des Canaries.

À lire aussi
Canaries : premiers transferts de mineurs isolés vers le continent, les autorités locales s’inquiètent de la « lenteur » du dispositif

Après sept mois de mise en garde, la Cour suprême a estimé en octobre que « le rythme d’exécution de ce mandat est manifestement irrecevable » et a donné un nouvel ultimatum aux autorités, les menaçant une nouvelle fois de sanctions.

Le ministère des Migrations avait mis en avant « les difficultés et la complexité » de cette ordonnance puisqu’il s’agit « d’enfants particulièrement vulnérables ». Pour respecter cette décision judiciaire et intégrer à son réseau les mineurs isolés des Canaries, le gouvernement a dû modifier « complètement » son système en créant de nouvelles structures. Jusque-là, Madrid gérait uniquement les adultes et les enfants en famille, la prise en charge des mineurs non accompagnés relevant des régions.

Les Canaries, perdues dans l’océan Atlantique, sont une des principales portes d’entrée des exilés en Europe. Ce bout de terre, situé à l’ouest des côtes africaines, voit régulièrement débarquer des canots surchargés de migrants.

Après deux années de records d’arrivées consécutifs aux Canaries, les flux migratoires vers l’archipel espagnol se sont considérablement taris en 2025. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, un peu plus de 17 700 migrants sont arrivés aux Canaries l’an dernier, contre près de 47 000 en 2024 et près de 40 000 en 2023. Ainsi entre 2024 et 2025, la baisse constatée est de 62 %.

Sources: Infomigrants

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page